Le tapis rouge est déroulé devant l'entrée du Pouchkin. Et la couleur rouge n'est pas innocente pour ce temple dédié à la Russie, même si le communisme n'a plus lieu de cité entre Moscou et Vladivostok
L'immense portrait de Lénine qui trône à côté de la table de mixage participe d'un même concept, sans que les propriétaires de ce nouvel endroit branché de la vie nocturne stéphanoise soient nostalgiques d'un régime aussi contesté. D'ailleurs Christophe Turpin, l'un des trois compères qui président aux destinées de l'établissement, l'avoue sans ambage : Nous aurions même refusé de mettre une peinture de Staline. Mais là, il y a un côté amusant d'autant que l'on a l'impression qu'il regarde en direction du bar.
En souvenir de Gilbert Bécaud
Vladimir Illich aurait sans doute été médusé de constater qu'en cette ville française de province, près de cent vodkas différentes (quatre-vingt-seize très exactement) étaient proposées à la consommation ! Parfumée au gingembre ou au poivre, agrémentée d'herbe de bison ou de paillettes d'or, l'eau de vie slave est déclinée sur tous les tons, même si Christophe Turpin avoue ne pas pouvoir présenter la totalité des marques existantes : C'est difficile en fait, sans aller s'approvisionner directement sur place. Mais ensuite, ce n'est plus seulement une question de goût. L'originalité se fait aussi dans la forme de la bouteille. Quant aux amateurs de découverte et de saveurs aussi nouvelles qu'originales, ils peuvent, au Pouchkin, commander un mètre de boissons, avec dix vodkas
différentes
La mode qui fait de la vodka une boisson tendance n'est pas un hasard dans la création du Pouchkin : Avant d'ouvrir ici, j'étais D.J. et dans la boite de nuit où je travaillais, la consommation de vodka a grimpé en flèche depuis quelques années. Quand nous avons décidé d'ouvrir un bar, nous avons donc fait ce choix d'autant que s'il existe quelques bars russes en France, ce n'était pas encore le cas à Saint-Étienne. Avec l'aide d'immigrés russes habitant Saint-Étienne et d'un étudiant stéphanois ayant vécu un an à Moscou, Christophe Turpin et ses associés, Manuel Torres et Christian Plaideau ont donc réfléchi et travaillé longuement pour que le concept soit le plus abouti possible. La chanson de Gilbert Bécaud, Nathalie, a fait le reste
Des premiers mois très encourageants
M. 100 000 volts parlait alors d'un café Pouchkine qui n'existait pas à Moscou en cette époque. Depuis, il a ouvert ses portes, le nom est même déposé et il est devenu un lieu incontournable de la vie nocturne moscovite. L'établissement stéphanois s'appelle donc simplement Le Pouchkin et le poète est présent dans les murs par l'intermédiaire d'un buste en fonte, de quelques livres et d'un tableau réalisé par un élève de l'école des Beaux-arts de Saint-Étienne.
D'ailleurs, les étudiants ont apporté largement leur obole à la décoration. Plusieurs d'entre eux ont réalisé des toiles qui représentent la Russie et l'âme slave. Ces peintures, ajoutés à de multiples objets d'origine russe, apportent la touche finale d'un établissement aux multiples facettes. Matriochkas dans une armoire, uniformes de l'armée rouge, maillot de football d'un joueur russe ayant évolué à Saint-Étienne ou encore samovar sont répartis d'une pièce à l'autre.
Car si le Pouchkin est un établissement important en surface, il est surtout une suite de cinq pièces différentes avec chacune une ambiance appropriée. Et si le bar reste le lieu central, ceux qui n'ont pas envie d'entendre une musique trop prégnante, peuvent aller dans les différents salons à l'atmosphère plus feutrée, à l'image de la dernière pièce ouverte où sur des sofas, est servi le caviar accompagné de vodka ou de champagne.
Les trois propriétaires manquent encore de recul, leur bar n'ayant ouvert ses portes que depuis juillet dernier, mais les premiers mois indiquent pourtant que l'idée est porteuse à Saint-Etienne. Bien que la ville soit traditionnellement endormie durant la période estivale, la clientèle a été présente dès le lancement, au-delà même de nos espérances savoure Christophe Turpin. La présence dans la région stéphanoise d'une importante population d'origine polonaise, venue au milieu du siècle dernier principalement pour travailler dans les mines de charbon n'est peut être pas étrangère au succès : si le Pouchkin se veut avant tout un bar russe, n'oublions pas que le pays d'origine de la vodka est bien évidemment la Pologne
Les conseils d'un des propriétaire Christophe Turpin
S'il est important que le concept soit abouti, que le client en entrant dans l'établissement pense à la Russie, il faut aussi que ce soit beau.
Multiplier les salles et donc les ambiances pour que chacun puisse trouver un cadre à son goût.
S'appuyer, en amont de l'ouverture, sur les conseils de personnes connaissant parfaitement la culture de la Russie et des pays slaves.
Propriétaires : Christian Plaideau, Manuel Torres et Christophe Turpin.