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Café Leffe
52-54, Cours des Dames
17000 La Rochelle

Tél : 05 46 41 43 10


Le Zinc
12, quai Duperré
17000 La Rochelle
Tél : 05 46 41 24 27
À La Rochelle, les terrasses ont le vent en poupe

Chauffées au nord, ombragées au sud, les terrasses bravent les saisons et s'imposent désormais sous toutes les latitudes. Ainsi, sur le port de La Rochelle, été comme hiver, on peut boire un verre en extérieur. Pas de doute : sur les bords de l'Atlantique, la “terrasse attitude” a le vent en poupe !

À La Rochelle, les marins ne sont pas les seuls à surveiller la météo. Les cafetiers et restaurateurs du vieux port guettent eux aussi le moindre nuage, le plus petit souffle de vent comme autant de signes annonciateurs de ce qui sera une bonne ou… une moins bonne journée. Car sur ce croissant de terre ouvert sur la mer, où l'on recense une cinquantaine de bars, brasseries et restaurants avec terrasses, un printemps maussade, voire un été chagrin, peut avoir des conséquences catastrophiques. “Cela peut aller jusqu'à moins 30 ou moins 40% du chiffre d'affaires”, indique l'un d'entre eux.
“Il existe une vraie culture
des terrasses à La Rochelle”
Pourtant, comme le dit si bien Pierrick Le Hennaff, propriétaire indépendant du Café Leffe, sur le Cours des Dames : “Il existe une vraie culture des terrasses à La Rochelle”.
Ce Breton qui, avec son épouse Annick, dirige la plus grande terrasse du vieux port, connaît pourtant bien les rigueurs du climat océanique… Mais il n'en revient toujours pas, depuis son arrivée à La Rochelle voici deux ans, de servir, certains matins, des petits déjeuners dehors, “alors que, même si le soleil brille, la température extérieure n'excède pas 7 ou 8° !” À quelques encablures de là, sur le quai Duperré, Didier Lourdin, le patron du Zinc, fait la même analyse : “même en janvier, dès qu'il fait beau, c'est la ruée vers les terrasses”.
La plupart sont dépourvues de chauffage. Mais, ici, personne ne s'en offusque. “D'ailleurs, avec le vent, ce serait peine perdue d'essayer de chauffer quoi que ce soit”, assure Pierrick Le Hennaff ; lequel a même supprimé les pare-vent qui entouraient la terrasse du Leffe à son arrivée. “Pour moi, une terrasse c'est un endroit ouvert et mouvant par essence, où les seules allées et venues de la clientèle suffisent à assurer un rythme, une vie, une ambiance…”
De mai à septembre, un vieux portentièrement piétonnier
Tous les cafés du port ont beau profiter de la même vue féerique sur les voiliers et les fameuses tours, ils n'en partagent pas pour autant la même dose d'ensoleillement quotidien.
Avec tout ce que cela engendre en terme de fréquentation pour des établissements qui, dans leur grande majorité, disposent de plus de places en terrasse qu'à l'intérieur.
Dans le “U” renversé que forme le vieux port sur une carte, c'est le quai Duperré, orienté plein sud, qui bénéficie de la meilleure exposition. Aux deux extrémités, les terrasses sont soit tournées vers l'est (Cours des Dames), soit vers le nord (quai du Gabut). Mais ce handicap tout relatif est compensé par la fraîcheur – introuvable les jours de canicule quai Duperré – et surtout par la quasi absence de circulation automobile sur ces deux artères...
Ce qui n'est pas franchement le cas, quai Duperré, véritables Champs-Elysées de La Rochelle !
“C'est vrai que cela dérange un peu, parfois, mais cela fait également partie du paysage de cette ville, assure Didier Lourdin ; ça crée du mouvement au même titre que le va-et-vient des piétons. Depuis les terrasses, on s'extasie sur un joli cabriolet qui passe, on commente le dernier modèle de telle ou telle marque de voitures… Et tout ça alimente les conversations”. Il n'empêche, forte du succès de la Journée sans voitures (dont elle fut l'initiatrice en France), la ville de La Rochelle a décrété cette année – et pour la première fois – une opération “vieux port sans autos” durant la saison estivale !
Ainsi, depuis le 1er mai et jusqu'au 30 septembre, le quai Duperré est livré aux seuls piétons. Une initiative qui accentue, si besoin est, l'attrait de ces terrasses installées sur le domaine public, sur des zones strictement délimitées, que la mairie loue à ses occupants 11,42 € mensuels le mètre carré de mai à septembre (3,77 € le reste de l'année).
Des terrasses installées 365 jours par an
Ces tarifs relativement modestes expliquent-ils que les terrasses, ici, soient déployées de janvier à décembre pratiquement sans interruption ? Pas vraiment. Car faute de place pour stocker les chaises et tables ailleurs que dans le bar, la plupart des cafetiers sont obligés, chaque matin, de sortir les terrasses, ne serait-ce que pour libérer l'espace intérieur.
Cette exposition, été comme hiver, du matériel au climat marin n'est pas sans conséquences. Face à cette contrainte, il y a ceux qui, comme Pierrick Le Hennaff au Café Leffe, continuent à miser sur le rotin ; quitte à remplacer chaque année une vingtaine de chaises. Il y a ceux qui, comme René Philippot au Café du Nord, quai du Gabut, ont misé sur des chaises pliables en métal et toile.
“Un mobilier en métal imitation rotin”
Enfin, il y a cette trouvaille faite par Didier Lourdin, le patron du Zinc : “Auparavant, je ne prenais que du rotin avec tous les inconvénients que cela comporte : les couleurs passent, les fibres craquent, les vis pourrissent… Et puis, dernièrement, mon fournisseur m'a proposé une nouveauté : un mobilier en métal imitation rotin”.
Le prix n'est certes pas le même (entre 23.000 et 30.000 € pour une terrasse de 80 places en rotin, et 42.700 € pour le même équipement en métal-rotin). Mais il ne regrette absolument pas son investissement. Mieux, il ne tarit plus d'éloges sur ce nouveau matériel “plus lourd que le précédent, au point qu'il faut un petit chariot pour transporter les piles de chaises, mais au moins on ne se casse plus le dos…”
Les Francofolies, c'est un souvenir à chaque terrasse
Vivante et animée tout au long de l'année, La Rochelle est un but de balade tout trouvé pour une foule de promeneurs venus des départements limitrophes (Gironde, Vendée, Charente, Deux-Sèvres…).
Mais c'est bien sûr à partir d'avril et plus encore en juin-juillet-août que la ville se mue en cité touristique. Avec, en points d'orgue, la Fête de la musique et surtout les fameuses Francofolies dont la 19ème édition se déroule cette année du 11 au 16 juillet.
“Les Francofolies ? Ce n'est que du bonheur !”, clament en chœur tous les cafetiers du port. Rappelons que le festival a attiré l'année dernière 114.000 visiteurs dont 67% étaient âgés de moins de 30 ans. Une clientèle jeune, donc, qui dépense en moyenne 41 € par jour, pour des retombées économiques sur le commerce local estimées à 13,6 millions d'euros (*). Mais surtout, un public bon enfant qui crée l'animation – de jour comme de nuit – aux abords des terrasses sans en franchir véritablement les limites… “De toute façon, les serveurs sont toujours là pour écarter les plus démonstratifs et rappeler aux autres que le pourboire leur revient en priorité”, confie un patron de bar du secteur. “Je me souviens encore du concert de Noir Désir l'année dernière, avec la queue des spectateurs qui longeait la terrasse du Leffe en attendant l'ouverture des portes, témoigne Pierrick Le Hennaff. Ce jour-là, nous avons servi 900 demis, soit près du double d'une journée normale”. Mais les Francofolies c'est aussi et surtout le souvenir, l'empreinte laissée par un artiste à chaque terrasse.
Ici, ce fut Claude Nougaro au petit-déjeuner, là Jane Birkin à l'heure du thé, ou plus loin Renaud à l'apéritif… Le genre de souvenirs qui vous marque à vie. Le genre de clients, aussi, qui – par leur seule présence, même silencieuse – vous animent spontanément une terrasse. On appelle cela la magie du spectacle.

(*) Source : Francofolies – rapport 2002.
Les conseils des cafetiers exploitants de terrasses
• Pour attirer du monde sur une terrasse située sur un axe peu passant (ou bénéficiant d'une exposition moins favorable), passez un contrat avec des musiciens qui créeront une ambiance spécifique à votre établissement. Ce contrat peut être conclu pour une seule soirée (le jour de la Fête de la musique par exemple), comme pour une semaine, un mois ou une saison.

• Evitez les artistes au répertoire trop restreint ou… trop typé. Comme le dit Dorine, serveuse en terrasse à La Rochelle, “en fin de la saison, certains airs d'accordéon finissent par stresser le personnel et les habitués, et par repousser les passants toujours las d'entendre les mêmes rengaines au même endroit…”.

• Pour les artistes ambulants, il y a ceux qui demandent et ceux qui… ne demandent pas la permission de jouer sur une terrasse. La préférence doit bien évidemment aller aux premiers mais toujours après concertation avec les serveurs (sur la façon de gérer la quête notamment). Quant aux seconds, s'ils se font trop envahissants – ou trop agressifs –, les serveurs sont, bien souvent, les premiers à rappeler à l'ordre les perturbateurs éventuels.

• Dans les cas extrêmes, ne pas hésiter à solliciter l'intervention de la force publique : la législation permet de contrecarrer ce type d'intrusion. Et la simple vue d'un uniforme suffit bien souvent à débloquer une conversation stérile avec un artiste ou un quêteur étranger qui affirme ne pas comprendre ce que vous lui dites.

• Enfin, dans tous les cas, ne pas oublier qu'une terrasse (trop) animée peut occasionner des troubles de voisinage réprimés eux aussi par la loi. À vous de concilier une bonne animation de votre terrasse avec les nuisances éventuelles dont pourraient se plaindre vos voisins…

Bruno Di Battista