
Jean-Paul et Véronique Abadie,
une même passion
Jean-Paul et Véronique Abadie,
2 étoiles pour
une même passion
Une première étoile Michelin en 1990 et une deuxième
au printemps dernier.
A Lorient, Véronique et Jean-Paul Abadie savourent une récompense
qu'ils dédient à leurs clients qui, jour après jour,
depuis 1985, les poussent à donner le meilleur en toute authenticité.
La deuxième étoile, Jean-Paul Abadie n'y pensait même
pas, ou plutôt si, il confiait voici deux ans : « Elle n'arrivera
jamais et c'est logique. D'abord, nous ne sommes pas au bord de la mer.
Ensuite, la structure de l'affaire ne s'y prête pas, avec une salle
de 40 couverts au rez-de-chaussée et un salon de 20 couverts à
l'étage pour les réunions et repas d'affaires ».
Mais, il ne fallait pas voir quelque amertume dans les propos de ce natif
des Hautes-Pyrénées, issu d'une famille de sept enfants. Avec
philosophie, il résumait son point de vue d'un « savoir
regarder au-dessus de soi sans jalousie, ni envie, juste pour apprendre
chaque jour des choses ».
La deuxième étoile en poche, ce fils de boucher n'a
pas changé, il a toujours son bon sens : « On fait notre
travail, on ne se pose pas de questions. Une ou deux étoiles, c'est
pour ce qu'on est, pas pour ce qu'on va devenir. On a les mêmes prix,
la même équipe. Il y a juste le regard des clients qui a changé.
Ils sont très contents et on partage ensemble ce grand plaisir. C'est
avant tout grâce à eux. Pour nous, l'essentiel est d'avoir
de bons produits et d'éviter le maximum d'erreurs. Je m'attache au
respect du produit roi ! »
Ainsi est le chef, authentique et spontané, à l'image
de sa cuisine bien illustrée dans le menu « Goûte
à Tout »
(77 euros) : Chair d'araignée et
asperges de Plouhinec, Sole sur l'arête, jeunes épinards
huile de noisette à l'arabica, Cabillaud,
compotée d'oignons
au vin de Porto, Homard petits pois à la menthe, Poitrine de pigeonneau
au thé vert, et deux Gourmandises sucrées dont il réserve
la surprise aux convives.
Dans les autres menus, il met tout autant les produits en vedette.
Le foie gras de canard est au torchon ou pressé au pain d'épices,
les Sardines et petites ravioles d'olives sont servies avec un caramel de
tomates, le Râble de lapereau est cuit en cocotte, et, le Saint Pierre
accompagné d'un jus au cumin et mousseline de betterave au four.
« Le produit, il faut pouvoir le travailler le plus rapidement
possible au niveau des cuissons. Que ça parte vite. Quand je cuisine
un St Pierre, il faut que ce soit lui la vedette et ce qui tourne autour
ne sont que des touches, le produit est roi ! ».
Ce grand respect du produit illustre la cuisine pure et inventive
de cet autodidacte, formé en cuisine et service à l'école
hôtelière de Tarbes. Il a bien fait quelques passages dans
la restauration hôtelière de grands hôtels (Trianon de
Versailles, Royal d'Evian), mais très vite, il s'est installé
à Hennebont dans un hôtel-restaurant, puis, en 1985, à
Lorient dans une zone d'activité.
Peu à peu, la passion est devenue grandissante, comme en témoigne
son épouse Véronique : « On a accompagné
nos clients. Au tout début, nous servions un menu quasi ouvrier à
7,62 , et mon mari faisait les choses avec autant de conscience. Puis,
les clients nous ont dit d'agrandir la carte, d'acheter des vins. On les
écoutait pour les satisfaire.
On a mis de l'argenterie et de la verrerie plus adéquates pour servir
les vins qui sont au nombre de 700 aujourd'hui. On a commencé à
embaucher, à se doter d'un bel outil en cuisine. Trois, quatre ans
après, on décrochait la première étoile. C'est
incroyable, mais nous avons les mêmes clients depuis le début.
Et quand on achète de nouvelles assiettes, on pense avant tout à
leur plaisir. On essaye de les contenter et toujours de les surprendre.
De toute façon, on ne peut pas faire ce métier si on n'est
pas heureux au quotidien ».
Et à son mari d'ajouter : « Il faut s'adapter avec
du tempérament pour avancer. Il ne faut pas passer à côté
mais au-dessus des problèmes. Nous, on a un emplacement qui n'est
pas terrible, mais on est passé au delà. Il faut faire confiance
au client et si on a été sérieux, cela finit toujours
par être récompensé. Notre métier, c'est le courage,
le respect et l'envie du travail bien fini. Je le dis pour les plus jeunes
: il faut se donner pleinement au temps que l'on passe en cuisine, car ce
qu'on a accumulé servira toujours. Il faut avoir le courage de croire
en soi pour posséder un jour son métier ».