
Ce metier me plait, car c'est une activité de nomade :
nous nous déplaçons constamment
dans des lieux différents et nous rencontrons
des personnes toujours différentes.
Bernat-Traiteur à Auterive :
La passion du nomadisme
Il y a une dizaine d'années, Jean-Luc Bernat crée
l'activité traiteur au sein de la boucherie-charcuterie que son père
avait lui-même créée
40 ans auparavant.
Très vite, l'activité s'accroît, se transformant progressivement
en organisation de réceptions et nécessitant une délocalisation
de proximité.
Mais, la philosophie de Bernat-Traiteur
est demeurée la même : s'adapter aux lieux et respecter les
produits ainsi que la clientèle, ce que Jean-Luc Bernat qualifie
de nomadisme.
Une délocalisation de proximité
Jean-Luc Bernat représente la seconde génération
de cette profession de boucher-charcutier-traiteur : « mon père,
avoue-t-il, a créé le magasin de boucherie-charcuterie, en
centre ville, il y a 40 ans. C'est là que j'ai commencé pour,
par la suite, créer l'activité traiteur, il y a une dizaine
d'années. Nous avons débuté, comme beaucoup d'entre
nous, par des plats cuisinés. Nous continuons encore aujourd'hui,
car ce type de produits transformés répond à un réel
besoin.
Mais, poursuit-il, très rapidement j'ai été pris dans
un espèce d'engrenage qui m'a conduit à l'organisation de
réceptions ». C'est cet engrenage qui a entraîné
la délocalisation de Bernat-Traiteur : « notre délocalisation
répond a 3 exigences, explique Jean-Luc Bernat : d'abord, nos locaux
initiaux étaient devenus trop petits et ne pouvaient plus nous permettre
d'exercer convenablement notre activité ; ensuite, nous avons dû
répondre aux contraintes européennes ; enfin, et c'est sans
doute la raison la plus importante, nous avons entrepris une délocalisation
de proximité, car nos nouveaux locaux sont plus accueillants et permettent
une plus grande visibilité de notre activité. Or, pour la
clientèle, il est important de voir, et de savoir, comment nous travaillons ».
Cette délocalisation de proximité n'est pas seulement spatiale,
mais également relationnelle et qualitative : « ma philosophie,
avoue Jean-Luc Bernat, est de travailler au cas par cas. Ainsi, nous nous
déplaçons dans des lieux très différents, comme
ce fut le cas, récemment, dans une Abbaye cistercienne.
A chaque fois, par conséquent, nous devons nous adapter à
des lieux en tenant compte de tous les paramètres et de tous les
détails. Nous adoptons la même attitude, poursuit-il, en ce
qui concerne les menus : nous ne proposons jamais des formules-types, car
il est indispensable de s'adapter aux désirs de la clientèle.
Par exemple, pour la réception qui a eu lieu dans l'Abbaye cistercienne,
nous avons proposé un menu médiéval avec une Crapaudine
de truite des Pyrénées à la sauce verte, un Marcassin
tourné à la broche et son estouffade de fèves, un Vieux
brebis servi avec un confit Carthagène, des Bougnettes cathares et
ses fruits frais et secs, et des Infusés aux épices ».
Respecter les produits et la clientèle
Mais, délocalisation de proximité signifie également
respect des matières premières et de la clientèle :
« si on veut servir un produit dans de bonnes conditions, explique
Jean-Luc Bernat, on ne peut le faire qu'avec des produits frais. Or, travailler
des produits frais comporte des exigences très contraignantes.
La première est de ne pas transformer le produit à l'avance.
C'est pourquoi, nous faisons toujours la cuisine sur place, ce qui n'est
pas toujours évident, étant donné que le matériel
que l'on trouve sur place n'est pas nécessairement adéquat.
Par exemple, un poisson ou une viande rouge sont des produits très
typés qui ne tolèrent pas une cuisson planifiée ; et,
réchauffer le plat entraînerait la perte de toute sensation
agréable : une Noix de saint Jacques sur un caramel d'agrumes, par
exemple, ne peut être préparée qu'au dernier moment
afin de préserver le plaisir de manger.
Autrement dit, respecter les produits en évitant de les torturer,
c'est respecter la clientèle, clientèle qui, d'ailleurs, voit
très bien dans l'assiette le produit qui a été respecté
et celui qui a été ignoré. Ensuite, il y a le personnel
: j'ai choisi de n'avoir aucun contrat journalier ou régulier de
manière à mieux pouvoir personnaliser la réception.
Mais, pour apporter le service maximum, il est nécessaire d'avoir
le personnel adéquat, ce qui signifie qu'à certains moments,
il y a un appel important auquel il faut faire face ».
Mais, cet aspect aléatoire de son métier ne déplaît
pas à Jean-Luc Bernat, bien au contraire : « ce métier
me plaît, avoue-t-il, car c'est une activité de nomade, c'est-à-dire
que nous nous déplaçons constamment dans des lieux différents
et nous rencontrons des personnes toujours différentes. Ce nomadisme
est excitant, car il nous oblige à inventer quelque chose de nouveau
à chaque nouvelle réception. C'est pourquoi, je n'envisage
absolument pas d'ouvrir un restaurant, activité sédentaire
s'il en est ».
Un métier qui évolue dans le bon sens
Ces années passées à exercer le métier
de traiteur ont cependant permis à Jean-Luc Bernat de constater des
modifications notables : « le premier changement, explique-t-il,
est structurel, car il concerne le sens même de notre profession :
la clientèle est devenue de plus en plus professionnelle, car la
réception s'est elle-même transformée en moyen de communication
pour une entreprise, un moyen, d'ailleurs, très peu coûteux
pour une P. M. E. Ce premier changement a eu pour conséquence de
faire évoluer notre métier dans le bon sens : auparavant,
nous étions simplement des porteurs de bouffe, tandis qu'aujourd'hui
nous sommes considérés comme un métier de restauration
à part entière.
Le deuxième changement concerne les désirs de la clientèle
: tous les 5 ans environ, il y a des renversements complets d'attentes et
de tendances. Par exemple, il y a 10 ans, l'huile d'olive était un
produit marginal, alors qu'aujourd'hui elle est devenue un art de vivre.
Le troisième et dernier changement concerne la relation que nous
entretenons avec notre clientèle : notre métier s'est modifié
en ce sens que l'aspect relationnel est devenu fondamental, car nous sommes
à présent des preneurs d'ordres et des réalisateurs
de désirs. C'est la raison pour laquelle, conclut Jean-Luc Bernat,
nous avons besoin d'une vitrine et d'un réseau de relations ».