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Visuel de l'introLe renversement de la conjoncture économique après quelques années d'embellie, les difficultés que rencontrent actuellement l'enseignement technologique et les entreprises elles-mêmes à recruter, posent à nouveau l'image des métiers de bouche auprès des jeunes.
Claire Morandeau




La formation des jeunes

La formation des jeunes est au cœur de tous les débats. Les jeunes sont-ils bien préparés à leurs métiers, ont ils suffisamment de choix notamment lorsqu'ils souhaitent se spécialiser ou continuer dans leurs études,… autant de questions que se posent aujourd'hui les professionnels de l'hôtellerie restauration devant ce phénomène frappant : plus de 45% des jeunes entrant dans une formation liée au tourisme quittent ce métier. De là, une pénurie de main d'œuvre… Voici un état des lieux de la formation que reçoivent les jeunes et quelques axes de réflexion

Lycée professionnel ou CFA : les deux voies
pour la formation des jeunes désireux d'entrer dans les métiers de l'hôtellerie restauration
“Il existe deux voies de formation parallèle : la “nobilière” dans les lycées professionnels qui enseigne en BEP, CAP, Bac professionnel, jusqu'à la licence, en passant par les mentions complémentaires et la filière “classique” plus ancienne, qui forme en alternance au CFA jusqu'au BTS. Ces deux voies se complètent car les métiers que nous exerçons sont très différents”. précise Gilles Grandjean, président de l'UNAEEH.
La première école hôtelière de France s'ouvre en 1912 en Savoie tandis que c'est la loi du 17 juillet 1971 portant sur la réforme de l'apprentissage qui crée les centres de formation d'apprentis.
La formation en lycée professionnel alterne pratique et théorie, grâce notamment aux restaurants d'application et aux “TP”. Elle rend également obligatoire des stages en entreprise. En formation au CFA, le jeune élève apprend un métier dans l'entreprise tout en complétant ses acquis dans un centre de formation. Cette dernière était la voie privilégiée et jugée très formatrice il y a quelques années, elle est à nouveau sollicitée par les jeunes. L'apprentissage connaît en effet un succès croissant dans le secteur tourisme-hôtellerie-restauration. En quatre ans, le nombre des contrats d'apprentissage a progressé de près de 30 %. Les raisons en sont certainement le fait que chaque année, près de 70% des jeunes qui entrent au CFA en sortent diplômés, et près d'un sur deux trouve un emploi dans les semaines qui suivent l'obtention du diplôme, l'autre moitié suit une formation complémentaire.
S'adapter aux différents métiers
“Il n'y a pas un métier mais des métiers. Il y a de grandes entreprises de plus de 400 salariés et de petites maisons tenues par deux personnes. Dans les deux cas, le panel de formation doit être vaste” précise Gilles Grandjean. La formation aux métiers de l'hôtellerie restauration passe par les diplômes de BEP, CAP, Bac Pro, BP, mention complémentaire, BTS. Pour élargir l'éventail des possibilités et surtout répondre à une demande très forte de la part des jeunes, des licences professionnelles s'ouvrent à présent. On constate en effet que les jeunes souhaitent acquérir plus de diplômes. Les parents qui pour beaucoup ont appris sur le tas, conseillent aujourd'hui à leurs enfants de faire succéder les diplômes. Certains restaurateurs s'insurgent contre ce phénomène qui recule de quelques années l'entrée du jeune dans le métier.
Les formations ne mènent pas au métier : 45% quitte le métier après leur formation
Si les formations se multiplient, les jeunes ne restent pas pour autant dans le métier. A quoi peut-on attribuer ce phénomène ? Nos formations sont elles adaptées à la réalité du métier, sont-elles attrayantes aux yeux des jeunes, l'enseignement professionnel est-il perçu comme une formation suffisamment valorisante auprès des jeunes, enfin, les périodes en entreprise ne constituent-elles pas trop souvent un frein à la motivation des jeunes pour entrer dans ces métiers ?
1. Nos formations sont-elles adaptées ?
A entendre certains professionnels, les formations dispensées aujourd'hui ne correspondent plus à la réalité du terrain. Ils soulignent que les étudiants se faisant rares, les niveaux de recrutement ont été profondément abaissé. La partie pratique de l'enseignement aurait également diminué au profit d'enseignements plus théoriques. Ils conseillent alors une formation sur le terrain plus longue et même plus tôt : “les jeunes sont davantage formés pour préparer l'examen que pour exercer leur futur métier, Précise Yves Cinotti les concepteurs de sujet devraient supprimer définitivement les techniques qui ne sont pas pratiquées dans au moins 2000 restaurants en France. Il y a un décalage entre les sujets d'examen et ce qu'attendent le professionnels”. Les jeunes, quant à eux, ne semblent pas s'en plaindre et sont globalement satisfaits de leur formation.
Claude Izard, restaurateur et Président des Cuisineries Gourmandes et Président de la Confédération des Professionnels Indépendants de l'Hôtellerie dénonce, quant à lui, une confusion entre les deux types d'entreprise de restauration qui accueillent les jeunes en apprentissage. Il estime nécessaire de différencier les restaurants de cuisine traditionnelle des entreprises de restauration rapide, et de créer par exemple une mention complémentaire en restauration rapide, spécifique à ce métier.
Il propose également qu'au lycée, les cours pratiques de production soient transformés en technologie appliquée, avec approfondissement par exemple de l'étude des règles d'hygiène. “A l'école, on ne doit pas être dans la production”, précise t'il.
2. Nos formations sont-elles suffisamment attractives ?
Pour attirer les jeunes, les centres d'enseignement, lycée ou CFA, doivent être bien dotés en équipements, en installation, et rendre plus moderne ces métiers ancestraux. L'ouverture sur l'étranger est, par exemple, une motivation importante dans le choix de métier d'un jeune. Beaucoup d'entre eux souhaitent en effet après leurs études travailler, au moins temporairement, à l'étranger.
“L'ouverture sur l'étranger est un élément indispensable à toute formation et un moteur pour les jeunes qui viennent dans ce métier pour parcourir le monde. Les voyages on le sait bien permettent une ouverture d'esprit et l'élargissement des connaissances”. précise à ce propos Arlette Franco, députée-Maire, en mission parlementaire relative à la formation auprès du Ministre du Tourisme.
Raymonde Lumineau, directrice pédagogique du CFA St Michel Mont Mercure (85) qui envoie ses apprentis Bac pro en stage européen de 3 semaines explique : “Notre projet, dans le cadre du programme de mobilité européenne Leonardo da Vinci destiné à améliorer les dispositifs de formation professionnelle, cherche à apporter une dimension européenne au système d'apprentissage afin de rehausser l'image de cette voie de formation particulièrement efficient”.
3. Revaloriser l'enseignement professionnel,
L'enseignement professionnel est vécu comme le parent pauvre de l'Education. Il est une voie subit plus qu'un véritable choix. Arlette Franco, la première, s'insurge contre ce phénomène et travaille en faveur d'une revalorisation de ces formations.
Pénalisé par une trop grande importance accordée à la filière de l'enseignement général, l'enseignement professionnel a drainé des élèves peu motivés appauvrissant le vivier de renouvellement des générations de travailleurs qualifiés. Les métiers souffrent d'un déficit de vocations. C'est pourquoi Luc Ferry, Ministre de l'Education Nationale, a plaidé pour une “véritable diversification des voies de formation, rappelant que le lycée professionnel n'est pas un lieu d'accueil pour les élèves en difficulté”. Le gouvernement souhaite mettre en oeuvre 7 chantiers : valorisation dès le début du collège de la part allouée à l'information sur les voies professionnelles et technologiques, amélioration des relations entre le lycée d'enseignement général et le lycée d'enseignement professionnel ainsi que l'orientation, la promotion du lycée des métiers, l'adaptation de l'offre de formation et l'organisation de la poursuite des études.
4. Qu'en est-il des formations en entreprise
Il est dit dans la profession que certains patrons confondraient apprentissage avec utilisation d'une petite main bon marché. D'où l'idée parmi eux de la création de véritables maîtres de stages, d'établissements agréés ou encore “de patron formateur” comme le précise Arlette Franco : “Le maître d'apprentissage assure non seulement le suivi du parcours de formation technologique mais aussi l'initiation du jeune à la vie professionnelle sous ses différents aspects, relations avec le client, questions sociales et administratives. Il joue par son tutorat un rôle de préparation à l'exercice du métier”. Jacques Grandjean exprime également cette idée :
“Il faut malheureusement reconnaître qu'une des raisons de l'abandon de la filière hôtelière par des élèves en cours de formation, c'est le mauvais déroulement de leur stage. Il arrive trop souvent que les entreprises ne puissent pas les accueillir dans de bonnes conditions et que leur maître de stage ne les suive pas avec l'attention voulue. Les entreprises qui souhaitent accueillir des stagiaires devraient obtenir un agrément après avoir garanti que toutes les conditions d'hygiène, d'accueil, d'encadrement sont réunies pour un bon déroulement du stage. Il ne faut pas se le cacher, il y a des brebis galeuses dans nos professions qui donnent une mauvaise image à l'ensemble des confrères, elles ne doivent pas recevoir l'agrément”. L'agrément de stage serait aussi accordé au maître de stage qui devra apporter la preuve de ses acquis professionnels et de son aptitude à la formation dans un métier. Claude Izard propose de remettre en avant la mise en place du livret du tuteur, destiné à garantir l'aptitude de celui-ci à accueillir et à former des jeunes dans son établissement.

Le CNGF a étudié le rapport coût et rentabilité d'un apprenti : “le coût du temps passé en formation et la faible rentabilité du travail de l'apprenti pendant la période de formation, d'autant qu'il ne reste bien souvent pas dans l'entreprise, pose un véritable problème. On peut estimer en moyenne à 10 heures par semaine le temps que le maître d'apprentissage consacre personnellement à la formation de l'apprenti. Ce coût moyen pour une entreprise de 5 salariés est de l'ordre de 47000 € pour un apprenti en laboratoire”. En conclusion, le CNGF préconise d'aller plus loin dans la valorisation du temps consacré par le chef d'entreprise à la formation d'apprenti : “Une incitation forte est nécessaire pour que les maîtres d'apprentissage soient motivés et résolus à maintenir une filière qui a fait ses preuves. Nous souhaitons la mise en place d'un crédit d'impôt pour les entreprises qui font l'effort de former des jeunes. En contrepartie, les conditions d'agrément du maître d'apprentissage devraient être renforcées, le chef d'entreprise devra justifier d'une qualification. Des stages de formation des futurs maîtres d'apprentissage pourraient utilement être mis en place et financés au titre de la formation continue à l'initiative des organisations professionnelles, des chambres des métiers ou même des CFA”. précise Gabriel Paillasson, président de la CNGF.
Un exemple : Une charte de qualité
pour l'apprentissage des métiers de l'hôtellerie dans l'Aude.
Le constat : nous observons une forte demande de main d'œuvre qualifiée et parallèlement nous enregistrons des taux de rupture de contrat très important de la part des jeunes en apprentissage sur ce secteur. Un texte a été élaboré en 2002 en partenariat avec la Chambre de Commerce, la Direction du Travail et de Emploi et le Syndicat Départemental de l'Hôtellerie et Restauration, portant sur l'établissement d'une charte qualité pour la formation des apprentis. Ainsi, l'entreprise signataire doit au préalable remplir les conditions suivantes : le maître doit avoir formé des apprentis, ou suivi la formation de maître d'apprentissage, être informé de la réglementation liée au contrat d'apprentissage, avoir eu un entretien préalable avec le professeur responsable de la formation au CFA. Un certains nombres de critères ont été définis portant sur l'hygiène, le respect de la tenue professionnelle, le suivi du jeune, le respect de la législation, l'aide au placement de l'apprenti à l'issue de sa formation. A ce jour 12 professionnels audois sont signataires de la charte.
Les conditions actuelles à remplir pour devenir maître d'apprentissage :

Il faut être titulaire d'un diplôme ou d'un titre qui relève du domaine professionnel correspondant à la finalité du diplôme ou du titre préparé par l'apprenti et justifier d'un niveau au moins équivalent, justifier de 3 années d'exercice d'une activité professionnelle en relation avec la qualification visée par le diplôme ou le titre préparé par l'apprenti ou justifier de 5 ans d'exercice d'une activité professionnelle en relation avec la qualification visée par le diplôme préparé par l'apprenti.
En outre, l'entreprise doit permettre d'offrir des conditions de travail satisfaisantes, s'impliquer dans l'organisation de la formation de l'apprenti et faire diriger la formation par le maître d'apprentissage.
Selon la formule “celui qui forme c'est celui qui recrute” Carine Guillemot, est responsable du recrutement en salle chez Guy Savoy, elle explique : “je pars en reconnaissance dans les CFA, et les écoles pour rencontrer l'équipe enseignante, nouer des relations. Au restaurant Guy Savoy, nous demandons aux jeunes une grande rigueur professionnelle. Malgré la pénurie de main d'œuvre, nous ne pouvons pas nous permettre d'être moins exigeants au niveau de notre recrutement d'apprenti. Par contre, nous sommes conscients de l'importance de notre rôle de formateur. Tous les apprentis qui font leur entrée au restaurant ont effectué une soirée d'essai rémunérée comme un extra. Les maîtres de stage reçoivent les jeunes et leurs parents et les avertissent des réalités du métier. L'apprenti est recruté par celui qui va le former”.
Les enseignements de l'éducation nationale
- Le CAP (niveau V) prépare à l'exercice de métiers précis :
cuisinier, employé de restaurant, et aux divers métiers inhérents au secteur de l'hébergement et aux activités des cafés et brasseries.
- Le BEP prépare à un ensemble d'activités (cuisine, service, restaurant, hébergement).

La préparation du CAP et du BEP suppose 2 ans d'études après les classes de 3e.

- Il existe deux baccalauréats (niveau IV) dans les domaines de la restauration et de l'hôtellerie : le “Bac professionnel” restauration et le Bac technologique hôtelier. Les mentions complémentaires (MC) : employé, barman, employé sommelier, employé traiteur supposent un an d'études après le BT hôtellerie ou le “Bac pro” restauration.
- Le BTS (bac + 2, niveau III) hôtellerie-restauration comprend également deux options en seconde année : mercatique et gestion hôtelière et art culinaire, art de table et du service
- Au niveau II (bac + 3), il y a différentes licences orientées vers l'hôtellerie restauration et souvent préparées par de futurs professeurs de lycées professionnels et techniques.
Il existe également plusieurs maîtrises de sciences techniques (MST) dans les domaines de l'hôtellerie

Claire Morandeau