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“Ma” table dans “sa” salle

Vieille histoire d'intérêts opposés… et qui se termine souvent par la disparition du client. L'histoire est simple : “il y en a un qui veut avoir une bonne table”… et l'autre veut en mettre un maximum dans “sa” salle … C'est l'histoire la plus fréquente de contrariétés que je rencontre au restaurant. “c'est pour faciliter le service”…

Commençons par ce qui m'agace le plus
J'arrive, la plupart du temps, accompagné par un ou deux invités, au début du service… la salle est vide, sans fameux cartons “réservé” sur les tables… Alors que je veux choisir ma table on m'installe d'autorité dans un coin de la salle qui me déplaît.. Je m'installe, légèrement agacé, et devinons la suite… La suite ? Dès qu'arrivent les 2ème clients, on les colle à la table de gauche, tout à côté de la mienne, les 3ème à droite et vous l'avez deviné, les 4ème et 5ème devant et derrière… tout cela dans une salle qui reste vide. Et si j'ai l'outrecuidance de demander pourquoi on a ainsi compacté les clients présents, j'ai toujours droit au mêmes regards de commisération et on dit, avec la même voix glaciale au béotien que je suis “mais Monsieur, c'est pour faciliter le service…”. Loin de moi l'idée d'entraver le service, mais qui se préoccupe du sentiment d'étouffement que cette facilitation du service provoque sur le client que je suis ? D'autant plus qu'il n'y a que 2 hypothèses : ou la salle se remplit ou elle ne se remplit pas.
Si elle se remplit, à quoi bon contrarier le choix du premier client ? et si elle ne se remplit pas, non seulement on a agacé le client, mais l'inutilité de cet acte est encore plus évidente.
C'est une table pour quatre !
Autre contrariété, tout aussi fréquente, mais elle survient lorsqu'on arrive en fin de service : différentes options sont possibles, la plus franco-française, par rapport à nos voisins européens espagnols ou italiens en particulier, est “l'extinction des feux” mot magique où un maître d'hôtel, avec un air très souvent réprobateur vous dit “les feux sont arrêtés…”. Mais dans ce cas il n'y a pas de problème de table… Par contre si vous êtes “encore admis”, les premiers clients ayant déjà payé et quitté le restaurant, je me trouve dans la situation déjà décrite… mais imaginez que je veuille lâchement profiter de l'heure -plus d'effervescence à craindre- pour demander pour mon invité et moi-même une table conçue pour 4… Avec un regard similaire à celui qui vient de dire une grossièreté on me dit : “vous n'y penser pas Monsieur, c'est une table pour 4 !”.
Entasser les clients… encore plus
On peut toujours trouver pire en matière d'interaction entre “ma” table et “sa” salle. Le pire nous vient de l'exportation apparemment fructueuse dans nos régions de cette conception parisienne de l'entassement du client entre 2 tables. Sous prétexte de tendance branchée depuis quelques années, le “bistrot” parisien entasse ses clients avec une allégresse frénétique de l'optimisation du décimètre carré de surface. Je regarde toujours avec effroi et une certaine admiration ce spectacle surprenant ou les “convives” serrées les uns contre les autres, tentent à faire de mini-mouvements des avants bras et des mains pour amener leur fourchette de l'assiette à leur bouche. On pouvait imaginer que ce spectacle désolant aurait épargné à la “France des régions” fière de ses traditions et terroirs.
Et bien non, le progrès sait vaincre la résistance des opposants de ma sorte… et on assiste à un phénomène d'irrésistible entassement ou “ma” table va devenir un concept quasi-virtuel…
Très sérieusement, il m'arrive trop souvent, dans des restaurants qui ambitionnent leur rang, de mal vivre une véritable promiscuité provoquée par cette réduction de l'espace.
Comment ne pas profiter des problèmes racontés par les tables voisines et ne pas leur faire profiter des histoires traitées à ma table.
Le restaurant doit rester un lieu de détente
Le restaurant doit rester un lieu de détente et la suppression de l'espace n'invite pas le client à revenir.
Le restaurant indépendant quelque soit son style, son concept, son niveau recherché, de la pizzeria au restaurant gastronomique doit conserver, me semble-t-il, des différences par rapport aux chaînes. Et pour moi, client traditionnel, peut-être râleur, mais vous l'avez deviné, fidèle ami et fervent défenseur des restaurants indépendants, la meilleure des différenciations c'est que le client puisse encore et toujours choisir sa table dans votre salle afin d'y revenir souvent.

Au mois prochain, Benjamin


Qui est Benjamin ?

Sous le pseudonyme “Benjamin” un Chef d'entreprise tient cette rubrique.
Celui-ci, pour ses obligations professionnelles, prend en moyenne
une dizaine de repas par semaine au restaurant.
La rédaction.

Benjamin