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Employer un travailleur handicapé

La formation en alternance permet d'intégrer progressivement un jeune.

Voilà trois ans, l'Institut des métiers et des techniques de Grenoble a été choisi pour initier une formation destinée aux déficients mentaux. Après l'Impro (Institut médico-professionnel) et les CAT (Centres d'aide par le travail), l'IMT devient un acteur de poids dans l'insertion de jeunes déficients intellectuels. Ce projet sur trois ans est arrivé à son terme avec, à la clef, des embauches…

Malgré une année 2003 proclamée “Année européenne des personnes handicapées” par le Conseil de l'Union européenne, on note une certaine réticence en France à employer des personnes handicapées. Le SFPA (Service de formation professionnelle adaptée) est un diplôme ouvert aux jeunes de 16 à 25 ans et permet de former des apprentis capables d'intégrer le milieu professionnel traditionnel.
Une formation adaptée aux professionnels et aux apprentis
A première vue, le groupe de jeunes en livrée qui se tient derrière la table ressemble comme deux gouttes d'eau… à un groupe de jeunes apprentis en service en salle. La tenue est impeccable, l'attitude digne d'un banquet et les hôtes sont servis avec attention et professionnalisme. Ces apprentis appartiennent pourtant à la section de SFPA qui s'est ouverte il y a trois ans à l'IMT de Grenoble. “La majorité de nos enseignants vient du monde professionnel, nous dit Jean-Pierre Buisson Guichard, coordinateur de la structure, et l'on sait exactement ce qui pourra être demandé ou pas à tel apprenti”. Voilà la force de cette structure qui, de par sa proximité avec les professionnels, a pu trouver un établissement adapté à chacun.
Cette promotion d'Employé technique de collectivité n'est pas la seule à avoir vu le jour. En effet, l'Afipaeim (Association familiale de l'Isère pour l'aide aux enfants infirmes mentaux) une association de parents à la démarche volontaire et pas seulement informative, a étudié les métiers et les tâches que pourraient endosser ces jeunes. Depuis l'an 2000, ce sont ainsi cinq promotions qui ont vu le jour à Grenoble et deux à Bourgoin-Jallieu, des formations diplômantes sur trois ans en tant qu'agent de restauration, d'opérateur tourneur fraiseur, etc.
Un CAP adapté
Le SFPA se base sur les CAP correspondants. La première année, les jeunes sont en pré-apprentissage, afin de définir s'ils seront aptes à suivre le cursus. La deuxième année, ils deviennent apprentis avec un contrat de travail et passent le CFG (Certificat de formation général, qui correspondrait à l'ancien certificat d'études). La troisième année enfin, ils passent le CFP (Certificat de formation professionnel) qui équivaut à la partie pratique d'un CAP. En effet, certains apprentis ne savent ni lire ni écrire, mais ils doivent néanmoins savoir exécuter les tâches pratiques que l'on demanderait à un jeune en CAP. A l'IMT, ils apprennent par exemple la découpe du poisson, la cuisine et toutes les informations nécessaires à leur vie professionnelle.
Le résultat semble plus que positif : sur les 15 élèves que compte cette section, 7 ont été embauchés, que ce soit dans une maison de retraite, un hôpital, une association, un hôtel ou un restaurant de chaîne. Quatre autres aimeraient changer de voie et travailler avec des enfants.
Une demande volontaire des employeurs
Lorsqu'ils sont à l'institut, ce sont les apprentis du SFPA qui assurent le service au restaurant d'application de l'IMT ou lors des cocktails. Si parfois le geste se fait hésitant, c'est par souci de bien faire, mais quel apprenti n'hésiterait pas ?
Céline, appréciée au foyer où elle effectue son apprentissage, a même eu la surprise de voir les pensionnaires venir au restaurant d'application. “C'était pour nous l'occasion de la voir dans un autre contexte !” a confié un pensionnaire. Grâce à Céline, l'équipe de la maison de retraite s'est ressoudée et la bonne humeur règne. Avoir un travailleur handicapé dans l'équipe est un défi à relever pour tous. Une fois passés les a priori, certains employés se rendent compte qu'un apprenti en SFPA est capable de faire bien des choses, et parfois d'une manière plus rigoureuse qu'eux !





A l'hôtel Kyriad, les petits-déjeuners sont servis par Marie, apprentie du SFPA
Ces a priori bloquent souvent les professionnels de l'hôtellerie-restauration. Voici un exemple d'intégration réussie d'une jeune déficiente mentale dans le milieu professionnel.

“Marie est considérée par l'équipe comme quelqu'un de tout à fait normal” lance la directrice de cet hôtel Kyriad de la région grenobloise. Après trois ans d'apprentissage dont deux dans le cadre du SFPA, Marie vient d'être embauchée en CDI. “Quand elle est arrivée, elle n'avait que 16 ans. On l'a formée et elle a commencé à faire les chambres avec l'aide d'une autre employée. Les gestes étaient hésitants et il a fallu un long moment pour qu'elle mémorise tout. Mais aujourd'hui, elle est en salle et s'occupe de la mise en place et du service des petits déjeuners”. Marie, de prime abord, ne paraît pas handicapée “et elle fait tout pour le cacher” nous dit la directrice. Certes, il lui est encore impossible de faire la prise de commande, car elle ne maîtrise pas la lecture et l'écriture “mais Marie est aujourd'hui autonome et elle a fait d'énormes progrès, insiste la directrice. Quand elle ne sait pas, elle vient nous voir, mais cela a demandé d'obtenir sa confiance, ce qui ne s'est pas fait en un jour”. Depuis, Marie prend des initiatives et gère ses tâches de façon autonome : “Il a fallu y aller de façon progressive mais elle est à présent en salle et se sent à l'aise”.
“Marie se sent bien ici, elle a trouvé ses repères”
Certes, il a fallu beaucoup répéter, faire preuve de patience, mais l'équipe était solidaire dans ce projet. “J'ai prévenu mon personnel avant l'arrivée de Marie. L'équipe est stable, d'un certain âge, et elle a été non seulement bien accueillie mais presque couvée !” La directrice avoue s'être investie au point de lui donner des cours de vocabulaire et d'orthographe française. “Mais je ne me rendais pas compte de ses difficultés et se lancer dans la grammaire était vraiment trop ambitieux !” confie-t-elle encore. Cependant, ses progrès sont impressionnants et avec l'aide de l'IMT et du référent entreprise (qui a fait le lien entre toutes les parties, que ce soit le centre d'apprentissage, la famille ou Marie) une formation pour lire et écrire va lui être proposée.
Le référent entreprise joue un rôle majeur dans le dispositif : il suit l'apprenti et fait le lien avec la famille, règle les problèmes administratifs ou relationnels qui peuvent survenir... Bien que Marie ait fini son SFPA, elle va continuer de bénéficier du suivi de son référent : “C'est un lien nécessaire car je n'ai jamais vu ses parents. Je sais que Marie se sent bien ici et qu'elle a trouvé ses repères”. Si elle est à présent intégrée dans l'équipe, il est bon, cependant, que la transition se fasse en douceur.

“Je suis contente de savoir que le SFPA est renouvelé l'an prochain ! s'enthousiasme la directrice. Certes, le physique est important dans le monde de l'hôtellerie-restauration, mais cette expérience avec l'équipe et avec la clientèle a été concluante. Marie a fait des progrès impressionnants et nous sommes persuadés que nous être occupés d'elle a contribué à son évolution”. Et de conclure : “Si j'en ai la possibilité, je reprendrai un apprenti du SFPA !”

Pour vous renseigner sur les aides à l'embauche et les avantages dont vous pourrez bénéficier, vous pouvez vous adresser à : AGEFIPH (Association nationale de Gestion du Fonds pour l'Insertion Professionnelle des Handicapés)

www.agefiph.asso.fr

Elena Bou