
On y trouve des produits frais avec un rayon spécial
de produits régionaux, fromages, charcuterie et vins de Savoie.
L'alimentation du Nivollet
à La Féclaz : la caverne d'Ali Baba
Lucette Bouvier et Angélo Favretto ne sont pas vraiment
de jeunes commerçants, même si leur dynamisme n'est en rien
entaché par l'âge.
A 82 ans, monsieur a bon pied, bon il et ne manque pas l'occasion
d'un bon mot : « En 1985, j'ai cédé mon entreprise
de transports à mon fils, à l'heure de la retraite. Pendant
deux ans, nous avons beaucoup voyagé et fait du vélo. Seulement,
quand on me demandait comment ça se passait, je répondais
: On tue le temps, mais le temps nous tue » !
C'est justement un jour de balade sur deux roues qu'ils ont découvert
l'épicerie de La Féclaz, petite station de sports d'hiver
qui domine Aix-les-Bains et Chambéry : « Avec les gérants
précédents, le chiffre d'affaires avait périclité.
Et quand on nous l'a proposée, malgré qu'elle soit déficitaire,
on s'est vite décidé ». Mais très vite, Lucette
et Angélo ont changé les habitudes : « On a fait
le contraire de ce qui se pratiquait avant. L'important est d'avoir de tout,
de ne pas se faire livrer et d'acheter en petites quantités. Au début,
on achetait nos emplettes à la demande du client ».
Et en quinze ans, l'alimentation du Nivollet est redevenue une institution,
été comme hiver : « Ce qui nous intéresse
aussi, c'est l'aspect saisonnier. On travaille deux mois en été
et quatre mois en hiver. Le reste du temps, on en profite pour voyager et
faire du vélo. C'est une semi-retraite » ! En revanche
quand la saison bat son plein, il ne faut pas compter ses heures pour répondre
à la demande : « C'est particulièrement vrai en
hiver, où il faut se lever à quatre heures pour aller se ravitailler
à Chambéry alors que notre magasin est ouvert jusqu'à
20 heures.
C'est pas mal comme retraite non » !
Mais que la clientèle
soit plus familiale en juillet et août ou sportive durant les mois
hivernaux, le petit magasin de La Féclaz est parfaitement achalandé
: « Comme dans une épicerie, on trouve des produits des
frais avec un rayon spécial de produits régionaux, fromages,
charcuterie et vins de Savoie. Mais on a aussi des chaînes automobiles,
des boulons ou du bois
C'est un peu la caverne d'Ali Baba ! Un jour,
un gendarme nous a dit, je suis sûr que vous n'avez pas de tout :
des préservatifs ? je lui ai répondu : de quelle couleur »
? Pour répondre le plus possible à l'attente d'une clientèle
qui est en vacances et n'a donc pas forcément envie de passer trop
de temps devant les fourneaux, Lucette et Angélo ont également
installé des rôtissoires à poulets, tandis qu'en arrière-boutique,
là où prenait place la chambre froide au temps où le
magasin était une boucherie, un laboratoire aux normes européennes
a été créé pour fabriquer des quiches maison.
« On naît commerçant ou on ne naît pas »
Angélo a le sens de la fortune pour expliquer la bonne marche de
l'établissement : « Ce n'est pas parce qu'à La Féclaz,
il n'y a pas de grandes surfaces que les affaires sont faciles. Comme en
ville, nous restons un commerce d'appoint puisque ceux qui viennent en vacances
prévoient leurs achats avant leur départ. Mais ce n'est pas
grave, parce que nous aimons le contact humain qui est l'intérêt
principal du commerce »

A 82 ans, Angélo pratique encore tous les jours :
30 ou 40 kilomètres. Maximum !
L'alimentation du Nivollet
à La Féclaz : la caverne d'Ali Baba
Sur deux roues
« ça a commencé lorsque j'avais quinze ans.
J'avais été placé dans un hôtel à Megève,
où j'étais comme chez moi. Et le propriétaire m'a acheté
ma première bicyclette. C'est avec elle que j'ai gagné ma première
course régionale, entre Sallanches et Combloux »
Angélo Favretto, en regardant une étape du Tour de France devant
son petit écran, a presque un regret dans la voix : « S'il
n'y avait pas eu la guerre, peut-être que j'aurais pu passer professionnel
et moi-aussi, faire la Grande boucle » !
Mais s'il n'a pas pu faire carrière dans le cyclisme, Angélo
n'a jamais pour autant rangé son vélo et à 82 ans, il
pratique encore tous les jours : « 30 ou 40 kilomètres. Maximum »
! Et quand l'alimentation du Nivollet est fermée pour cause de saison
creuse, Lucette l'accompagne : « On part tous les deux ensemble.
On a les mêmes vélos et on est habillé tous les deux de
la même façon. Ceux qui ne nous connaissent pas nous appellent
les jumeaux » explique-t-il en montrant, pas peu fiers, des photos
du couple prises au sommet des grands cols des Alpes.
Passionné de deux roues, il n'y a guère longtemps qu'Angélo
a définitivement arrêté la moto : « La dernière
fois que j'ai fait une balade en moto, j'ai attrapé une bronchite
Et j'ai envie de vivre. De toutes façons, c'est bien la bicyclette
que je préfère. Se promener en montagne et être tous les
deux ». Et comme malgré l'âge, il n'a guère
besoin de sommeil - « 3 heures par nuit en moyenne » -
, il a acheté un
vélo d'appartement pour pouvoir pédaler
aussi la nuit ! Il est vrai que c'est moins bruyant que ses autres passions
: l'accordéon et l'harmonica.