
La recette d'un bar de nuit est simple :
un patron et des serveurs sympathiques :
une ambiance chaleureuse et une musique entrainante.
Le Crick Bar à Muret :
Le jour et la nuit
C'est en 1990 que André Boué devient propriétaire
du Crick Bar, un bar de nuit où son nouveau patron se sent à
l'aise, dans son élément.
Aujourd'hui, il est toujours aussi proche de sa clientèle, mais il
a pris une certaine distance et son regard est devenu plus critique. Néanmoins,
il demeure optimiste et propose une recette simple de la réussite.
Mélange des genres
Muret fait partie de ces innombrables bourgs qui se situent à
la périphérie des grandes villes, en l'occurrence de Toulouse
: un étrange mélange d'ancien et de moderne, d'ombre et de
lumière, de vert et de gris. Au fil des rues, on découvre
des magasins alignés et à la mode, qui permettent à
la population locale de ne pas aller constamment voir ailleurs. Ville d'autant
plus surprenante qu'il suffit de faire quelques centaines de mètres
pour se retrouver en pleine campagne ou sur les bords d'une fougueuse rivière.
C'est un peu tout cela qu'incarne le Crick Bar : une salle éclairée
où se retrouvent, autour du comptoir, les amateurs d'apéritifs
et de dialogues ; une salle plus sombre, propice aux secrets et aux silences,
où il fait bon se recueillir ou se confesser, entre amis, autour
d'un verre.
Le patron du Crick Bar, André Boué, est également
à l'image de son établissement : « jusqu'en 1990,
avoue-t-il, j'ai exercé tous les métiers, un peu comme toutes
les personnes de ma génération. C'est le 1er janvier 1990
que je me suis fixé au Crick Bar. Il faut dire que je cherchais à
travailler pour moi et, en quelque sorte, à grandir vite. Le métier
de cafetier est en effet, poursuit-il, un de ceux qui permettent le mieux
de s'élever rapidement dans la société et de s'extraire
du commun des mortels. En même temps, c'est un métier difficile
aussi bien quantitativement que qualitativement : il ne faut pas compter
le nombre d'heures que l'on fait par semaine, et on doit constamment être
à l'écoute de la clientèle. Autrement dit, il faut
avoir une certaine force de caractère et être un peu psychologue ».
Une clientèle sympathique et chaleureuse
Il faut dire que le Crick Bar est un bar de nuit et que, par conséquent,
cela crée des liens : « ces difficultés, précise
André Boué, ne sont pas pour autant des contraintes, car j'aime
ce métier et c'est le créneau horaire où je me sens
le mieux. C'est pourquoi, je suis très proche de ma clientèle
: je reste jusqu'à la fermeture et je m'amuse avec elle. Inversement,
mes clients entretiennent avec moi, et entre eux, des relations sympathiques
et chaleureuses ». Centrer l'activité sur la soirée
est donc un choix pour André Boué : « tous les soirs,
avoue-t-il, on danse jusqu'à 2 heures du matin.
Cette ambiance est essentiellement due à la qualité de ma
clientèle : elle se situe dans une tranche de 20 à 50 ans,
et se constitue essentiellement de travailleurs indépendants, c'est-à-dire
de personnes qui ont un niveau de vie supérieur à la moyenne.
D'ailleurs, le Crick Bar a une particularité : contrairement à
la plupart des autres établissements, la consommation de prédilection
n'est ici ni la bière ni le pastis, mais le whisky. En revanche,
la journée est très calme et l'apéritif du déjeuner
a presque disparu ».
Cependant, le bon fonctionnement d'un établissement ne dépend
pas seulement du niveau de vie de sa clientèle, mais également
d'une modification du comportement : « lorsque j'ai commencé,
explique André Boué, il y avait encore des jeunes qui venaient
faire l'apéro ou qui passaient la soirée sans avoir peur de
consommer. Aujourd'hui, les choses ont changé, et pour plusieurs
raisons : d'abord, les enfants de mes anciens clients ont moins d'argent
que leurs parents ; ensuite, s'ils ont un salaire conséquent, ils
le dépensent autrement. Par exemple, ils viennent pour consommer
une bière, mais à côté ils préfèreront
avoir une voiture neuve. Enfin, il y a la lutte contre l'alcoolisme qui
a eu des effets importants sur les comportements, et plus particulièrement
sur les digestifs ».
Optimiste malgré tout
Mais, les 13 années passées au Crick Bar permettent
aussi à André Boué d'avoir un jugement plus distancié
et, peut-être, plus critique : « la difficulté principale
d'un établissement comme le Crick Bar, dans une ville comme Muret,
explique-t-il, est d'arriver à fidéliser une clientèle.
Car, nous nous situons à seulement 18 km de Toulouse, ce qui signifie
que les gens préfèrent bien souvent faire ces 18 km, plutôt
que de rester sur place. Une des solutions est d'offrir à cette clientèle
potentielle un service original dans une ambiance chaleureuse.
C'est ce que j'ai essayé de faire ici, et je crois y être parvenu.
D'un autre côté, poursuit-il, la clientèle elle-même
a changé et je peux dire que l'insécurité n'est pas
seulement un sentiment, mais une réalité. Nous avons vu apparaître
des bandes qui n'existaient pas auparavant. Ce nouvel aspect ajoute une
difficulté supplémentaire à notre métier, car
il faut parfois être intransigeant. Mais surtout, ajoute-t-il, il
y a l'impression que notre métier se situe dans une impasse et que
tout est fait pour entraîner sa disparition : on a des contraintes
énormes du côté des taxes, mais en même temps
on nous interdit de vendre en raison de la lutte contre l'alcoolisme, et
on s'efforce de restreindre l'activité en luttant contre le bruit.
On a donc parfois l'impression que notre profession est un bouc émissaire
et qu'elle est dans une impasse ».
Malgré ce constat pessimiste, ou réaliste, André
Boué demeure optimiste : « je conseille aux gens, et plus
particulièrement aux jeunes, de se lancer dans cette profession,
à condition de l'aimer et de ne pas avoir peur de travailler. Au
fond, conclut-il, la recette d'un bar de nuit est simple : un patron et
des serveurs sympathiques, proches de la clientèle et à son
écoute ; une ambiance chaleureuse avec, de préférence,
une lumière tamisée ; et, une musique entraînante ».