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La Passerelle

26, rue des Trois Mages
13006 Marseille

Tél. : 04 91 48 77 24
Plat du jour 10 €
Ouvrir son établissement à d'autres activités

On le sait tous : sur le terrain commercial actuel, la communication est nécessaire.
Il existe cependant plusieurs façons d'en faire : les démarches peuvent être agressives ou non, tournées vers l'extérieur ou inciter à pénétrer dans l'établissement, comme c'est le cas à La Passerelle, restaurant-librairie de Marseille.

Voilà quinze ans que La Passerelle existe. Quinze ans que Kably a passés dans ce lieu, malgré les différentes versions qu'il a pu en connaître. Si ce vaste rez-de-chaussée divisé en plusieurs petits espaces a toujours abrité une librairie et un restaurant, certaines époques ont également intégré une agence de voyages, une boutique, un stand de vente d'objets-cadeaux… Bien des gérants sont passés par là également, mais à chaque fois, Kably a voulu rester. Jusqu'au jour, en 1994, où c'est lui qui a pris l'affaire en main.
“En quinze ans, j'ai pu voir ce qui marchait ou pas. Et à vrai dire, la librairie n'est qu'un support. On ne gagne pas notre vie avec, le vrai attrait c'est quand même le restaurant, mais ce lieu ne serait plus La Passerelle sans cette librairie. C'est pourquoi nous avons tenu à la garder quand, il y a quelques mois, le libraire qui gérait le local est parti. J'ai donc pris des amis, l'un libraire et l'autre dessinateur, et nous avons remonté cette partie. Nous avions trop peur que l'on nous installe autre chose à la place, car le lieu est en indivis, mais le bail ne stipule pas le type de commerce qui va s'installer…” Cette librairie, ils la démarquent par ses horaires tardifs mais aussi par son offre underground. Les bandes dessinées proposées émanent de petites maisons d'édition et l'ambiance intimiste du lieu tranche franchement d'avec les magasins spécialisés. Fermer la librairie aurait été un échec, peut-être même, aux yeux de certains, un aveu de faillite en vue. “Les clients connaissent ce lieu depuis des années, nous travaillons beaucoup avec les habitués. Et l'on n'a pas le droit de tout changer. Par respect du lieu, de l'histoire qu'il a connue, et par respect des gens qui y ont vécu quelque chose. Avec le temps, il est apparu évident que les clients ne recherchent pas la nouveauté à tout prix, mais qu'ils reviendront ici car ils y ont un passé”. Propos confirmé par un musicien qui émane de la cave-salle
de répétition situé sous la salle de restaurant. Car parallèlement à ces activités précédemment mentionnées, Kably prête également les locaux à diverses personnes ou organismes. En insistant sur le fait que ce soit un prêt et non une location.
Un espace ouvert sur le monde
La sensibilité de Kably l'a souvent mené à côtoyer des artistes. Ainsi, au fil des rencontres, il prête la cave à des musiciens pour leur permettre de répéter, lègue ses murs pour accrocher des expositions et offre même les bouteilles pour le vernissage… “Certains artistes investissent tout dans leur art et ont des moyens réduits. Moi, ça me fait plaisir d'offrir six bouteilles ou un pichet de punch et de voir les gens heureux”. Voilà, la philosophie du lieu n'est autre que celle-ci : se faire plaisir en faisant plaisir.
Mais les artistes ne sont pas les seuls invités : au hasard des jours on trouvera ici des réunions d'Attac, de la LCR, des Verts, de l'association “Vélo en ville”, d'une association de célibataires, des clubs littéraires… “Souvent, la personne qui vient me voir pour demander la salle m'est inconnue, mais lors de la réunion, il m'arrive d'apercevoir des clients à moi dans l'assistance. De toutes façons, ce sont souvent des gens qui fréquentent le lieu qui le recommandent à d'autres”. Un tel mélange n'a pourtant pas causé le moindre souci à La Passerelle. Mis à part quelques menaces fascisantes reçues il y a plus de dix ans, La Passerelle ne déplore aucune encombre. “Si cela devait arriver, ce n'est pas grave, lance Kably. Cela prouverait que notre action, même si l'on ne fait pas grand chose, les dérange et que nous sommes utiles…”
Une gestion au jour le jour
Et ainsi, de bouche à oreille, une sorte de réseau informel s'est créé. On passe à La Passerelle comme on passerait chez un ami, pour dire bonjour, boire un demi ou déjeuner. La cuisine est d'ailleurs de type familial : simple mais de qualité et avec une pointe d'originalité. “Je n'ai pas de formation spécifique en restaurant, mais alors que j'étais étudiant, j'ai travaillé dans les cuisines aux côtés de grands chefs qui m'ont appris des tas d'astuces. La cuisine est ma passion, j'ai d'ailleurs un très grand nombres de livres sur ce sujet, mais une carte gastronomique n'a pas sa place ici” nous dit Kably, qui préfère gérer son établissement au jour le jour. “Je n'ai aucun stock et je fais les courses quotidiennement, parfois plusieurs fois par jour. Les inspecteurs sanitaires ont d'ailleurs été très surpris quand j'ai été contrôlé, mais je préfère travailler ainsi, cela me correspond mieux. Et même si c'est moins rentable, les clients sentent que c'est bon et que l'on cuisine en petites quantités”. Une organisation à l'image de Kably, pas vraiment gestionnaire dans l'âme. Mais le relationnel établi depuis des années en a fait un lieu vraiment hors normes. Un “lieu” et pas uniquement un restaurant ou une librairie. Un lieu où l'on passe en début ou en fin de soirée et où les vitrines et les présentoirs regorgent de prospectus annonçant divers concerts ou manifestations. Cette ouverture sur le monde culturel ou social est appuyée par les journaux et magazines à disposition, que l'on consulte en sirotant sa boisson.
Un lieu qui est tout sauf un local commercial, où l'on se sent bien comme chez soi, avec Kably comme “gardien du Temple” selon sa propre définition. Un lieu d'émulation, de communication. Bref : une passerelle entre les gens.

Elena Bou