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Succès pour la saison estivale dans
le grand quart nord et l'ouest de la France

L'année 2003 a été difficile pour les professionnels de l'hôtellerie et de la restauration. La guerre en Irak, la hausse continue de l'euro, entraînant dans son sillage la baisse du dollar ont eu comme répercussion des annulations en grand nombre de la part de la clientèle étrangère. La peur d'attentats dans les différentes capitales européennes n'a fait qu'augmenter la désertification decertains lieux de vacances. Cette année encore, avec notamment l'attentat de Madrid, on pouvait craindre une saison difficile et beaucoup redoutait comme l'année passée un afflux de clientèle étrangère très limitée. Pourtant, malgré ce climat instable, certains événements locaux ont tenu toutes leurs promesses et connu un véritable succès. Cette réussite a contribué à sauver une saison qui aurait pu être bien plus compliquée chez les hôteliers et les restaurateurs. Les régions du nord et de l'ouest de la France ont profité de ces aubaines pour afficher des résultats très encourageants concernant la saison estivale.

Une saison plutôt mitigée à l'échelle nationale
La saison hivernale battant son plein, il convient de faire un retour sur la saison estivale écoulée et d'en dresser un bilan. Le retour sur l'activité de cette période et les éléments marquants de la saison nous permettront d'expliquer pourquoi les régions du nord et de l'ouest de la France ont été prisées par les touristes français et étrangers cette année.
Les résultats affichés cette saison sont, d'une manière générale en France, plutôt mitigés par rapport à l'année dernière. En effet, on peut noter une forte baisse de la clientèle étrangère, notamment allemande et italienne et un maintien relatif de celle anglaise et du Bénélux. Au total, ce n'est pas moins une diminution
de quatre millions de touristes étrangers que les observateurs ont comptabilisée, d'avril à septembre.
Une saison globalement satisfaisante
dans les régions du nord
et de l'ouest de la France
Dans ce contexte national quelque peu maussade, le quart nord et l'ouest de la France ont tiré leur épingle du jeu, bénéficiant d'aspects climatiques, culturels, historiques, socio-démographiques et économiques favorables. Avant d'expliquer et de comprendre les raisons de ce succès, nous pouvons retenir que ces régions ont gagné des nuitées au profit particulièrement du sud-est qui a subit une forte diminution (-5,9% en PACA et -24% en Corse) de fréquentation de la part des touristes français et étrangers. Cette progression a eu pour corollaire une augmentation des taux d'occupation des hôtels et des restaurants. On peut estimer que ce taux d'occupation global est d'environ 65% de juin à août.
La présence des jours fériés en nombre conséquent lors du mois de mai fait bénéficier les plus chanceux de week-ends prolongés. Cette année, le calendrier n'a pas été en leur faveur puisque les 1er et 8 mai étaient placés des samedis. A ce titre, les vacanciers n'étaient que peu présents dans les zones touristiques, notamment en Bretagne. Le mois de juin fût beaucoup plus enclin pour les professionnels du tourisme où l'on a observé la forte présence d'une clientèle étrangère, principalement anglaise, américaine et belge ; les Allemands étant moins présents en raison des difficultés économiques et conjoncturelles que le pays connaît actuellement. On remarque un retour des Américains cette année qui avaient boudé la France l'année passée à cause de la détérioration des relations franco-américaines concernant le conflit en Irak.

L'apaisement de ces relations au fil du temps a engagé les Américains à retraverser l'Atlantique pour y séjourner. Les mois de juillet et d'août ont été de façon générale bons en terme de fréquentation, malgré un départ difficile au mois de juillet, spécialement pour la clientèle française. En effet, la mise en place de la semaine de quatre jours dans une partie des établissements scolaires et le prolongement des examens jusqu'au 10 juillet expliquent ce retard pris pour les départs en vacance des familles confrontées à cette situation. Concernant la clientèle étrangère : Anglais, Américains et Belges ont laissé place aux Hollandais, Espagnols et autres Italiens. Enfin, le mois de septembre, n'a pas été à la hauteur des espérances pour les régions de l'ouest et du nord, dont la principale cause est une météorologie capricieuse et des températures relativement basses. Cette dégradation a fortement pénalisé les campings qui ont connu un mois de juin et de juillet plus qu'encourageant. Une autre caractéristique de cette saison est un fait qui confirme les années précédentes, à savoir des réservations de plus en plus tardives, voire sur le site le jour même de la part des touristes. Cette nouvelle tendance complique visiblement la gestion des établissements ainsi que les prévisions sur l'évolution de la saison. Ce facteur s'explique par une concurrence renforcée due à la démocratisation de l'outil internet permettant de réserver à la dernière minute et au meilleur prix. Une autre explication provient du fait qu'aujourd'hui, les touristes et plus largement les consommateurs “zappent” et se laissent guider au fil de leurs envies du moment. Enfin, la réduction des distances, conséquence des améliorations techniques et technologiques des moyens de transport, explique le comportement nomade des touristes. Cette photographie générale de la situation de la saison estivale terminée dresse un tableau assez mitigé de l'activité touristique à l'échelle nationale. Pourtant, deux régions se démarquent des autres par un succès notable de leur activité durant la période estivale. En effet, la saison touristique dans les régions du nord et de l'ouest a été plus que satisfaisante. Cette réussite s'explique par des facteurs propres et communs à ces deux régions.
Une actualité riche en événements
Pour commencer, les régions du nord de la France ont connu une actualité riche en événements, contribuant aux résultats prometteurs de l'été. L'afflux important d'Américains sur les côtes normandes s'explique par la célébration du 60e anniversaire du débarquement américain lors de la seconde guerre mondiale. Pendant quatre jours, les souvenirs sont remontés dans les esprits de tous ceux dont un proche ou une personne éloignée a participé à ce moment historique. Cette manifestation a rassemblé entre quatre cent et cinq cent mille personnes et fait le bonheur des
professionnels de l'hôtellerie et de la restauration de la région. Cette année encore, la braderie de Lille, organisée chaque premier week-end de septembre, a attiré entre deux et trois millions de participants où pendant deux jours de folie les moules et les frites ont été consommées sans modération. Un autre événement est
venu combler l'activité touristique de cette région qui est celui de Lille 2004.
En effet, la ville a été désignée capitale européenne de la culture entraînant dans son sillage une multitude de manifestations culturelles attirant un public spécialiste ou amateur, en provenance des quatre coins du globe. Ici encore, l'affluence fût considérable avec des dizaines de milliers d'aficionados, à la grande satisfaction des hôteliers et restaurateurs.
Le succès des festivals
Les régions de l'ouest, et plus particulièrement la Bretagne, ont réaffirmé leur excellente santé touristique pour la période et ont confirmé les résultats probants de l'année dernière. Les raisons de cette prospérité dans les hôtels et restaurants de cette région s'expliquent au niveau environnemental, culturel et sportif. Pour commencer, la catastrophe du Prestige à l'ouest de l'Espagne a eu des répercussions négatives sur l'activité touristique des régions côtières du sud-ouest et de l'ouest de la France en 2003. Les vacanciers ont bénéficié cette année de plages propres grâce notamment au travail exemplaire des équipes locales, aidées notamment par des personnes volontaires, en provenance de toute la France, pour effacer les blessures. Ensuite, les fêtes et festivals bretons d'été ont connu un véritable succès auprès d'une foule enthousiaste se laissant envoûter par les musiques et les différentes manifestations organisées. Ainsi, sous un soleil radieux, l'Interceltique de Lorient peut s'enorgueillir d'avoir enregistré quelques cent vingt mille entrées payantes (soit +8% par rapport à l'édition précédente). Le Festival de la culture bretonne en Cornouaille à Quimper a partagé son quatre-vingtième anniversaire avec plus de cent vingt mille personnes (soit +20%). Les Vielles Charrues de Carhaix ont rassemblé environ cent soixante trois mille visiteurs (soit +6,5% par rapport à l'année dernière). Enfin, le plus discret, mais pas moins renommé Festival du cinéma de Douarnenez a réuni pour sa 26e édition vingt trois mille entrées (soit +27% par rapport à 2003). Il faut souligner également que cette année, les différentes festivités n'ont pas été perturbées par le mouvement des intermittents, qui l'année dernière avaient causé l'annulation d'un certain nombre de ces festivals. Les traditionnels sites touristiques et culturels ont également contribué à la réussite de la saison des hôtels et restaurants en Bretagne. Des endroits tels qu'Oceanopolis, le Parc zoologique de Pont-Scorff, l'Aquarium de Vannes et de Saint-Malo ou le Fort de La Latte attirent encore aujourd'hui plus de cent mille voire plusieurs centaines de milliers de touristes par saison.
Pour finir, l'ouest de la France a également fait les pleines pages des journaux sportifs en accueillant le Tour de France durant deux étapes, notamment à Saint-Brieuc et Lamballe. Le passage de la Grande Boucle a attiré dans la région respectivement
cent mille et trente mille spectateurs venus admirer les prouesses de leurs champions. Au mois de mai, l'événement sportif “Mois Sports Nature” organisé dans les Côtes d'Armor a attiré une centaine de milliers de spectateurs et quinze mille participants.
Météorologie favorable et ouverture des marchés
Outre les particularités propres à chacune des deux régions, nous pouvons mettre en évidence d'autres facteurs communs permettant d'expliquer les raisons de la réussite estivale dans les régions du nord et de l'ouest et ayant des répercussions positives sur les hôteliers et restaurateurs. Premièrement, les spécificités climatiques ont entraîné l'attirance pour ces régions d'un grand nombre de touristes souhaitant éviter les grosses chaleurs du sud de la France. La canicule de l'année précédente, qui est restée dans la mémoire d'une majorité d'estivants, renforce cette attitude. Deuxièmement, la mondialisation des marchés a permis d'accueillir une nouvelle clientèle en provenance des pays de l'est et d'Asie. Cet afflux naissant a contribué à compenser la baisse de fréquentation des Anglais et des Allemands pour les régions du nord et de l'ouest. Troisièmement, le fractionnement des vacances engendre des séjours plus nombreux mais moins longs et explique la mobilité des touristes. Ils désirent généralement visiter et profiter d'un maximum d'activités, même si cela nécessite de changer de région. A ce titre, une bonne partie des touristes ayant assistée au 60e anniversaire du débarquement a profité de la proximité de la Bretagne pour prolonger leur séjour là-bas.

Nous pouvons dire que la saison estivale fût celle des régions de l'ouest et du nord de la France dans un contexte touristique national plutôt maussade. Le 60e anniversaire du débarquement, le succès incontesté de la braderie de Lille et de Lille 2004, capitale européenne de la culture, les plages redevenues propres, la popularité des festivals bretons, non perturbés par les intermittents, l'essor d'une nouvelle clientèle en provenance de l'est et une météorologie plus supportable sont les facteurs-clés majeurs expliquant la réussite de la saison dans le nord et l'ouest de la France.

Emilien Beaux