Poète, comédien, musicien, chanteur et amoureux
de l'art en général, Roger Siffer a aussi beaucoup voyagé
à travers le monde, en quête de nouveaux horizons, de nouvelles
cultures. Une vie de voyages qui lui a apporté cette certitude :
les amateurs d'art sont toujours amateurs de bonne chère !
Un concept typiquement alsacien
Ici en Alsace, sortir le soir est une institution, qui se doit généralement
de coupler restaurant et spectacle. La Chouc', comme on aime à nommer
le restaurant de Roger Siffer à Strasbourg, rassemble ces deux pôles,
qui en font un lieu privilégié. Les spectacles sont principalement
des pièces politico-satiriques très prisées du public
alsacien, et ont le mérite de se jouer simultanément, dans
deux salles différentes, en français et en alsacien. Un véritable
tour de force des comédiens qui passent d'une scène à
l'autre durant toute la représentation ! Un succès de nouveau
confirmé par les 96 représentations programmées entre
mi-novembre 2001 et mars 2002, et qui se jouent régulièrement
à guichet fermé.
« A cheval » entre son restaurant et son théâtre,
Roger Siffer a su s'entourer d'une équipe de professionnels pour
conduire les destinées culinaires de son établissement, avec
notamment Théo Rotter, le responsable du restaurant, et Didier Schieber,
le chef de cuisine. Pour le service de 65 couverts, il propose une carte
dans laquelle le terroir alsacien est très représenté,
avec de nombreuses spécialités régionales et un dizaine
de choucroutes différentes. Certaines sont accompagnées de
cuisses de canard confites à la confiture d'oignons, d'escargots
ou de viande cascher... sans oublier la choucroute au choux rouge, vraisemblablement
d'origine chinoise.
Mais la Choucrouterie, c'est aussi une brasserie où l'on peut
passer sa soirée juste devant un café, une bière ou
un verre de vin. « Il n'y a plus beaucoup d'endroits à
Strasbourg où on peut manger chaud jusqu'à 1h du matin ou
juste boire un verre de blanc, même tard... » précise
Roger Siffer. Sa principale motivation, c'était « d'inventer
un lieu », pour ses amis, ses spectateurs. A cinquante ans, son
retour aux sources après ses nombreux voyages est la suite rêvée
de son expérience : il a su distiller un mélange éclectique
et harmonieux, créer une ambiance chaleureuse qui donne à
« son bistrot », tout son caractère.
Un environnement sur mesure
Laissons Roger Siffer nous dépeindre les lieux : « Un
restaurant, c'est un peu un théâtre. D'où l'importance
du décor : d'abord les fleurs, ça va bien avec les briques
jaunes Vieux-Strasbourg, jamais d'illets (ce sont les fleurs pour
les seconds rôles) ; l'éclairage (la lumière, c'est
la moitié du spectacle) ; des lampes début du siècle,
agrémentées de franges de perles translucides et colorées,
de nombreux tableaux d'amis au mur (les Ungerer, les Waydelisch, grossmann,
Yves Siffer et autres Poirot), les photos jaunies aussi. J'aime ce qui a
une histoire, je ne suis pas Alsacien pour rien ! Je voulais de vieilles
tables, des vieilles chaises... un décor où on doit se sentir
bien ».
En effet, l'une des caractéristiques du restaurant, c'est de
ne pas avoir un mobilier uni et standard : les tables en hêtre massif
sont déclinées sur plusieurs modèles, ainsi que les
chaises de bois, différentes à chaque table. Et M. Siffer
de poursuivre : « Certains clients ont leur propre chope (des
antiquités, l'une d'elle joue même du Marlène Dietrich).
La tradition sacro-sainte du Stamm, symbole de la convivialité, pierre
d'angle de la rencontre, ciment de l'échange. Je suis aussi très
vigilant sur le fond musical qui accompagne mes hôtes ».

Si le
restaurant s'appelle La Choucrouterie, c'est parce que jusque dans les année
80 c'était un des derniers endroits de la ville où l'on fabriquait
le chou en saumure, une tradition transmise par le peuple mongol.
L'établissement
se transforme ensuite en hostellerie avant de devenir un restaurant.
Quand Roger récupère les murs, il entreprend de tout rénover
: les briques jaunes des murs sont nettoyées pour mieux se marier
avec des pans de lambris de bois, les poutres du plafond sont mises à
nu et restaurées... une base excellente pour planter un décor
des plus hétéroclites où une multitude de lampes se
côtoient au plafond et sur les tables, répandant leur reflets
de couleurs dans le rayonnement de leur lumière.
De gros piliers de chêne, qui constituent la charpente de la
construction, donnent de la majesté à ce lieu qui a gardé
son authenticité d'origine.
Cette mise en scène ne serait pas complète sans les
nombreux instruments de musique qui ornent les murs, provenant de plusieurs
pays, de la cithare africaine à la harpe irlandaise... Le restaurant
est aussi paré de rideaux de velours couleur moutarde, qui lui apportent
leur touche de douceur et de confort.
Sa devise, Roger Siffer l'a emprunté à Erasme de Rotterdam
: « A quoi bon se charger le ventre de tant de mets abondants
et friands si les yeux, les oreilles et l'âme entière ne se
repaissent de rires, de plaisanteries et de paroles joviales ? ».
De quoi offrir de belles perspectives aux soirées alsaciennes !