Henri Chapon a reçu une formation au lycée
hôtelier de Blois en BEP/CAP service en salle « de gré
ou de force » dira t'il. Si ce n'est pas une volonté déterminée
qui le conduit dans cette orientation, l'expérience lui montrera
qu'il n'a pas effectué un mauvais choix. Et pourtant au départ
« j'étais nul en anglais et en sommellerie ».
De quoi surprendre
Après son armée, il rejoint Monaco, en tant que serveur en
salle. Le chef sommelier l'initie progressivement aux vins et Henri se laisse
tenter. Tant et si bien qu'en 1990, il est sacré « meilleur
jeune sommelier de France » au Trophée Ruinart : « J'ai
gagné le concours, ça m'a plu alors j'ai voulu continuer dans
cette voie. A Monaco, pour progresser, il faut parler anglais. Je suis parti
en Angleterre pour apprendre l'anglais
cela fait 11 ans ».
5 ans au « four seasons »
avant d'entrer dans le groupe implanté en Grande Bretagne « hotel
du vin »
Henri avait dans l'idée de partir un an en Angleterre puis
un an en Italie pour enfin revenir à Monaco. Mais une belle opportunité
a fait le reste et voilà 11 ans qu'Henri travaille en Angleterre
: « Au bout d'un an, on m'a proposé une place de chef sommelier
à côté d'Oxford au « four seasons ».
J'y suis allé. C'était très difficile et pendant deux
ans, j'ai beaucoup appris. Il a fallu s'adapter ».
Henri est resté 5 ans au « four seasons », puis
il a eu la possibilité de rejoindre le groupe « hotel du
vin », dans le Kent. A 34 ans, il travaille à présent
au siège et gère 12 sommeliers, 15 barmen. Formation, management,
gestion des caves, contrôle de stock, relations fournisseurs font
partie de son travail quotidien. Bien sûr, il est aussi en salle,
lors d'événements exceptionnels : « la salle me
manque parfois pour la beauté du produit et le contact avec la clientèle.
Mais le service du vin en salle, c'est parfois difficile, il y a des clients
odieux, on ne rencontre pas que de la gratification dans le métier ».
La passion du vin
Henri Chapon a la passion du vin. « Ce que j'aime dans le
métier, c'est découvrir les produits et les faire découvrir.
C'est un travail d'échanges. Et lorsque la relation de confiance
s'installe, c'est très agréable. Certains clients à
qui j'ai présenté un vin, en leur faisant visiter la cave
s'en souviennent encore ». Henri aime la diversité dans
les vins. S'il devait faire un choix parmi les vins rouges français,
sans doute préférerait-il un Bourgogne, un vin européen
?
un Rioja, au niveau mondial ? un Zinfandel californien « de ce
cépage croate qui donne un vin très riche, rustique, concentré
et épicé ».
Son meilleur souvenir demeure un
« pur eszencia Tokaji », dégusté dans
une cave creusée dans la roche volcanique hongroise : « ces
vins ne sont pas vendus, ils sont très sucrés et peu puissants,
il leurs faut parfois 15 années pour fermenter. C'était extraordinaire ».
La longue préparation au concours
Henri Chapon a préparé pendant plus d'un an le concours
du meilleur sommelier européen trophée Ruinart : « j'ai
passé mes derniers deux mois dans les livres et la dégustation.
J'ai été pré sélectionné en septembre
et depuis 3 mois, c'est un rythme intensif . Mais gagner est une satisfaction
personnelle, c'est valorisant surtout pour moi qui suis en angleterre ».
Pour se préparer au mieux, il lit, remet à jour ses notes,
bachote, apprend les lois, les décrets, les cépages et déguste
bien entendu.
Henri a joué le jeu et s'est présenté aux sélections
françaises, réputées difficiles. C'est ainsi qu'il
a été retenu et représente la France au concours européen.
Mais, il aurait tout aussi bien pu représenter l'Angleterre, avec
une sélection peut être plus facile : « j'ai voulu
affronter la difficulté et arriver par la grande porte ».
Après sa préselection française parmi 5 candidats
dont 3 meilleurs sommeliers de France, il s'est présenté aux
épreuves du concours européen. 31 autres candidats concourent
avec lui, représentant chacun un pays d'Europe. « Je suis
un outsider car je n'ai jamais fait de finale internationale mais je peux
gagner, j'ai une bonne chance.
Ce qui distingue aussi les candidats, c'est le trac. Lorsque nous sommes
sur scène, un public de 350 personnes nous regarde, il faut être
détendu et mentalement prêt ». Et c'est ainsi qu'Henri
obtient brillament une 3ème place.
En Angleterre, le choix est vaste
En Angleterre, Henri s'y sent bien. Professionnellement, il est très
satisfait d'être là-bas : « l'Angleterre ne produit
pas de vin, alors elle en importe énormément surtout avec
les pays de l'ancien Commonwealth : Australie, Nouvelle Zélande,
Afrique du sud
L'accès est illimité et la profession
organise grand nombre de dégustations ».
Travailler en Angleterre, c'est un conseil qu'il donne aux jeunes, mais
ce n'est pas forcément la facilité : « les anglais
se méfient de l'arrogance des sommeliers français. Même
si on est reconnu comme le meilleur, il faut se faire un nom. Mais, dès
que l'on a leur confiance, ils savent reconnaître la qualité
de chaque personne dans son métier. Londres est de toutes façons
un passage incontournable professionnellement. C'est la plaque tournante
du vin, c'est là que l'on trouve les plus grandes maisons de vente
aux enchères. Et dans notre métier de contact, il faut connaître
l'anglais ».
Palmarès de Henri Chapon
1990 : Meilleur Jeune Sommelier Monaco, Trophée Ruinart
1995 : Ruinart UK Sommelier of the Year
1996 : Lauréat Grand Prix Sopexa du Meilleur Sommelier de Grande-Bretagne
1997 : Finaliste Grand Prix Sopexa du Meilleur Sommelier International
1998 : Demi-finaliste Concours du Meilleur Sommelier du Monde à
Vienne
2001 : Lauréat de la Sélection France / Trophée
Europe
2002 : 3ème au Trophée Ruinart du meilleur sommelier
d'Europe
Palmarès des meilleurs jeunes sommeliers de France Trophée
Ruinart :
1979 : Pierre Paillardon
1980 : Anne-Marie Quaranta
1981 : Hervé Bizeul
1982 : Christian Péchoutre
1983 : Didier Bordas
1984 : Philippe Faure-Brac
1985 : Didier Place
1986 : Gilles Hascoet
1987 : Eric beaumard
1988 : Jean-Claude Ruet
1989 : Hervé Pennequin
1990 : Lionel Lecomte
1992 : Stéphane Debaille
1993 : Marlène Vendramelli
1994 : Christophe Salvatore
1995 : Franck Thomas
1996 : Richard Bernard
1997 : Dominique Laporte
1998 : David Biraud
1999 : Anthony Ravat
2000 : Aurélien Blanc
2001 : Giovanna Rapali