Le Clairet de Bordeaux est une véritable curiosité,
et ce, à plusieurs titres. C'est un vin à mi-chemin entre
le rouge et le rosé dont le procédé de fabrication
est spécifique, et il a une histoire particulière...
Un vin d'origine séculaire remis
au goût du jour
Le nom de Clairet rappelle celui des « Clarets », qui
firent la fortune des vins bordelais et le délice des amateurs britanniques
au XVIIIème siècle. En effet, les « Clarets »
se distinguaient des vins bourguignons ou de porto par leur caractère
fruité et léger, obtenus par une vinification assez rapide.
Les Clairets d'aujourd'hui perpétuent cette tradition séculaire
de vins légers et fruités. Le « Claret »
a en fait été remis eu goût du jour notamment par la
cave coopérative de Quinsac qui regroupe aujourd'hui une centaine
de viticulteurs soucieux de préserver tradition et qualité.
Cette cave a été fondée en 1949, sur l'emplacement
de l'ancien château féodal de Pranzac, au cur des premières
côtes de Bordeaux sur la rive droite de la Garonne, avec une vingtaine
de viticulteurs, groupés autour de Roger Amiel, qui lui en confient
la présidence.
Mr Amiel, négociant en vins et pour les
besoins de son commerce, se rendait régulièrement à
Paris. C'est là qu'il constata combien étaient appréciés
par les consommateurs parisiens, après les sévères
restrictions subies pendant l'occupation, un vin primeur servi à
la mi-novembre dans les bistrots, cafés et restaurants de la capitale
: le beaujolais nouveau.
C'est de là qu'il entrevit l'intérêt qu'aurait la jeune
cave de Quinsac à mettre sur le marché outre le vin rouge
traditionnel, un vin jeune et gouleyant, assez rapidement consommable. Il
s'en ouvrit à l'nologue attaché à la cave. De
leur réflexion devait résulter une nouvelle vinification de
la vendange rouge avec comme conséquence la production d'un nouveau
vin : le Clairet de Bordeaux.
Le Clairet est ainsi devenu la spécialité de la cave coopérative
de Quinsac. Depuis, plusieurs autres viticulteurs se sont mis à produire
du Clairet dans la région de Bordeaux.
Une vinification unique...
A la différence du rosé qui s'obtient par simple pressurage
du raisin rouge ou par saignée, le Clairet nécessite une macération
plus longue, pouvant durer jusqu'à 48 heures. La vinification du
Clairet se rapproche davantage de celle des vins rouges.
La vendange est récoltée manuellement à l'optimum de
maturité des raisins et dans un état sanitaire parfait. Les
raisins sont éraflés, puis mis en cuve de macération
afin d'extraire la couleur et les arômes nécessaires à
l'élaboration d'un Clairet.
Après trois à quatre jours de cuvaison, lorsque le jus a atteint
la couleur et la concentration souhaitées, la cuve est « saignée »,
c'est à dire qu'une partie du jus est écoulée. Afin
de conserver les arômes primaires du vin, ce jus est refroidi aux
environs de 18° c, température à laquelle se termine la
fermentation alcoolique. Celle-ci achevée, le vin réalise
sa fermentation malolactique. Le vin est ensuite soutiré, puis conservé
en cuve dans une chambre froide à 9° c.
...et encore bien d'autres particularités
Si la coopérative de Quinsac a été la première
à commercialiser le Clairet de Bordeaux en le remettant au goût
du jour, de nombreux viticulteurs se sont à leur tour lancés
dans la production de ce vin pas comme les autres. Mais tous ne procèdent
pas de façon identique, chacun apportant une touche personnelle.
A commencer par les cépages. A la cave de Quinsac, plusieurs cépages
entrent dans la composition du Clairet. Ils se composent de 60% de Merlot,
de 25% de Cabernet Sauvignon et de 15% de Cabernet Franc qui sont tous des
cépages rouges. Selon les propriétaires, ces proportions peuvent
légèrement varier, le Merlot restant toujours prépondérant.
D'autres maisons n'utilisent que Merlot à 60% et Cabernet Sauvignon
à 40%, d'autres encore ne prennent que du Cabernet Sauvignon Franc.
Dans cet encépagement, il est aussi possible de trouver dans certains
Clairet du Petit - Verdot, du Carmenère, du Malbec ou du Côt.
Cet encépagement a été défini dans le cadre
de l'appellation contrôlée « Clairet de Bordeaux ».
Les sols peuvent également être de nature diverse en fonction
de la localisation des viticulteurs fabricant le Clairet. Certaines propriétés
se trouvent sur des sols argilo - calcaires situés sur des coteaux
de la rive droite de la Garonne, ou sur des sols boulbène de région
de l'Entre - deux - Mers, sur des sols de graves associées à
des galets de dimension moyenne avec présence de sable. Ces différences
de sols expliquent les particularités de chaque Clairet.
Par ailleurs, pour être considéré vin d'Appellation
Contrôlée Clairet de Bordeaux, les vins doivent avoir une base
minimum de 162 grammes de sucre par litre de moût, tirer entre 9,5%
et 12,5% d'alcool et avoir un rendement entre 55 et 72 hectolitres/hectare.
Les Clairet ainsi obtenus sont généralement caractérisés
par une robe brillante et nette, de couleur plus soutenue que celle des
rosés, mais pas tout à fait rouge, avec des reflets violets,
un rouge léger mais profond en somme. Le nez présente des
notes de fruits rouges, plus marquées par la fraise et la cerise
ou le cassis et la framboise selon les vins. Si l'on agite certains d'entre
eux, il arrive même de trouver des notes florales et printanières
très élégantes. En bouche, ce sont des vins souples
et fruités ou vifs et frais. Le côté fruité de
ce vin en fait un nectar très féminin.
Les Clairets se dégustent en apéritif, sur des entrées
froides ou chaudes, des poissons cuisinés ou grillés, des
fruits de mer, des viandes blanches ou en accompagnement d'un barbecue.
Sa structure légère accompagne à merveille les repas
d'été. La température idéale pour le servir
est de 10° c. A noter encore que c'est un vin à boire jeune,
dans les deux ans qui suivent sa naissance. En vieillissant, il perd sa
vivacité et une partie de son charme.
Le Clairet a de nouveau
le vent en poupe, car il s'apparente plus au rouge des tables d'été
qu'au traditionnel rosé. Certains sommeliers ne s'y sont pas trompés
et certains le proposent pour tout un repas. Sa robe soutenue est séduisante,
il emporte l'adhésion avec une structure et une rondeur qui feraient
pâlir certains rouges ! Le Clairet de Bordeaux, a tout d'un vin de
restauration. Les clients, très vite conquis, le considèrent
comme un vin de connaisseurs qu'à leur tour ils font découvrir
à leur amis.