Le Marmiton à Marseille : Faire vivre la profession.
Après de nombreuses années passées
à parcourir la France et à exercer tous les métiers
de la profession, Michel Escoffier revient à Marseille où
il reprend, avec son épouse, Le Marmiton, une charcuterie traditionnelle
ancestrale.
Son objectif était de maintenir un produit traditionnel de qualité
envers et contre tout. Aujourd'hui, Michel Escoffier sait qu'il a eu raison
de jouer cette carte et de s'impliquer dans le devenir de sa profession.
Un produit traditionnel de qualité.
Michel Escoffier exerce le métier de charcutier traditionnel depuis
26 ans : « j'ai commencé à Marseille, avoue Michel
Escoffier, dans le 12ème arrondissement. Par la suite, j'ai bourlingué
à travers toute la France : la Côte d'Azur et Lyon où
j'ai obtenu le titre de Meilleur Ouvrier de France. Enfin, il y a environ
14 ans, je suis revenu à Marseille où j'ai travaillé
dans plusieurs entreprises et exercé, en même temps, les métiers
de pâtissier, cuisinier et traiteur. Cela m'a permis d'avoir un panel
très étendu. C'est à cette époque que, le soir,
je venais faire des extra au Marmiton. Mon patron était donc mon
futur beau-père et mon épouse était alors étudiante
en gestion. Le Marmiton, poursuit-il, est une charcuterie traditionnelle
qui existe depuis le début du 20éme siècle et, quand
je suis arrivé, mon épouse et moi avons créé
l'activité de traiteur. Notre objectif était d'être
indépendant et créatif, car c'est finalement la suite logique
de ce que l'on entreprend dans ce métier : il ne sert à rien
de rester ouvrier durant toute sa carrière ».

Cependant,
Michel Escoffier et son épouse, Corinne, n'ont pas perdu de vue leur
ambition première : « dès le départ, explique-t-il,
il s'agissait pour nous de maintenir un produit traditionnel de qualité
a tendance à disparaître. C'est ainsi que nous continuons l'abattage
des porcs sur pieds. Or, aujourd'hui, il semblerait que nous n'avons pas
joué la mauvaise carte : les récents événements
médiatiques et culinaires montrent que les gens reviennent de plus
en plus vers les produits et la cuisine traditionnels ».
C'est cette qualité traditionnelle que l'on retrouve dans les produits
cuisinés, ou pas, que propose Le Marmiton : outre la charcuterie
que confectionne Michel Escoffier, on pourra choisir des menus de 99 à
175 F avec des Gambas à l'Américaine, un Foie gras et sa brioche,
un Civet de porcelet et de marcassin, des Pieds et Paquets, une Truite saumonée
soufflée, un Gratin dauphinois aux éclats de Châtaignes,
un Suprême de pintade farcie, un Lapin farci en croûte, un Pavé
de biche aux Morilles, des Paupiettes de cailles au cur de foie gras,
des Gnocchis à la parisienne, des Fonds d'artichauts Arlequin, des
Endives braisées et les délices du Chef ; un buffet dînatoire,
pour 145 F H. T. par personne, avec un Assortiment de feuilletés
salés, de Mini pains garnis, des Savouris briochés, des Brochettes
de marbré de légumes, de Mini farcis provençaux, un
Assortiment oriental, des pâtisseries. Un buffet campagnard avec,
après l'apéritif, un Taboulé provençal et des
salades, une Timbaline de saumon, de la charcuterie, un Chaud Froid de volaille,
un Gâteau aux cinq couleurs, desserts. Un menu à 170 F T. T.
C. par personne avec, après l'apéritif, une Salade Indienne,
des Champignons à la Grecque, une Terrine de Saint Jacques à
l'oseille, un Saumon Bellevue, une Mandoline de sels secs, des Aiguillettes
de canard glacées, une Roulade de lapin farcie aux cèpes,
des Pavés des quatre saisons, Entremet, Mignardises et Pièce
montée.
Le magasin : une nécessité
La clientèle du Marmiton est cependant bien différenciée
: « les plus jeunes, explique Michel Escoffier, se tournent davantage
vers les cocktails et buffets dînatoires pour des événements
précis et ponctuels. Pour les réunions de famille et d'amis,
en revanche, les gens sont plus attentifs à ce qu'ils ont dans l'assiette
et font attention à leur santé. Souvent, ils préfèrent
manger moins, mais mieux. D'ailleurs, la clientèle est en constante
évolution : elle voyage, elle découvre de nouveaux produits
dans les restaurants, de sorte qu'il nous faut sans cesse nous remettre
en question. Il faut avoir l'esprit très ouvert : je n'hésite
pas, par exemple, à innover pour m'adapter aux désirs des
clients, mais tout en maintenant la qualité des éléments
de base et des produits traditionnels. Il faut dire, poursuit-il, que nous
sommes ici dans le quartier d'Andoume, c'est-à-dire dans un quartier
très traditionnel de Marseille. Mais, tout dépend des secteurs
: il m'arrive de discuter avec certains confrères qui me disent qu'à
l'extérieur de Marseille les goûts ne sont pas exactement les
mêmes ».
Mais l'organisation de réceptions n'est pas allée tout de
suite de soi : « au début, avoue Michel Escoffier, les
entreprises et autres organismes contactaient des traiteurs de l'extérieur.
Nous nous sommes battus pour nous imposer : nous nous sommes regroupés
avec plusieurs confrères et, à présent, nous avons
réussi à récupérer le marché. C'est d'ailleurs
dans le même esprit que je me suis impliqué dans la Confédérations
des Charcutiers-Traiteurs : cette structure nous permet d'être représentés
à tous les niveaux, d'être informés de l'évolution
de la législation et des pratiques, ainsi que d'assurer la relève
en encourageant les prêts et en facilitant les aménagements.
Au fond, il s'agit de maintenir une profession en vie ainsi que, bien souvent,
des quartiers ».
Aujourd'hui, donc, Le Marmiton a su s'imposer dans l'organisation de réception
: le Conseil Régional, la Mairie, les entreprises de la zone industrielle
de La Palud, c'est-à-dire des réceptions qui peuvent aller
jusqu'à 2000 personnes. Mais, Michel Escoffier n'oublie pas pour
autant le magasin, bien au contraire : « le magasin est pour moi
l'essentiel, avoue-t-il, car grâce à lui je vois les clients
tous les jours, tandis que pour une réception, je ne les vois que
2 ou 3 fois par mois ».
Malgré sa réussite, Michel Escoffier demeure lucide : « c'est
un métier difficile, avoue-t-il, et l'indépendance se paie
parfais un peu cher. Il faut savoir gérer et être polyvalent,
car nous sommes sollicités constamment et de toutes parts. C'est
un choix de vie. En même temps, il faut se dire que le but n'est pas
la perfection, mais la régularité. Autrement dit, conclut-il,
il faut s'accrocher, aimer ce que l'on fait et avoir la volonté de
ne pas baisser les bras ».