L'alliance réussie des produits de la terre : « le
Moulin de Corbès », aux portes d'Anduze
La gastronomie comme rencontre virtuose des produits :
« le Moulin de Corbès ».
Dans un site splendide et verdoyant, au bord du Gardon, « le Moulin
de Corbès » constitue un lieu de villégiature rêvé,
où la cuisine est aussi attrayante que le cadre.
A Corbès, lieu-dit proche d'Anduze, le Gardon imprègne
de sa sérénité le « Moulin », ancienne
papeterie devenue en mai 1995 une auberge réputée. Le chef
de cuisine du « Moulin »,
M. Castanet, est originaire de la région, où il a fait ses
études et - en partie - son parcours de cuisinier : après
être passé par l'école hôtelière à
St-Jean-du-Gard, il travaille trois ans à la Crémaillère,
à Sauveterre-du-Gard, puis au Relais-Château le Prieuré
à Villeneuve-les-Avignon. Il se perfectionne à Courchevel,
dans un hôtel cinq étoiles, puis à Mégève,
au Relais-Château du Mont d'Arbois. Désireux de travailler
en famille, il s'installe en 1995 au « Moulin » avec
ses parents et son épouse. Il travaille d'abord en binôme avec
l'un de ses anciens chefs, M. Yves Lasnes, qui contribue à lancer
un établissement à présent connu pour son sérieux
et son caractère véritablement professionnel. L'auberge comprend
trois chambres (en chambres d'hôtes) ; par son site exceptionnel,
elle capte et fidélise les étrangers à la région,
assurés de trouver la garantie d'une cuisine savoureuse. La présence
de l'établissement dans les guides Michelin, Champerard et Bottin
Gourmand attire par ailleurs une clientèle soucieuse de calme et
de qualité.
M. Castanet pratique une cuisine qui peut légitimement être
qualifiée de gastronomique. Par ce terme, précise-t-il, « il
faut entendre un travail sur les produits, une façon de les transformer
qui est toujours personnelle. Cela suppose une vraie connaissance des produits
et le savoir permettant de les associer sans les dénaturer ; on peut
ainsi associer un poisson d'eau douce et un jus de viande corsé...
Mais cela n'implique aucune préciosité : on appelle toujours
une carotte, une carotte, ou un lapin, un lapin ! Ce n'est pas la complexité
d'une appellation qui fait la valeur d'un plat... » La cuisine
du « Moulin » n'est pas centrée sur les spécialités
de la région : « les produits locaux sont savoureux, mais
on ne peut pas vraiment les transformer selon un principe gastronomique
: les tripes ou la saucisse, par exemple, sont des produits traditionnels,
de valeur sûre, mais difficiles à transformer ! Cela ne ferait
que détériorer leur goût. En revanche, l'apport régional
se manifeste dans mes plats par d'autres produits : châtaignes, miel
de la région, fromages locaux, champignons...

Je me
suis tourné vers une cuisine pour ainsi dire évolutive, qui
s'adapte aux tendances. J'aime suivre la mode, comme on le fait dans la
décoration. Depuis quelques temps, la tendance est aux légumes
anciens : crones, courges, topinambours, potimarons. Nous travaillons aussi
le foie gras accompagné de fruits (par exemple poêlé
avec un chutney de figues)... La cuisine est un domaine tellement vaste,
que chacun peut se consacrer à celle qu'il préfère,
traditionnelle ou plus actuelle, et toujours trouver des amateurs... Mais
il me semble que l'essentiel est de conserver l'identité de son travail
: même si je change de produits, les clients verront qu'ils ont toujours
affaire à mes assiettes : il y a toujours une personnalité
acquise au fil des années ». Quant au caractère
spécifique de sa cuisine, M. Castanet le détermine comme axé
sur des sauces de caractère, des produits forts en goût, beaucoup
de sauces par réduction... mais aussi une vive attention portée
à la décoration des assiettes au moyen d'herbes. « J'ai
une véritable passion pour les herbes ; j'achète toutes celles
que je trouve. J'apprécie beaucoup de belles branches de cerfeuil
bien vertes décorant une assiette ; rien de tel pour flatter la vue
avant le palais... ». En ce qui concerne les saveurs, M. Castanet
précise que savoir associer des produits différents est un
véritable plaisir pour le cuisinier, mais un plaisir qui repose sur
une expérience acquise au fil des années. « On peut
associer par exemple la poire et le sanglier, mais pas bruts ! Il faut savoir
les accommoder de façon à ce que leur alliance soit réussie.
Il m'est particulièrement agréable de travailler les produits
de « ma » terre : produits de ferme, vins rouges du
terroir, poissons de rivière, et de les faire se rencontrer dans
un plat, de façon très concentrée en goût... ».
Le métier de Chef, note M. Castanet, exige une grande rigueur et
une constance dans le travail ; « le plaisir pris à travailler
les produits ne repose pas sur une fantaisie désordonnée,
mais sur une maîtrise permanente ; en particulier parce que les clients
aiment retrouver le même style quand ils reviennent ; on ne peut pas
bouleverser sa cuisine sans cesse. Il faut se souvenir que nous cuisinons
pour apporter du plaisir aux autres, et c'est sur cela que repose notre
propre satisfaction ; mais il ne s'agit évidemment pas de renoncer
à ses goûts propres. Simplement, il faut être régulier
dans la cuisine que nous proposons. » Une cuisine attrayante et
riche en saveurs, se fait apprécier par exemple au travers d'une
terrine de foie gras frais de canard accompagné de chutney d'oignons
et marrons confits, ainsi que d'une gelée de cartagène, ou
encore par une poêlée d'escargots au beurre rouge accompagné
d'un flan d'ail confit ; citons aussi l'uf de ferme poché,
avec une brandade maison et une compotée de tomates aux aromates
et crème de chèvre... Parmi les plats, il faut goûter
au rôti de lotte au lard fumé et sa poêlée de
moules au coulis de potiron, ou le pavé de sandre doré à
la graisse de canard, avec une paysanne de coco au jus de volaille corsé.
Sans oublier les viandes : confit de lapin fermier aux olives vertes avec
une vinaigrette de viande aux noisettes et petits légumes, ou un
pavé de sanglier mariné au genièvre sauté à
la casserole, ou encore un suprême de pintade sauté au beurre
salé, accompagné de pommes de terre et champignons des bois,
et coulis d'écrevisse... On comprendra sans peine qu'il est difficile
de ne pas être comblé, au « Moulin de Corbès »,
par le plaisir des yeux et celui du palais.