
En 1989, il remporte le trophée Ruinart.
« Au cur qui chante »
Ou Vincent Maduli-Martin,
sommelier au grand Monarque
Faire partager l'espace d'un instant sa passion pour le
vin... Déboucher une bouteille et en ressentir l'histoire, évoquer
des images de terroir et d'arômes, parler de celui qui travailla le
vin avec patience...
Pour Vincent Maduli-Martin, sommelier au Grand Monarque, c'est un plaisir
quotidien. Un plaisir exigeant mais qu'il n'échangerait pour rien
au monde.
Une rencontre fortuite
Pour certains, le hasard des rencontres fait parfois bien les choses.
Vincent Maduli-Martin ne possédait aucune accointance particulière
avec la sommellerie ; et chez ses parents, les grands crus n'étaient
pas le quotidien. Pourtant, âgé de 31 ans, marié et
père de deux enfants, il peut déjà contempler sa « jeune »
carrière avec fierté. Une fierté toute naturelle si
l'on se penche sur son parcours.
Né à Nemours d'un père sicilien et d'une mère
bretonne, Vincent se lassera des études classiques en 3ème
et occupera un poste d'apprenti serveur. C'est de cette rencontre avec son
maître d'apprentissage que naîtra peu à peu sa passion
pour le vin. Elle s'incarnera tout d'abord durant un an - en 1989 - à
l'école de sommellerie de Tours qu'il rejoint à la fin d'une
formation de commis de salle. « C'était une école
difficile. Elle recrutait douze élèves par an, sur dossier.
Pour y être admis, il fallait sortir premier du département.
Comme je ne voulais pas faire autre chose, j'ai réussi ».
Il y apprendra les bases de l'nologie. Un apprentissage qui
lui permettra de remporter en 1989 le trophée Ruinart. Après
une année de service national, Vincent va mettre à l'épreuve
son apprentissage dans une auberge familialle « Le Chalet du Moulin »
; puis, simplement accompagné de deux valises, il montera sur Paris,
un peu à l'aventure.
La construction personnelle d'un savoir
Par une série de hasards, de rencontres et de culot, le jeune
homme obtient un rendez-vous avec Guy Savoy qui l'embauche en tant que commis.
Il occupera ce poste durant huit mois et finira par remplacer le second
sommelier, devenant ainsi l'un des plus jeunes à ce poste. Il n'a
alors que 20 ans. Il y restera cinq ans.
Au bout de ces cinq années, la vie parisienne va lasser Vincent
qui quitte Guy Savoy pour tenter une série d'expériences dans
d'autres établissements.
Cela fait trois ans et demi maintenant
qu'il exerce au Grand Monarque, chez Bertrand Jallerat où il officie
en tant que premier sommelier. Là, 35 000 bouteilles et 1300 références
profitent de son savoir-faire et de son amour pour la Dive Bouteille.
Une complicité nécessaire
« Entre la brasserie, le restaurant gastronomique et le
traiteur, la gestion est quotidienne. C'est nécessaire, il y a une
grande rotation de vins. Au Grand Monarque, les bouteilles sont réparties
dans quatre caves. Et là, il faut l'informatique pour s'en sortir ».
Dans l'établissement des Jallerat, Vincent semble à
son aise. « Le sommelier est important dans un tel lieu. Il faut
parvenir à une bonne complémentarité avec le patron
pour établir la carte, partir à la recherche de nouveaux vins...
Bertrand Jallerat et moi, partons le plus souvent possible sur les propriétés
pour les découvrir ». Vincent Maduli-Martin ne pourrait
se passer d'un tel contact avec les vignerons.
La recherche du contact : une démarche essentielle
« Pour pouvoir parler d'un vin, j'ai besoin de ce contact,
de percevoir l'étincelle du vigneron... Principalement pour ces vins
de petites propriétés comme on en trouve dans la vallée
de la Loire. Savoir si le vigneron se lève à quatre heures
du matin pour réchauffer sa vigne les nuits trop froides, connaître
l'histoire de son vin, sa passion... et pouvoir la communiquer aux clients
en servant une bouteille ». Ce souci du contact permet au Grand
Monarque de proposer régulièrement de nouveaux crus « parce
qu'une carte des vins doit bouger, chanter pour vivre. Ici, seul 30% des
vins ne changent pas ».
Pour Vincent, chaque jour est un défi. Le défi de porter
à la connaissance de la clientèle, des vins qui ont su le
séduire, grands crus ou production plus confidentielle. Et pour cela,
il ne suffit pas de se contenter de déboucher une bouteille et la
poser sur la table. « Il faut avoir des choses à raconter.
Et pour trouver les bons mots, c'est le cur qui doit chanter. C'est
important de pouvoir raconter comment est né un vin. Le but, c'est
d'établir un rapport de confiance entre client et sommelier.
Maintenant, les clients sont plus ouverts ; ce n'est plus systématiquement
poissons et vins blancs. Quant à moi, je ne conseille pas automatiquement
le vin le plus cher, qui ne sera pas forcément le meilleur. Il m'est
arrivé de refuser d'ouvrir un Pétrus à trois mille
francs parce que l'on ne m'avait pas prévenu à l'avance. Et
un Pétrus, ça se prépare ! »
Chaque jour, son travail de sommelier consiste non seulement à
accommoder vins et mets mais à faire pénétrer le client
dans l'univers onirique du vin, lui faire partager l'espace d'un verre,
d'un repas, une passion, un art, l'impliquer dans la dégustation.
Entre Vincent Maduli-Martin et le vin, ce fut une découverte progressive
et réciproque.