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Visuel de l'introManger vite, c'est bien. Mais ce n'est plus suffisant.
Désormais, le consommateur veut manger vite et... bon et rêve de pouvoir choisir lui-même les ingrédients de son sandwich ou de sa salade. C'est l'avènement du snacking qui, sans prendre la place du traditionnel jambon-beurre, est une offre complémentaire de plus en plus demandée...
Jean-Yves Dupain




Le snacking ou la révolution du casse-croûte

Le traditionnel jambon-beurre n'a pas vécu. Pas plus que l'oeuf dur, celui que le poète célébrait en soulignant son plaisir d'entendre le bruit de la coquille que l'on casse sur le comptoir, ne disparaîtra de sitôt des brasseries parisiennes. Simplement, ni l'un, ni l'autre ne suffisent aux envies du consommateur d'aujourd'hui qui prend l'habitude d'une nourriture nouvelle, plus saine, plus variée et de meilleure qualité. Et c'est en ce sens que le snacking a trouvé son créneau et sa clientèle. L'époque veut qu'il faille manger vite bien sûr et les Américains l'avaient compris avant nous qui ont imposé les fast-food. Sauf qu'en Europe, et en France tout particulièrement, la rapidité du service ne doit pas empiéter sur la qualité : “Quitte à manger un sandwich, autant qu'il soit au foie gras” explique par exemple Lélia Renoux, propriétaire du Sir John à Clermont-Ferrand.

Sandwich à façon
Le traditionnel jambon-beurre n'a donc pas vécu. Mais il n'est plus le roi des sandwiches et il doit partager son règne, au risque de perdre sa cour. Car nombreux sont les consommateurs qui désormais privilégieront un sandwich salade-beaufort-jambon, à condition qu'ils soient convaincus de manger un produit plus sain, dont la traçabilité des ingrédients est possible... Car de vaches folles en poulets à la dioxine, l'esprit des consommateurs français a été marqué profondément. Seulement, dans le même temps, nos compatriotes n'ont jamais aussi souvent mangé hors de leur foyer. En trente ans, le nombre de repas pris à l'extérieur du domicile a doublé tandis que le temps consacré quotidiennement au repas est passé de 2 h 30 à 1 h 30. Ce sont deux faits de société qui vont de paire, deux comportements indissociables et les professionnels l'ont bien compris qui multiplient aujourd'hui les propositions alliant restauration rapide et qualité : la réponse adaptée est le snacking, que l'on pourrait traduire par grignotage.


Revenons donc à notre sandwich traditionnel, l'un des pans du snacking. Dans la foulée de Lina's, enseigne qui a multiplié depuis quelques années les ouvertures dans l'hexagone, le sandwich à façon s'est engouffré dans un créneau en vogue. Le principe est d'offrir au consommateur la liberté complète de choix, en lui proposant une liste d'ingrédients : à lui ensuite de composer son sandwich, à son goût et son envie du jour. Pour assurer le succès de la formule, les ingrédients doivent être frappés systématiquement du sceau de la qualité, quitte à ce que le ticket moyen soit dans les franges supérieures. Le choix proposé doit par ailleurs être aussi large que possible : l'amateur de plats végétariens, par principe philosophique ou par volonté diététique, n'est plus l'exception d'antan, en particulier quand les beaux jours sont de retour ; idem pour le tenant de goûts exotiques qui, dans ses sandwiches, veut désormais retrouver des propositions qui incluent le salé-sucré ou des produits venus d'ailleurs... Ce sandwich à façon nécessite une organisation sans faille, avant l'ouverture des portes. Car si le produit, par essence, ne peut pas être pré-fabriqué, tous les ingrédients doivent être préparés et dosés afin de limiter le temps de service une fois la commande passée.
L'importance du contenant
Cette qualité doit se retrouver dans l'élément de base du sandwich, le pain que nombreux ont choisi de fabriquer eux-mêmes à l'image du Lovesand à Toulouse qui offre à ses clients un pain à l'huile d'olive. Le cadre de l'établissement est tout aussi déterminant. Si la sandwicherie d'aujourd'hui propose des services dans l'air du temps, livraison et vente à emporter en particulier, elle offre aussi un confort comparable à celui d'un restaurant. D'ailleurs Lélia Renoux, à Clermont-Ferrand, explique parfaitement que les clients qui consomment sur place, ont des attentes souvent similaires à ceux d'établissements plus conventionnels et que parfois, ils restent à table plus longuement que prévu. C'est pour eux que le confort offert doit être à la hauteur et que le service doit s'apparenter à celui du restaurant, quitte à servir le sandwich dans une assiette avec couteau et fourchette.

Cette formule à façon n'est pas l'apanage du sandwich. La salade en particulier s'y adapte particulièrement bien et peut parfaitement convenir pour compléter l'offre, à condition qu'une même volonté qualitative soit mise en avant. Avec la salade, le repas pourra être encore plus léger, répondant largement à une demande diététique. Mais là encore, salade verte, tomate, asperge et autres ingrédients devront être préparés en amont du service et bénéficiaient d'une large assiette susceptible d'accueillir de quoi satisfaire les plus gros appétits. Le concept des tartines-repas participe d'un même concept. A mi-chemin entre le sandwich et le plat cuisiné, elles peuvent constituer un grignotage parfait pour le consommateur pressé, à condition d'insister très largement sur la qualité du pain.
Le snacking peut tout aussi bien s'adapter à la vogue de la restauration à thème.

C'est ainsi que des bars à soupes existent désormais, que la pomme de terre peut être à la base de tous les plats ou que des établissements à spécialité étrangère jouent le jeu de cette nouvelle tendance de consommation. Il est par exemple des restaurants asiatiques qui proposent un panaché de spécialités, servi sur une planche en laque. Car, plus le contenant sera agréable à voir, à toucher et plus le contenu sera mis en valeur.
Le snacking, c'est aussi cette présentation où tout est servi dans une même assiette. Avec des couleurs variées, avec des saveurs différentes, avec les sauces proposées dans de petits contenants adaptés qui trouvent aussi place sur l'assiette...

La clientèle de tous ces établissements est évidemment la même que celle des restaurants traditionnels. Mais pas au même moment, pas à la même heure ! Forcément, l'emplacement choisi est donc déterminant dans la réussite. Le restaurant snacking n'est pas un établissement de quartier, mais bien de centre-ville, de centre commercial, de quartier étudiant ou de bureau ou encore de gare, d'aéroport et autres parcs de loisirs. C'est à dire là où l'homme a d'autres centres d'intérêt que la nourriture. C'est à l'image de la société de ce siècle naissant : tout doit aller vite, le plus vite possible, mais la qualité alliée à la sécurité sanitaire restent primordiales. Ce que certains professionnels traduisent par la formule des quatre AS : Accueil Souriant, Ambiance Sympathique, Assiette Savoureuse, Addition Sage...
La légende du sandwich
Selon la légende, en 1762, Sir John Montagu, Comte de Sandwich, très affairé à jouer aux cartes avec ses amis, demande à son cuisinier de lui servir son repas à la table de jeu. Le cuisinier lui apporte quelques morceaux de viande, du fromage et du pain. Le comte a l'idée de placer la viande et le fromage à l'intérieur du pain, ce qui lui permet de jouer sans interrompre la partie… Ainsi est né le sandwich.
Quelques chiffres
Pour bien mesurer l'importance prise par la restauration rapide depuis quelques années, voici quelques chiffres fournis par le syndicat national de l'alimentation et de la restauration rapide : en 1970, il n'existait que quelques centaines d'établissements de restauration rapide, exclusivement sandwicherie et viennoiserie, sur un total d'environ 55.000 établissements de restauration ; en l'an 2000, sur 150.000 établissements, la restauration rapide représentait 17.000 enseignes, parmi lesquelles les chaînes comptaient pour 17, 6 %.
Des repas progressivements “grignotés”
On prépare de moins en moins les repas, on les assemble : depuis qu'elles ont une activité professionnelle, les femmes abandonnent leur rôle de préparatrice, tout en continuant d'assurer l'approvisionnement des repas que chacun “assemble” à sa façon.

En trente ans, le temps consacré chaque jour aux repas est passé de 2 h 30 à 1 h 30.

Les repas pris à l'extérieur du domicile ont doublé : aujourd'hui, 13 % des repas sont “avalés” dans des cafétérias ou “consommés sur le pouce” dans des établissements de restauration rapide.

Jean-Yves Dupain