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Café du Santerre

30, place Henry Sy
80320 Lihons

Tél : 03 22 83 94 29
Le Café du Santerre à Lihons

L'âme du village

Le Café du Santerre à Lihons est un établissement comme l'on n'en trouve presque plus en France : un bar et un tabac, certes, mais également une épicerie ainsi qu'un dépôt de pain, de journaux et de gaz. Il faut dire que Lihons est un petit village dans une région agricole et traditionnelle, mais sans le Café du Santerre ce village perdrait son âme et sa vitalité.
Marcel Turben, propriétaire de l'établissement, en est conscient et maintient pour cette raison une relation amicale et honnête avec sa clientèle.

Tradition et changement
Ici, au cœur de la Somme, le temps s'est arrêté. On a parfois l'impression de se retrouver dans une France dont on entend parfois dire qu'elle n'existe plus : des champs à perte de vue, quelques exploitations agricoles et quelques villages que l'on traverse sans les voir vraiment. C'est un pays, au sens propre, qui a résisté à l'industrialisation et a conservé ses traditions au plus profond de sa géographie. Dans ces contrées reculées, souvent oubliées, vivent des êtres humains, avec leurs joies et leurs peines, leur labeur et leurs moments de détente. D'où l'importance de lieux comme le bar où l'on peut se rencontrer et échanger ses soucis, faire part de ses humeurs. A Lihons, se trouve le Café du Santerre où l'on peut non seulement boire un verre et se détendre, mais encore acheter son pain, son journal, sa bouteille de gaz ou un kilo de pâtes. Car ce n'est pas seulement un café : c'est aussi un tabac, une épicerie, un dépôt de pain, de journaux et de gaz. Un lieu, par conséquent, où tous les habitants se retrouvent à un moment ou à un autre. Un lieu qui fait vivre le village : son âme.
Cette âme porte elle-même un nom : Marcel Turben, le propriétaire du Café du Santerre. D'une certaine manière, Marcel Turben a toujours été dans le métier, malgré un parcours sinueux : “A l'origine, j'ai une formation de boucher-charcutier-cuisinier, avoue-t-il, et jusqu'à l'âge de 25 ans j'ai travaillé dans une entreprise de salaison à Amiens. Ensuite, j'ai été employé chez Bonduelle où, durant plusieurs années, j'ai occupé la fonction de responsable de la fabrication en charcuterie et plats cuisinés. Mais j'ai à nouveau changé au bout de quelques temps, car je suis devenu propriétaire d'un bar-restaurant à Chaulnes, un village à quelques kilomètres d'ici. Je suis assez fier de cette période, car j'ai réussi à remonter l'établissement en quelques mois : je faisais 30 à 36 couverts par jour et le double le week-end. C'est à la fin de l'année 1990 que je suis arrivé à Lihons et pendant deux ans j'ai tenu les deux établissements. Mais la charge de travail était un peu trop lourde et j'ai décidé de me consacrer totalement au Café du Santerre. En réalité, poursuit-il, ma motivation a toujours été le goût du changement et j'ai toujours voulu fuir un travail qui devient trop routinier. Il est vrai cependant que l'activité ou plus précisément les activités du Café du Santerre représentaient pour moi presque un nouveau métier. Métier qui remporte ma préférence à présent, car le travail est plus étalé dans le temps : on n'est pas soumis à la pression propre à la restauration.”
Des activités diversifiées et complémentaires
Il est vrai que le Café du Santerre est demeuré un bar traditionnel : “Il m'arrive encore quelquefois de faire la cuisine, précise Marcel Turben, mais c'est toujours bénévolement pour des associations locales. Nous accueillons ici essentiellement des ouvriers qui viennent boire un verre après leur journée de travail et qui, pour la plupart, sont devenus mes amis. D'ailleurs, j'ai entraîné avec moi une grande partie de la clientèle que j'avais à Chaulnes. Cela explique, poursuit-il, que la journée est rythmée par leur travail : les gens viennent le matin à partir de 5h30, à midi et le soir pour l'apéritif et, bien évidemment, le week-end. Cela explique également le type de consommation : ce sont principalement des cafés, des apéritifs et de la bière. D'ailleurs, j'ai pu constater que chaque localité a ses consommations propres : à l'apéritif je sers surtout des whiskys et des pastis, ce qui n'était pas le cas à Chaulnes”.
L'optimisme de Marcel Turben est cependant contre-balancé par un autre constat : “Il est indéniable, avoue-t-il, qu'il y a eu une baisse importante de la consommation d'alcool en raison de l'évolution de la législation. Dans une certaine mesure, cette baisse est compensée par un report sur les jus de fruits et les eaux minérales. Mais ce report comporte tout de même une part de pertes. Avoir une épicerie me renseigne plus précisément sur les nouveaux comportements des gens : pendant que la consommation baisse au bar, la vente d'alcool en bouteilles augmente ; ce qui signifie que les gens consomment davantage chez eux aujourd'hui qu'il y a encore 3 ou 4 ans”. De ce constat, Marcel Turben tire une conclusion encore moins optimiste : “Je pense qu'à moyen terme les cafés traditionnels sont gravement menacés s'ils ne diversifient pas leurs activités”.

C'est en effet cette diversité qui permet au Café du Santerre de fonctionner correctement : “Heureusement que nous avons le tabac, avoue Marcel Turben, car il représente 50% du chiffre d'affaires et sans lui je ne suis pas certain qu'on aurait pu tenir. Là encore j'ai pu constater une baisse de la consommation durant les deux premiers mois de cette année mais à partir du mois de mars nous sommes revenus à des taux normaux. D'ailleurs, poursuit-il, je ne crois pas que l'augmentation incessante et brutale du prix du tabac soit le meilleur moyen d'inciter les gens à s'arrêter de fumer. La preuve en est que je ne vends pas moins de cigarettes”. Au tabac s'ajoute, bien évidemment, l'activité de l'épicerie : “Il s'agit essentiellement d'un commerce de dépannage, notamment le dimanche, car à
4 km de Lihons, de chaque côté, il y a deux supermarchés. Le Santerre présente donc le petit “plus” que l'on ne trouve pas forcément dans les grandes surfaces. Le fait d'être également un dépôt de pain, de journaux et de gaz nous est aussi très utile. Dans l'ensemble, nous avons une clientèle fidèle de tous âges et de toutes catégories : le matin, par exemple, certains routiers s'arrêtent très tôt pour boire un café et du coup, ils en profitent pour s'acheter du pain, du jambon ou du pâté, c'est-à-dire leur déjeuner”.
Quelle que soit l'activité, Marcel Turben a la même relation à ses clients : “Ce qui me plaît dans ce métier, c'est le côté traditionnel et authentique : je connais tous mes clients et un grand nombre d'entre eux me raconte ses petites misères. Au fond, ce qui prime, dans les relations que nous avons, c'est l'honnêteté. C'est pourquoi, poursuit-il, en ce qui concerne la baisse des charges ou celle, annoncée, de la TVA, je crois qu'il est indispensable que la clientèle en voit le résultat et notamment ici où elle est beaucoup plus attentive aux prix qu'en ville. On doit maintenir cette honnêteté qui est le principe fondamental du commerce, quel qu'il soit”.
Toutes ces années passées d'activité ont permis à Marcel Turben de se faire une opinion sur l'avenir de son propre métier : “Depuis l'âge de 14 ans, avoue-t-il, je travaille 16 à 17 heures par jour, certes par nécessité, mais également par passion, car le commerce est un métier que j'aime, au point que mon épouse et moi ne prenons jamais de vacances. Et je crois que le problème de l'avenir de ce métier est là : si l'on a de plus en plus de mal aujourd'hui à trouver du personnel et notamment des jeunes, c'est précisément en raison du temps de travail que ce métier suppose. J'ai un petit-fils qui est en ce moment dans une école hôtelière et il me dit que ses professeurs l'incitent à persévérer, car dans dix ans il n'y aura presque plus personne pour exercer ces professions, de sorte que les quelques-uns qui se seront accrochés pourront négocier à leur convenance leurs emplois. Mais, au bout du compte, c'est tout de même dommage de constater que l'on pousse de plus en plus les jeunes à faire des études longues, tandis qu'il n'y a plus personne pour exercer les métiers manuels traditionnels”.

Activités : café, tabac, épicerie, dépôt de pain, de journaux et de gaz
Ouverture : tous les jours de 5h30 à 21h

Philippe Viot