La loi Evin a été appliquée avec un grand élan civique
Dans notre doux pays de France où l'obéissance franche et déterminée aux lois n'est pas le point fort de ses habitants, la mise en œuvre de la loi Evin à ses débuts, a été vraiment exceptionnelle.
Mais, tout cela n'était qu'aimable apparence : le tabagisme atteint aujourd'hui un niveau inquiétant notamment chez les jeunes : notre actuel ministre de la santé, le professeur Matteï, pourtant de tempérament non répressif, ne veut-il pas interdire la vente aux moins de 16 ans… Je vois bien mes amis cafetiers- buralistes, avoir dans la main gauche la carte d'identité du client et dans l'autre le paquet du précieux poison, où la mention “le tabac tue” est inscrite en grandes capitales…
Bien repartir les deux ethnies «les fumeurs» et les «non fumeurs»
Mais trêves de plaisanterie, je rends hommage aux nombreux restaurants qui avec intelligence et une ferme gentillesse continuent à bien répartir les deux ethnies “les fumeurs” et les “non fumeurs”. Les restaurateurs qui ont fait le choix d'appliquer la loi Evin n'ont pas perdu de clients. Au contraire, habitués et clients nouveaux apprécient d'avoir le choix et surtout d'avoir l'assurance du repas ni gâché, ni frustré si on est fumeur par l'impossibilité de fumer.
Aujourd'hui une situation de non-droit ou «la loi du plus fort»
Mais cette situation n'est pas systématique et j'observe que tranquillement un certain nombre de restaurants laissent s'installer une situation de “non-droit” ou plus exactement de loi “du plus fort” : mieux, mais anecdotique dont j'ai été le témoin bien involontaire : déjeuner dans un restaurant de Saint-Germain-des-Près, à proximité de l'Odéon, milieu de son repas, un client, tout seul, qui s'ennuyait peut-être, arrête de manger, sort son paquet de cigarettes en prend une et l'allume, le geste était à peine terminé qu'à la table d'à côté, quatre clientes, sûres d'elles comme de la griffe de leurs vêtements l'apostrophent sèchement et lui intiment l'ordre d'arrêter. Le client devient pâle, écrase sa cigarette, balbutie de vagues considérations, demande son addition, paie et s'en va pas content. Quelques jours plus tard, pour le dîner, quartier de l'opéra, un restaurant que recommande un certain guide rouge, je recevais un client que je voulais bien traiter et j'étais content : le décor est beau tout simplement, sans fausse note, l'accueil chaleureux, le service réellement professionnel tout en étant aimable et gentil et surtout et surtout une cuisine inventive, exquise et raffinée.
Comment gâcher une excellente soirée
Une soirée excellente… jusqu'au moment où mon regard s'est porté sur une table, au centre de la salle, salle qui a un plafond bas. A cette table, quatre messieurs, qui visiblement avaient apprécié la cuisine du chef et voulaient se faire une fin de repas à la hauteur, je devrais dire à la longueur, car les cigares que tendait l'un d'entre eux à ces trois comparses, étaient d'impressionnants barreaux de chaises. Et nos quatre beaux messieurs se livrèrent au cérémonial initiatique du vrai fumeur de cigares, démontrant qu'à défaut d'avoir le moindre respect pour les autres convives, ils respectaient leur cigare et savaient l'apprécier. J'ai regardé dans la salle les autres tables. A coté des quatre redoutables fâcheux, une table avec trois jeunes femmes visiblement étrangères, qui avec un regard tétanisé attendent le début des redoutables fumées odorantes, plus loin un couple de personnes âgées, dont on pouvait lire la réprobation sur le visage… Les bras se sont levés pour demander les notes, les additions payées. La salle est restée aux quatre vainqueurs, tout enrobés dans les effluves de leur cigare et de leur goujaterie.
Comment peut-on faire pareille erreur
La fin de cette histoire vraie, vous la devinez : comment peut-on faire pareille erreur ? On peut comprendre qu'une fin de repas amène un bon cigare - et pourquoi pas si on ne conduit pas - un vieux cognac. Mais, pourquoi ce plaisir recherché par ce ou ces clients doit être imposé aux autres, avec un tel manque d'éducation ?
Il faut, sans rire, restaurer le fumoir. Ainsi, les amateurs de pipes et de cigares ne seront plus brimés : un petit salon avec de vieux fauteuils en cuir, bien patinés peut abriter leur plaisir. Le restaurateur avisé y admettra également les fumeurs compulsifs de cigarettes, qui alternent leurs plats par de fortes bouffées goulûment aspirées.
Le restaurant redevient lieu de plaisirs
Et ainsi, le restaurant redeviendra un lieu de plaisirs où l'on pourra déguster les plats amoureusement préparés par le chef avec des papilles non abimées et des yeux non rongés par la fumée… des autres.
Au mois prochain, Benjamin
Qui est Benjamin ?
Sous le pseudonyme “Benjamin” un Chef d'entreprise tient cette rubrique.
Celui-ci, pour ses obligations professionnelles, prend en moyenne
une dizaine de repas par semaine au restaurant.
La rédaction.Le COURRIER des LECTEURS
Cher benjamin,
Nous avons aimé votre rubrique, brèves de client.
La radinerie va parfois plus loin. (….) : un oreiller par chambre, une serviette et un drap de bain pour deux, le café non consommé au petit déjeuner réchauffé le lendemain, et le pain passé au four. Ce n'est pas ainsi que nous concevons l'hôtellerie. (….)
Nos chambres sont correctement équipées, et bien sûr les chambres entièrement refaites chaque jour comme si un nouveau client devait l'occuper. Chaque client qui a séjourné au moins une fois par mois a reçu un cadeau de fin d'année. Nos clients “longue durée” ont le choix entre une nuit offerte pour 24 nuits passées dans l'établissement ou une bouteille de Champagne. Nous leur offrons également des petits plus tout au long de leur séjour.
Dans la mesure du possible, nous essayons de réserver à nos habitués leur chambre préférée. Et, si nous avons beaucoup de réservations, nous conservons toujours quelques chambres pour eux. Vous voyez, certains hôteliers ont le sens de l'accueil. Et c'est d'ailleurs pour cela que nous avons choisi ce métier. Parce que nous aimons nos clients, et désirons leurs faire plaisir.
Dans l'attente de votre prochaine rubrique, nous vous prions d'agréer l'expression de nos salutations les meilleures.
Jean-françois Pussini
Gérant de l'hôtel Bomotel
2 route de Moulins - 03100 Montluçon
Tél.: 04 70 05 76 22
Merci Jean-François Pussini pour votre réaction et votre lettre.
La plupart des professionnels du CHR sont comme vous : ils aiment leur métier et savent qu'il faut chouchouter son client pour le fidéliser. Et comme vous, ils font cela très bien.
Ma rubrique, en vous taquinant un peu sur les points sensibles, ambitionne à vous donner encore plus envie de continuer.