TVA : y a t'il péril en la demeure ?
110 milliards de francs environ de chiffre d'affaires.
230 000 emplois. Un pôle d'attraction touristique.
Un
secteur capable de dynamisme
La restauration connaît pourtant certaines difficultés : pour
investir et pour recruter un personnel qualifié qui tend à
se désintéresser de conditions de travail particulières
et de salaires souvent faibles.
Ces derniers temps, la TVA est réapparue comme un enjeu fondamental
pour la préservation d'un secteur en difficulté.
Il est toujours de bon ton de critiquer le poids des prélèvements
en France en prenant exemple sur d'autres pays, sans nécessairement
envisager l'impôt comme un acte citoyen, base de la redistribution
des richesses nationales.
Pour autant, au nom de cet acte citoyen, doit-on s'empêcher
de réfléchir à la justesse d'un de ses prélèvements
? Non bien sûr. A condition de ne pas s'exonérer d'une vision
d'ensemble, prenant en considération une pluralité de données.
La TVA relève de cette problématique. Impôt le
plus injuste il touche indifféremment toutes les catégories.
Il représente une véritable manne pour le Trésor Public
il rapporte près de 100 milliards d'Euros par an et sa remise
en cause est toujours douloureuse
Principalement lorsque la TVA est le fait d'un secteur d'activité
particulier et que de sa demande si légitime soit-elle
risque de découler d'autres exigences sectorielles.
Les récents mouvements de protestation de l'hôtellerie et de
la Restauration, les engagements préélectoraux de la plupart
des candidats à la présidentielle montrent la nécessité
de réfléchir sereinement à ce qui paraît de plus
en plus comme un frein au développement économique des métiers
de bouche et - à terme - de l'hôtellerie.
Pluralité des compétences en matière de fiscalité,
pouvoir décisionnel sis à Bruxelles, diversités des
situations nationales au sein de l'Union Européenne, autant de dimensions
freinant l'action des syndicats tels l'UMIH, le SFNH ou encore le Club TVA
de Jacques borel.
Jusqu'à présent, trois raisons avaient retenu les gouvernements
successifs de prendre une décision allant dans le sens de la baisse
: hégémonie de Bruxelles en matière de fiscalité
; le coût trop important ; aucune garantie d'avantages donnés
aux consommateurs.
Dans cet océan de données divergentes,
comment se faire une opinion ? Comment agir ?
Restauration et TVA : quelles inégalités
?
Pour le moment, parmi les métiers de bouche et l'hôtellerie,
seule la restauration sur place - ou « traditionnelle »
- les bars-brasseries et les discothèques sont soumis à un
taux de TVA de 19.6%. En revanche, la restauration rapide - ou plus exactement
la part à emporter - et l'hôtellerie sont à 5.5%.
En ce qui concerne les hôteliers, il s'agit d'une mesure qui
risque de s'avérer transitoire, l'hébergement n'étant
plus sur la liste des activités à taux réduit. Ainsi,
lors du passage à l'harmonisation, ce secteur risque de voir son
taux de TVA augmenter.
Le Conseil d'Etat a par ailleurs condamné à plusieurs
reprises les taux dérogatoires applicables à la restauration
à emporter (Arrêt du 17.05.2000), ainsi qu'à la restauration
collective d'entreprise et d'administration (29 mars 2000 et 28 février
2001).
Cette situation entraîne chez la plupart des restaurateurs un
sentiment flagrant d'inégalité qui se traduit de différentes
façons. Certains appuient sur les inégalités entre
vente à emporter et service classique ; d'autres notent le fossé
les séparant de certains pays européens, ce qui aurait pour
effet de fausser la concurrence au sein de l'Union Européenne. Pour
finir, devoir une TVA à 19.6% sur des biens achetés à
5.5% (hors boissons alcoolisées), pénalise la transformation
des produits.
Face au cri d'alarme des professionnels, de nombreux hommes politiques
se sont dits favorables à une baisse du taux de prélèvements.
Le pouvoir décisionnel en la matière leur appartient-il ?
Vous et l'Europe : qui décide ?
Que l'on s'en plaigne ou que l'on s'en félicite, c'est aujourd'hui
au niveau de l'Union Européenne que se discute une part croissante
de la fiscalité des Etats membres. Ainsi, la France ne peut-elle
porter devant la Commission qu'une demande de réexamen et non imposer
sa volonté au risque de porter préjudice aux engagements politiques
passés et à l'intégration européenne de cette
institution.
Les difficultés que connaît actuellement la profession, proviennent
de la non-volonté politique d'inclure en 1991 la restauration sur
la liste dénommée « K » des activités
profitant d'un taux réduit de TVA. Il en fut de même en 1999
lorsque la liste des activités à intensité particulière
en main d'uvre fut revisitée. La France n'y avait alors ajouté
que le BTP et certains emplois à domicile.
Aujourd'hui, ce type de décisions se prenant à l'unanimité
au sein de l'Union, il semble difficile de parvenir à un nouvel examen
du cas de la restauration traditionnelle en France avant 2003. Et ce, malgré
le dépôt à Luxembourg par M. Mer, le 4 juin 2002, d'une
demande de baisse de la TVA. Comme le note le Ministre, « le sujet
relève d'une décision communautaire », rappelant
à tous que cette démarche ne signifie pas l'acceptation de
la requête des professionnels, mais un premier pas vers une possible
rediscussion.
Pourtant, comme l'écrit Libération (mardi
04.06.2002),
« les négociations semblent en bonne voie. Dans l'Union,
la France est, avec l'Allemagne notamment, un pays où la restauration
est imposée au taux le plus élevé quand elle est déjà
assujettie au taux réduit aux Pays Bas et au Portugal par exemple ».
D'ailleurs, le fait que le Portugal, l'Espagne ou encore la Grèce
aient pu voir réexaminer leur fiscalité au niveau européen,
s'explique par leur situation au 1er janvier 1991 : ces pays ne prélevaient
qu'une TVA à taux réduit pour la Restauration, contrairement
à la France. Ils pouvaient donc y revenir par la suite.
Pourtant, la convergence en matière fiscale, à laquelle
devrait aboutir l'Union Européenne, va demander un réexamen
de toutes ces disparités. Si on se penche sur ce qui se passe dans
les autres pays européens, on s'aperçoit rapidement que chaque
Etat membre possède une conception particulière de la fiscalité
régissant la restauration.
Le manque à gagner pour l'Etat
Aujourd'hui, hors la problématique européenne, de nombreux
freins subsistent, dont et non le moindre la perte de recettes
pour le Trésor Public. Une perte évaluée par le gouvernement
à environ 2 à 3 milliards d'euros si la taxe sur la valeur
ajoutée passait à 5.5%.
Les professionnels sont en désaccord avec le montant annoncé.
En effet, il faut prendre en considération pour calculer la perte
réelle, d'autres facteurs : augmentation des salaires, création
d'emploi, et maintient de la TVA à 19.6% sur la vente des boissons
alcoolisées.
Selon Jacques Borel, 158 000 emplois (ou 40 000 selon les sources)
seraient créés en dix-huit mois, assurant ainsi un élargissement
du nombre de personnes assujetties à l'impôt sur le revenu
et une baisse des coûts liés à la situation de chômage.
De plus, si l'on tient compte de l'augmentation des salaires des employés
travaillant dans les métiers de bouche et donc l'élargissement
de leur base d'imposition -, ainsi qu'un accroissement des revenus des professionnels,
le coût réel d'une baisse de la TVA à 5.5% s'élèverait
non plus à 3 milliards d'Euros mais à 1 milliard.
Récupération
d'une partie des frais induits par la baisse de la TVA, amélioration
des conditions de travail dans la restauration, ricochet social consécutif
à une recrudescence d'offres d'emplois, satisfaction accrue du client
qui verrait son addition diminuer de 5% environ.
Ainsi, en cas de baisse des prélèvements, les professionnels
utiliseraient ainsi le bénéfice dégagé : application
de la règle des quatre quarts répartis équitablement
entre le personnel, le chef d'entreprise, l'investissement et les clients.
Cette baisse liée à la TVA représenterait un
progrès social non négligeable tout comme cela participerait
à la sauvegarde d'une activité importante en France. Et il
y a urgence.
Urgence à discuter sereinement après que les professionnels
ont montré qu'ils étaient capables de s'unir dans l'action.
José Lagorce

Photo de l'Office de Tourisme de Belgique-Flandre-Bruxelles
Jacky Mandard : le Brussels Café à Tours.
La baisse de la TVA : un bol d'air nécessaire
Le Brussels Café à Tours, établissement ouvert
depuis cinq ans sur la place de la gare, propose une spécialité
de bières accompagnées des célèbres moules frites.
Mais l'on y sert également des plats moins typés, répondant
ainsi à une forte demande de la clientèle. « Les gens
aiment manger traditionnellement » nous dit Jacky Mandard, le patron.
Au « Brussels Café », il est des choses qui
restent au travers de la gorge. Ô, certes pas l'une des vingt bières
proposées, accompagnées de ses moules-frites, ni l'un des plats
proposés traditionnels par le patron, Jacky Mandard
Non,
les nuages qui obscurcissent le ciel de la Belgique Tourangelle n'ont rien
de ceux courant sur Ostend. Ils viendraient davantage de Bercy.
Jacky Mandard a ouvert il y a cinq ans ce nouvel établissement-
le sixième de sa carrière -, le Brussels Café, Bar-Brasserie
dédié à la Belgique. A cinquante cinq ans, il a derrière
lui trente cinq ans de carrière et une formation hôtelière.
Pourtant, depuis quelques années, il n'avait jamais ressenti une telle
urgence de voir le gouvernement réviser à la baisse le taux
de TVA lié à la restauration.
Le patron est inquiet. Inquiet pour ses magrets d'oie, pavés
du boucher, entrecôtes ou sandres, salades, pizzas et autres Galettes
qu'il propose dans sa brasserie. « On espère de jour en jour
un bol d'air. Tout le monde attend ça du gouvernement. Le poids de
la TVA à 19.6%, c'est insupportable ».
Mais inquiet
surtout pour le service au client et les conditions de travail de ses onze
employés.
Pourtant, le trois Juin, Jacky Mandard n'a pas participé à
l'action lancée à l'initiative de l'Umih notamment, syndicat
dont il est membre. Il n'avait pas manqué le rendez-vous de février
2002, mais « sur ce mouvement, je suis en désaccord avec
l'Umih. Cette action a été décidée par les grands
restaurateurs, les chaînes. Ils pouvaient la proposer le lundi, c'est
un jour où ils sont presque tous fermés. Alors par principe,
je n'y ai pas participé ».
L'Etat, l'UE
Pour
le patron il n'y a pas d'impossibilité structurelle à la baisse
de la TVA dans la restauration. Juste une question de volonté et d'écoute.
« La France pourrait imposer cette décision à
l'Europe ; se décider et attendre par la suite la décision de
Bruxelles. En cas de blocage de la Commission Européenne, le gouvernement
a montré ailleurs qu'il pouvait faire avancer les choses quand il le
souhaite. Mais les hommes politiques ne se sont jamais vraiment sentis concernés
par la restauration. Nous, on est pas des casseurs, alors on ne nous a pas
trop écouté.
« Il n'y a pas eu assez de concertations avec les pouvoirs
publics. Et puis, pour se faire entendre, il faut être sans cesse en
action, et ça, c'est difficile d'être disponible dans la restauration.
En 1991 et en 2000 par exemple, il y a eu un endormissement de la profession
à un moment où il fallait au contraire se faire entendre ».
Proche de Vous : L'harmonisation prochaine de la fiscalité
dans la zone UE devrait répondre en partie à vos attentes
M. Mandard : On ne peut plus attendre l'harmonisation.
Ce serait trop long. Et puis selon moi, c'est un argument pour gagner du temps
Et de l'argent.
PdV : Que demandez-vous exactement ?
M. Mandard : Au départ, on demandait
un taux moyen de 10 12% pour la vente à emporter et la vente
sur place.
Le trésor public y perdrait en recettes de TVA mais
cette décision aurait des effets rapides sur l'emploi mais aussi avec
l'augmentation des salaires qui s'ensuivrait. Alors
PdV : Dans votre établissement par exemple, quelles seraient
vos premières décisions en cas de baisse de taux ?
M. Mandard : Notre principal souci aujourd'hui,
c'est de trouver un personnel qualifié qui accepte les conditions de
travail actuelles - notamment les salaires. Je pourrais ainsi améliorer
ces conditions d'exercice d'un métier difficile et créer deux
ou trois emplois supplémentaires.
Cela jouerait bien évidemment sur les prix pour le client mais c'est
en terme de service que ce dernier verrait la différence. A l'heure
actuelle, j'aurais besoin de plus de personnel mais je ne peux pas me permettre
d'embaucher. Avec une baisse de la TVA et il faudrait également
réfléchir sur le poids des cotisations sociales je pourrais
enfin passer davantage de temps avec mes clients, développer ce relationnel
qui manque aujourd'hui.
Et maintenant, il y a urgence. Nous avons vraiment besoin de ce bol d'air.
Brussels café
1 place de la Gare
37000 Tours
Tél : 02 47 20 47 48

Si demain la TVA diminuait ?
"j'augmenterais les salaires pour améliorer
les conditions de travail d'un métier difficile".
M. Merle : restaurant gastronomique « Le Paris »
à Vendôme
Le Paris, à Vendôme, est un restaurant gastronomique
(3*** selon l'ancienne typologie) de quarante cinq couverts.
Son
patron l'a ouvert voici treize ans.
Ce n'est pas tant son statut d'ancien Président des restaurateurs
à la Chambre Hôtelière du Centre durant 12 ans ni même
son rôle syndical dans le Loir et Cher qui font que l'on écoute
Monsieur Merle nous parler des difficultés actuelles de son métier.
Ce sont bien davantage ses quarante quatre années passées à
servir les métiers de Bouche, depuis l'âge de quatorze ans où
il choisit cette voie par vocation.
Cela fait treize ans que le Chef est installé à Vendôme
où « Le Paris », restaurant gastronomique de 45
couverts, propose des repas de saison, tels que Mille Feuille de Turbot, Foie
gras Maison, Rognons de veau
Pour cet homme qui tînt auparavant
durant vingt deux ans une auberge en Sologne, ce métier qu'il exerce
avec passion depuis tant d'années, souffre d'un manque d'équité
et de reconnaissance de la part du monde politique.
Un manque d'équité
qui se résume ainsi : dans la plupart des autres professions, ce qui
entre dans la société à un taux « X »
ressort à ce même taux « X ».
Mais la restauration est la seule profession où ce qui entre
à 5.5% ressort à 19.6% de TVA, pénalisant ainsi la transformation
des produits. Cette différence entre taux entrant et sortant entraîne
un surcoût pour l'entreprise qui ne déduit qu'une TVA à
5.5% sur les produits achetés.
« Pour les hommes politiques, la restauration n'est pas une
nécessité. Mais à quel titre en jugent-ils ? Pourquoi
serait-elle moins nécessaire que le Livre ou le Disque ? C'est ce manque
de reconnaissance de notre profession qui pose problème ».
Lui non plus n'a pas participé à la dernière journée
d'action : « Soyons juste, on ne peut pas jouer avec la fiscalité.
Et puis je ne suis pas un homme de pancartes, même si mes fonctions
syndicales m'ont amené à manifester. Il faut davantage rechercher
la discussion, demander une chose évidente : l'équité
de traitement ».
Aujourd'hui, cette question est devenue vitale pour la survie de l'activité
de restauration. Et la baisse du taux de TVA la dernière solution pour
de très nombreuses entreprises. « Cela fait des années
que l'on a été amené à tirer les prix vers le
bas. On ne peut plus les baisser. Sinon, c'est le service dans sa totalité
qui en pâtirait. Si je baisse davantage, quels produits vais-je devoir
acheter ? On risque de tendre vers la médiocrité. Et ça
Autrefois, les baisses des prix pouvaient être encore compensées
par les marges importantes qu'on réalisait sur les boissons, notamment
alcoolisées. Mais aujourd'hui et on ne s'en plaindra pas en
terme de santé publique les gens boivent beaucoup moins. Il
y a vraiment urgence tout simplement parce que l'on n'a plus de solutions
de rechange. Il ne s'agit pas de gagner plus d'argent, mais de continuer à
proposer un service de qualité ».
Comment concilier
cette baisse dans l'urgence avec l'Union Européenne ?
Pour le
Chef, l'Etat peut diminuer ses prélèvements sans en demander
l'autorisation. Mais « c'est uniquement une question d'argent. Si
l'Europe ne veut pas, l'Etat peut faire un remboursement sous une forme ou
une autre. C'est identique pour les retraites. Pourquoi augmenter les cotisations
alors que l'on pourrait en diminuer l'imposition ».
Quand à demander des garanties aux restaurateurs en cas de diminution
des prélèvements, Monsieur Merle s'insurge : « Nous
sommes des indépendants et des garanties, c'est l'intrusion de l'Etat
dans nos sociétés. Baisser la TVA n'est pas un cadeau, mais
un souci d'équité ». Lui non plus ne demande pas nécessairement
une TVA à 5.5%. Quand le forfait était de 13%, les restaurateurs
s'en sortaient. Il ne défend pas non plus l'argument de la concurrence
déloyale de la restauration à emporter, les clients allant chez
les uns ou les autres selon le service qu'ils désirent recevoir. Il
ne s'agit pas de dénigrer les uns pour en favoriser d'autres
Depuis 46 ans de métier, le Chef a vu les difficultés
grandir dans la profession. Pour un jeune, se lancer dans la restauration
est devenu un pari presque impossible sans fonds propres importants. Les banques
n'y croient plus et demandent trop de garanties avant de faire confiance.
Au bout de ce débat sur la baisse de la TVA, une question simple :
va-t-on accepter de perdre de vue les Arts de la Table ? « On vend
mais on investit plus ».
Si demain la TVA diminuait ? « J'augmenterais
les salaires pour améliorer les conditions de travail d'un métier
difficile ».
Restaurant Le Paris
1, rue Darreau
41100 Vendôme
Tél : 02 54 77 02 71
Fax : 02 54 73 17 71
Voici le sommaire du numéro
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