Près de deux millions de Français ont choisi
de s'expatrier pour travailler et parmi eux, nombreux sont ceux qui exercent
dans l'hôtellerie/restauration : la réputation de notre pays
n'étant plus à faire quand il s'agit de mettre les petits
plats dans les grands, les possibilités sont même plus nombreuses
que les postulants
Les pays proches, Angleterre en particulier, sont
évidemment les plus recherchés, mais il est tout autant possible
de poser ses valises de l'autre côté de l'Atlantique ou en
Asie du Sud-Est où la gastronomie française est de plus en
plus appréciée.
La maîtrise des langues
L'un des avantages les plus importants qu'il est possible de retirer
d'une expérience à l'étranger est la maîtrise
des langues, forcément utile une fois que l'on rentre au pays, comme
l'explique Thierry Rome, propriétaire du Romulus au Puy-en-Velay.
Michel Soulier, aujourd'hui à la tête de l'Eagle Pass à
Clermont-Ferrand, ne dit pas autre chose, sauf que c'est sa non-connaissance
de l'anglais qui l'a poussée à partir : « Je suis
né dans la restauration : mes parents m'ont donné le virus
quand j'étais petit ! Mon premier boulot était à Aix-en-Provence
dans un restaurant étoilé ; ensuite, j'ai postulé pour
une belle place à Eze que l'on m'a refusé parce que je n'avais
pas l'anglais courant
Dix jours plus tard j'étais à
Londres » !
L'aventure ne faisait que commencer, d'autant que financièrement
l'expatriation est souvent synonyme de réussite : « Après
un an en Angleterre dans une brasserie de luxe, une formidable expérience
en tant que maître d'hôtel, je suis reparti. J'étais
jeune et j'avais envie d'expérience nouvelle : mon patron m'a proposé
une place à Baltimore aux USA, puis aux Bermudes toujours pour la
même chaîne. Je gagnais super bien ma vie, j'avais des salaires
formidables. C'était la belle vie ». En revanche, l'expérience
suivante, en Afrique du Sud, ne fut pas aussi concluante : « Avec
mon épouse, on avait envie de s'installer là-bas. Mais après
prospection, on a compris que c'était trop risqué financièrement.
Alors on m'a proposé d'être formateur de restauration, ce que
j'ai fait durant six mois ».
Aujourd'hui, Michel Soulier porte un autre regard sur le monde : « Quand
je vois les Français se plaindre, je leur dis d'arrêter de
se regarder le nombril et au contraire, de regarder ailleurs. Nous, on a
des hôpitaux, des infrastructures, des routes »
Cette
ouverture d'esprit est également partie intégrante du bagage
de tous les expatriés de retour en France, même si elle est
difficilement valorisable au niveau professionnel. En revanche, les méthodes
de travail acquises au-delà de nos frontières, sont un véritable
atout pour ensuite créer sa propre entreprise : « Dans
les pays anglo-saxons, ils sont très forts dans le business et ils
savent s'entourer au niveau restauration. Ils savent y faire »
Sollicité de partout
Michel Soulier a par exemple adapté les systèmes de
travail et les roulements de personnel à son établissement
clermontois : « A la différence de là-bas, ils travaillent
énormément aux tips, aux pourboires ce qui n'est pas possible
chez nous ». François Pontvianne qui, après une
plongée dans la trépidante vie new-yorkaise, a opté
pour le calme du Massif central, utilise lui-aussi l'expérience américaine.
Bien sûr, il était pâtissier dans un grand restaurant
alors qu'aujourd'hui, il est seul aux fourneaux de son auberge rurale. Mais
justement, l'habitude prise de travailler à flux tendu est fort utile
quand il s'agit de gérer entrées, plats et desserts en même
temps.
Surtout, votre carte de visite est nettement plus valorisante quand
vous pouvez y inscrire une expérience à l'étranger,
à l'image de Michel Soulier qui, entre deux voyages, est revenu travailler
en France : « Quand je suis rentré après les Bermudes,
j'étais sollicité de partout et c'est moi qui posais mes conditions
de salaire » ! Paradoxalement, tous sont contents de revenir,
soit en raison d'une acclimatation difficile à un autre rythme de
vie comme François Pontvianne, soit pour retrouver des repères
disparus au gré des pérégrinations : « J'adore
le voyage, mais il manque les liens, la vie de M. tout le monde, des repères ».
Pour autant, l'unanimité est la même pour conseiller
aux jeunes gens débutant dans la profession, de ne pas hésiter
à s'en aller : « Les jeunes ne bougent pas beaucoup et
pourtant, tous ceux que je rencontre, je les pousse. Cela apporte énormément
de choses. C'est une expérience formidable »
Thierry Rome : « Chaque chef devrait avoir
une expérience à l'étranger »

Cuisinier au Club Méditerranée pendant de longues années,
le chef du Romulus, un restaurant du Puy-en-Velay, a accumulé une
riche expérience dont il profite aujourd'hui.
« Je suis originaire d'un petit village de Haute-Loire,
très représentatif de la région du Velay. Et c'est
pourquoi je suis amoureux de mon terroir et que j'ai envie de le mettre
à l'honneur dans les assiettes »... A entendre le discours
de Thierry Rome, propriétaire et chef du Romulus au Puy-en-Velay,
préfecture du département de Haute-Loire et capitale vellave,
l'on pourrait croire qu'il n'a jamais mis un pied hors de ses frontières.
Et pourtant ! l'homme est un vrai voyageur qui, avant de créer son
établissement actuel, a travaillé dans plus de 20 pays différents,
changeant de cuisine deux fois par an au rythme des opportunités.
Le parcours étudiant était classique avec une formation
à l'école hôtelière de la Chaise-Dieu. Après
quelques postes en Haute-Loire destinés à compléter
sa formation, Thierry Rome décroche rapidement un emploi de second
de cuisine dans un très bel établissement du Puy-en-Velay
: « Mais dans la tête, j'avais le rêve américain
et en 1984, je suis parti comme chef au club Méditerranée
avec la volonté de découvrir une cuisine exotique, un autre
mode de vie aussi ». Le Mexique, le Brésil, les Bahamas,
la Martinique, Sainte-Lucie, la Suisse, le Maroc... Le tour du monde n'est
pas loin d'être bouclé : « Après la France,
c'est au Maroc que l'on trouve les meilleurs cuisiniers » dit-il
aujourd'hui, fort de son expérience.
Alors bien sûr, désormais, il met en valeur les lentilles
de sa région natale, les champignons des bois quand la saison se
présente ou l'incontournable cochonnaille d'Auvergne, mais il n'a
rien oublié de ses séjours à l'étranger : « J'y
ai appris l'exotisme de la nourriture et la couleur dans les assiettes.
Surtout, quand on voyage ainsi, on apprend le terroir propre à chaque
pays : la féïjoada, c'est le cassoulet du Portugal »
! Mais il a aussi changé son comportement par rapport à la
clientèle : « Quand vous travaillez au club Med, vous apprenez
à affronter la clientèle et aujourd'hui, je trouve qu'il n'y
a pas assez de chefs en France qui osent aller à la rencontre de
leurs convives, passer quelques instants en salle avec eux. Moi, avec tous
les souvenirs que j'ai accumulés, je vais les voir et j'ai toujours
une anecdote à raconter ».
Sans oublier que l'expérience est aussi forte sur un plan personnel.
Thierry Rome parle aujourd'hui plusieurs langues apprises au contact des
populations autochtones : « Après un mois aux Bahamas,
je parlais l'espagnol avec eux. Car même si le club Méditerranée
fonctionne comme une mini société, un peu fermée, cela
ne m'empêchait pas après le boulot d'aller à la rencontre
des locaux. Et c'est important dans notre métier de connaître
les gens parce que ça permet de s'adapter à toutes les situations
que l'on peut rencontrer ». Et Thierry Rome n'hésite pas
à conseiller aux jeunes gens de la profession de tenter cette expérience
vers l'ailleurs : « Ceux qui ne voyagent pas ont un manque ! Chaque
chef devrait avoir au moins une expérience à l'étranger,
d'autant que lorsqu'on voyage en travaillant, on économise beaucoup
d'argent »...
Aujourd'hui, Thierry Rome est revenu à son terroir d'origine. Il
aime son département, sa ville du Puy-en-Velay et n'envisage pas
de repartir : « Mais si je pouvais, j'emmènerais mon restaurant
durant six mois, de temps en temps, aux Iles ». Et comme madame
a elle-aussi travaillé dans des contrées lointaines, il n'est
pas dit qu'un jour un Romulus n'ouvre ses portes dans un pays lointain.
Et Thierry Rome sera toujours aux fourneaux...
Le Romulus
Propriétaire : Thierry Rome
53, boulevard Saint-Louis
43000 Le Puy-en-Velay
Tel : 04 71 09 33 50
François Pontvianne, du stress new-yorkais
à la sérénité auvergnate

Parti pendant un an comme pâtissier dans un établissement
haut de gamme de la capitale fédérale américaine, François
Pontvianne a préféré revenir en France, à la
campagne.
En début d'année, François Pontvianne et son
amie, Claire Caffier, ont repris le relais du Vermont, petite auberge campagnarde
située au col de Chemintrand (Puy-de-Dôme), un lieu typique
du Massif central, loin de toutes villes où les résidants
se comptent, au sens strict, sur les doigts d'une main... Et c'est ce qu'ils
voulaient tant l'expérience passée avait été
humainement difficile, même si elle fût enrichissante sur le
plan professionnel : durant une année, François a été
pâtissier dans un établissement haut de gamme de New-York :
« C'est un chef alsacien de Colmar qui, après avoir vu
son établissement partir en fumée alors qu'il avait deux macarons
au guide Michelin, a choisi de changer de vie en ouvrant à New-York.
Comme je travaillais à l'époque moi aussi à Colmar
et qu'il lui manquait un pâtissier, il m'a embauché »...
« Le Destiné », situé dans le quartier
de Manhattan, s'est vite constitué une clientèle : « Des
hommes d'affaire pour la plupart, qui avaient de l'argent et qui sortaient
beaucoup. Au restaurant, tout le personnel de cuisine était français
alors qu'en salle, c'était plutôt des locaux ». C'est
la vie citadine qui a été le plus difficile à accepter
: « J'y suis allé pour voir, mais je suis mieux ici. Au
début, je voyais des gens dormir dans le métro en allant au
travail et ça m'étonnais. Au bout de quelques jours, je faisais
pareil » !
En revanche, l'expérience américaine a plus d'un avantage
tant elle permet d'appréhender le métier différemment
: « C'est une autre organisation, car il n'est pas possible de
perdre du temps. Par rapport à la France, pour un restaurant qui
dispose d'un nombre de couverts équivalent, le personnel est forcément
moins nombreux. Pourtant au « Destiné », qui
est un restaurant de 50 couverts, le soir, on faisait trois services. Le
premier à 18 heures, le dernier à 22 heures. C'était
à flux tendu en permanence : je n'ai jamais vu en France une telle
rationalisation. Et cette organisation de travail que j'ai apprise là-bas,
jamais je ne m'en serais cru capable ».
Seulement aujourd'hui à la tête de son propre restaurant, François
Pontvianne n'a pas oublié les leçons apprises dans le rythme
new-yorkais : « Ici, je suis seul en cuisine et je dois tout faire
en jonglant avec les entrées, les plats et les desserts. Cela demande
une organisation sans faille, sans droit à l'erreur ».
D'ailleurs, le pâtissier qu'il est, a ramené des astuces
de son séjour Outre-Atlantique à l'image de certains desserts
qu'il propose aujourd'hui dans son auberge de campagne : « Ce
sont des trucs simples, vite faits, mais qui ont de la gueule une fois dans
l'assiette ». Il a également ramené quelques ustensiles
professionnels, en vogue aux Etats-Unis mais qui à l'époque
n'existaient pas encore en France. Il a aussi des pantalons de cuisiniers
qui sortent de l'ordinaire parce qu'il en a acheté toute une série
à New-York. Bref, des souvenirs qu'il palpe au quotidien quand la
rudesse du climat auvergnat et la solitude de la campagne pèsent
un peu trop. Mais surtout, il ne regrette rien. S'il feuillète son
album photos avec plaisir, il apprécie son choix actuel : « Au
contraire, je suis content de l'avoir fait. Je n'ai pas de regrets d'être
revenu en France ».
Et s'il a un conseil à donner à de jeunes condisciples,
c'est de bien réfléchir avant de franchir le pas : « Il
ne faut pas partir trop jeune car il est important de bien posséder
ses bases et d'avoir un minimum d'expérience derrière soi ».
Le Relais du Vermont
Propriétaire : François Pontvianne et Claire Caffier
Col de Chemintrand
63600 Baffie
Tel : 04 73 95 34 75