
Un rire, un sourire, une ambiance.
Centenaire mais vaillante
Une épicerie unique,
rue du Change à Vendôme
Il est des lieux singuliers qui vous transportent en un
ailleurs insoupçonné, au détour d'une rue piétonne
; des lieux qui viennent rompre le quotidien en vous plongeant dans un univers
étrange fait de mémoire, d'exotisme, de présent.
Un mélange détonnant qui changera le chaland qui pénétrera
« Aux produits d'Espagne, » à Vendôme.
Un dépaysement certain
Une épicerie d'ailleurs... De partout à en juger par
les produits qui, dès l'entrée, ne peuvent qu'attirer l'il
du chaland. Un goût d'ailleurs dans les biens proposés. Un
goût d'ailleurs dans l'accueil réservé.
Pour Andrès
Bernat et sa tante, l'épicerie de la rue du Change, « Aux
produits d'Espagne », est un univers en constant devenir, un lieu
où ils se fondent, vivent, construisent au jour le jour, un espace
étrange où se superposent depuis 3 générations
les désirs des clients.
Cela dure depuis 1902. Ce début de siècle vit migrer
vers Vendôme ce couple d'Espagnols venus des Baléares. Lorsqu'ils
s'établirent rue du Change, à deux pas du Loir, ils ne savaient
pas encore que cette petite échoppe de grossiste détaillant
marquerait durablement le commerce vendômois. Ils ne savaient pas
encore que leur succéderait plus que dignement Andrès Bernat.
Pénétrez dans cette épicerie et vous ressentirez
l'histoire de trois générations de Vendômois. Une histoire
patiemment contée, consignée et inventoriée par le
patron et sa tante. L'arrivée des premiers régimes de bananes
dans la ville (des cornichons en filet, pensaient les habitants), l'accueil
des réfugiés espagnols en 1936 : « nous étions
un vrai consulat », la disparition de la plupart des épiceries
de la ville... Une histoire familiale liée à celle de Vendôme.
Né il y a 55 ans dans l'épicerie, M. Bernat aide d'emblée
ses parents dont le décès prématuré le poussera
rapidement à prendre les rênes de ce magasin dont il fêtera
le centenaire en septembre.
« J'y ai toujours travaillé.
Alors, par la suite, comme j'aimais la décoration, le contact, j'ai
repris l'affaire ».
M. Bernat possède une conception
particulière de son métier : conseil, service, écoute
des clients. Ces trois maîtres mots s'incarnent dans sa boutique.
Un nécessaire service de proximité
Ne fermant que 15 jours en octobre, ouvert tous les jours entre juillet
et août, M. Bernat ne s'octroie qu'une journée de congé
par semaine : le lundi. Le reste de la semaine est entièrement consacré
à la satisfaction de ses clients. Après la fermeture de l'épicerie,
à 20 heures, le patron entreprend ses livraisons, ne rentrant chez
lui que vers onze heures ou minuit. Livraisons aux personnes âgées
ou dépendantes avec qui il passe du temps à discuter. Il faut
dire qu'Andrès Bernat est en mesure des satisfaire les desiderata
des clients les plus difficiles.
La plupart des produits sont présents à
la demande des clients
Sa ligne directrice ? Etre à l'écoute de leurs besoins.
Aussi, on ne s'étonnera pas de trouver dans son échoppe une
multitude de vins de qualité, français ou étrangers
: « J'ai des vins de France mais aussi d'Espagne, d'Italie, même
de Crimée. Oui, il y a beaucoup de produits rares ou exotiques dans
cette épicerie, comme le chouchen breton, des liqueurs rares, du
sirop de café... Mais c'est la demande. Les gens voyagent plus qu'avant
aujourd'hui. Et quand ils rentrent ils aiment bien retrouver des produits
qu'ils ont appréciés à l'étranger. Alors je
les leur commande ».
Conseiller : une demande à laquelle répond
volontiers Andrès Bernat
Outre ces produits qui enrichissent son étal par leur diversité,
M. Bernat est sans cesse à la recherche de produits de qualité
qui font sa réputation. « Une bonne partie de notre clientèle
vient pour un produit particulier uniquement, que ce soit le vin ou le fromage.
Ils ont besoin de conseils qu'ils ne trouvent plus ailleurs. Et puis là
au moins, ils savent ce qu'ils mangent ».
Et en matière
de conseil, le patron est à son aise. Prix nationaux de dégustation
de vins, fin connaisseur de fromages (choix, découpe, conservation),
ses avis sont écoutés avec attention.
Devant la concurrence des grandes surfaces, le patron a du se spécialiser
: fromages, vins et fruits attirent donc une clientèle d'habitués
: personnes âgées mais également des gens venus de loin
pour un produit, un fromage, un vin rare... Et puis les touristes attirés
par une devanture étrange et un patron avenant.
Il faut dire
que M. Bernat a su se faire connaître : articles dans la presse locale,
référencée dans des guides touristiques et le guide
Champerard, l'épicerie a su asseoir sa notoriété et
tirer profit de son implantation historique. Et le patron s'y implique au
quotidien : gestion des éclairages, étiquetage précis
de tous les produits, choix de la qualité, décoration attrayante...
Tous les quatre ans, le stock se renouvelle et tout change dans une épicerie
centenaire. Centenaire mais vaillante comme la tante de M. Bernat, 85 ans
et toujours fidèle au poste.
Des difficultés grandissantes
« Mais c'est devenu difficile aujourd'hui. Pour s'en sortir,
nous sommes obligés de nous limiter et rester dans ces spécialisations.
Et puis il n' y aura pas de relève, regrette le patron. C'est un
métier difficile. On ne ferme pratiquement jamais. Et les clients
sont de moins en moins nombreux et les plus anciens disparaissent peu à
peu ».
Pourtant, rien ne pourrait faire se départir le patron de son
sourire et de son affabilité.
M. Bernat est resté Espagnol.
Et son cur se balançant entre Soller (Baléares) et Vendôme
fait battre son épicerie d'un rythme attachant qui résonnera
encore longtemps rue du Change à Vendôme.