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Inviter l'art à sa table.

Devenir un lieu du beau et du bon.

Au-delà des prestations habituelles, qui ne servent plus à se faire connaître ni même à garder une clientèle, les établissements CHR se doivent de développer leur image. Inviter l'art dans son établissement est un moyen.

Tous les établissements ne peuvent se targuer d'avoir hébergé, comme l'Hostellerie des Templiers à Collioure, des peintres célèbres. Les œuvres que Raoul Dufy, Matisse ou Picasso ont laissées tapissent les murs du bar, alors que le restaurant est dédié à l'art contemporain (nos photos). De nos jours, aller aux Templiers c'est associer à une ambiance la visite d'un musée, la découverte des paysages locaux peints par les fauvistes et les portraits de ceux qui ont fait l'histoire de l'établissement. Mais si votre lieu est chargé d'histoire(s), attention à ne pas devenir un “attrape-touriste” : les prestations devront toujours être en accord avec l'ambiance créée.
L'art flatte le client et valorise vos produits
Les restaurants Bon et Bon2, à Paris, n'ont pas lésiné : ils se sont offert le plus connu des designer français, Philippe Stark. Leur clientèle, essentiellement constituée de courtiers peut suivre sur un écran les cours de la Bourse en temps réel, alors qu'elle est confortablement installée dans du mobilier design et signé, recréant avec chic une ambiance new-yorkaise. Un peu plus près de Wall Street et du rêve américain, finalement…
Dans un autre créneau, l'hôtel Hi à Nice (lire N°81 de notre magazine) a travaillé avec la designer matali crasset. Outre les objets dessinés par divers concepteurs et que l'on peut acheter dans le lobby, l'établissement est en lui-même une œuvre d'art. Dormir, y flâner, s'y restaurer donne l'insolite opportunité d'expérimenter une œuvre de l'intérieur, de pouvoir la toucher (chose rare !) et même… de se sentir valorisé en se l'appropriant. Si vous mettez à sa disposition des objets signés, c'est donc que vous donnez à votre hôte de l'importance !

Détournez-vous de l'acte unique de consommation : en devenant mécène, on ne vous considère plus seulement comme un commerçant qui essaye de vendre ses prestations, mais comme un esthète qui connaît les bonnes choses. La relation entre l'objet et le plat (dans un restaurant) ou les prestations hôtelières de qualité se fait immédiatement…
Par ailleurs, l'art donne une dimension supplémentaire à l'établissement. On ne fait pas que manger : on prend un moment à admirer le beau, apprécier le bon. Là, on ne consomme pas des aliments, on déguste une création culinaire. On ne regarde pas bêtement son assiette, on prend le temps de s'évader avec les œuvres. Dans cet hôtel, on ne fait pas que dormir, on se love dans un univers artistique.
Une mise en scène du lieu et de l'offre
Vous pouvez également faire fabriquer votre vaisselle ou des cendriers par un artiste qui apposera votre logo sur ses œuvres. Le phénomène d'identification est flagrant : les clients qui apprécient le travail de l'artiste viendront tant pour vos prestations que pour ses œuvres, mais attention à ne pas tomber dans l'engrenage des lieux branchés, qui se démodent rapidement.
Autre approche : le restaurant Chez Aldo, à Marseille, expose des œuvres de manière régulière. “On voulait se démarquer du traditionnel cabanon avec filet de pêche aux murs et rascasse pendue au plafond” explique Gérard Bensasson, le gérant. Le changement a été radical : “Je souhaitais pouvoir renouveler fréquemment la décoration, jouer avec les tables... J'ai donc aménagé une salle immaculée, aux lignes épurées avec de grands murs lisses sur lesquels j'accroche les expositions successives. Ma clientèle, composée entre autres de cadres et d'architectes, a complètement adhéré à la démarche et nous est restée fidèle”. Sans pour autant changer d'adresse, le dépaysement pour le client est donc assuré. “Je ne prétends pas être critique d'art, précise Gérard Bensasson, mais je connaissais quelques personnes dont je souhaitais exposer des œuvres”. Et depuis, l'engrenage s'est fait tout naturellement : certains clients à la fibre artistique, lui ont proposé d'accrocher leurs tableaux. Mais attention, si ce restaurant expose, il n'a pas vocation à être une galerie : “le cadre compte mais pour un client, l'essentiel est de trouver son compte dans l'assiette…” conclut le gérant.

Elena Bou