Concertation, formation, revalorisation.
Trois mots contre les maux de l'emploi
Cela peut paraître paradoxal lorsque l'on connaît le poids
de ce fléau structurel en France qu'est le chômage.
Et pourtant
Comme d'autres secteurs - mais sans doute plus crûment
- les CHRCD connaissent de grandes difficultés de recrutement.
L'enquête de conjoncture effectuée en 2001 par
la BDPME notait que « les PME sont toujours aussi nombreuses à
avoir du mal à trouver le personnel dont elles ont besoin. Les hôteliers-restaurateurs
éprouvent comme le BTP beaucoup de difficultés, 52% d'entre
eux ayant évoqué ce problème.
L'INSEE s'étonnait quant à elle que dans ce contexte de fluidité
accrue du marché du travail, le fait que les entreprises fassent
état de difficultés de recrutement peut surprendre. Il est
possible que l'évaluation des ces difficultés soint teintée
de subjectivité, les entreprises ayant pu s'habituer pendant les
années de crise à considérer comme normal le fait de
n'avoir aucune difficulté à embaucher. Une autre explication
résiderait dans l'inadéquation entre les offres et les demandes
d'emploi par qualification. »
Touchés au premier chef par la crise économique des années
précédentes, l'emploi n'apparaissait plus auprès des
entrepreneurs comme un souci majeur. Activités limitées et
besoins en main d'uvre restreints, supériorité de la
demande à l'offre, ont marqué les années 90.
Mais depuis quelques années, alors que la croissance paraît
peu à peu se réinstaller, le besoin en main d'uvre qualifiée
est devenu une préoccupation essentielle de ce secteur d'activité.
D'autant que l'évolution de la législation du travail (réduction
du temps de travail) exige une réflexion approfondie sur l'organisation
des ressources humaines dans l'hôtellerie et la restauration.
Pour trouver une solution, la profession se mobilise, tentant en un
premier temps d'isoler les causes d'un déficit sans doute plus structurel
que conjoncturel. Nombre d'interventions de professionnels, syndicats et
instituts d'études sont alors passés du constat aux propositions.
Economiquement, les CHRCD se placent parmi les secteurs de pointe, tant
en termes d'emploi que de création de richesses.176 000 entreprises,
800 000 actifs et 39 milliards d'euros de chiffre d'affaires (données
disponibles pour 1998), ils sont donc des acteurs importants de la vie économique
et sociale. 90% de ces sociétés emploient moins de dix salariés,
représentant 45.5% de la main d'uvre totale du secteur et mobilisant
un chiffre d'affaires équivalent à 46% du CA global des CHRCD.
Ainsi, le secteur offre un visage particulier que l'on peut diviser
en plusieurs types d'entreprises : l'hôtellerie-restauration familiale,
les chaînes ou franchisés, la restauration de type rapide et
la restauration collective. Du fait de cette pluralité, il est bien
évident que les réalités s'avèrent fort différentes
d'un type à l'autre d'entreprises. Qu'il s'agisse des problèmes
rencontrés en termes de recrutement ou de types d'employés
recherchés, peu d'éléments communs les relient.
Les chaînes d'hôtellerie-restauration, par exemple, susceptibles
de mobiliser de nouvelles stratégies de recrutement et des services
de relations-humaines, connaissent moins de difficultés à
recruter mais doivent mettre en place une approche réellement novatrice
afin de fidéliser l'employé. Différences en termes
d'infrastructures mobilisables pour la recherche de la perle rare, mais
également inadéquation entre offre et demande plus marquée
pour certaines activités telles que cuisinier et service en salle.
Répartition de l'emploi par type d'activité :
Type d'activité..............Part de l'activité...................Actifs
Restauration...................52.4%..............................276 749
Hôtellerie.........................17.2%..............................158
906
Limonadiers...................30.4 %................................97
173
Total...................................100%..............................532
828
La problématique de l'emploi dans l'hôtellerie-restauration
relève de fait d'une pluralité de dimensions relatives aux
modes de gestion des établissements, mais également à
des données exogènes : mode de formation des jeunes se destinant
à ces métiers, réduction du temps de travail
.
La difficulté réside essentiellement dans cette pluralité
de causes structurelles et conjoncturelles dont l'interrogation nécessite
une remise en cause profonde des habitudes des entrepreneurs et des politiques
publiques.
Si à l'instar d'autres secteurs certaines causes semblent communément
admises, comme les carences en formation professionnelle et les limites
imposées à la flexibilité du travail, certains faits
structurels font de l'hôtellerie-restauration un secteur à
part.
Selon une enquête réalisée en 1991, « un
poste dans le secteur de la restauration est occupé sur une année,
en moyenne par six employés différents. Dans l'hôtellerie,
chaque emploi est occupé en moyenne par 1.6 personne ».
Cette instabilité du recrutement dans les CHRCD se résument
généralement autour de quelques idées dont il faudrait
nuancer les poids respectifs :
- saisonnalité,
- horaires
décalés
- salaires non valorisants
- sous effectifs
- formation professionnelle inadaptée
- image sociale
dévalorisante
Les tâches auparavant acceptées
par les employés s'avèrent aujourd'hui moins bien tolérées.
Sans doute, comme le relèvent certaines études, le monde de
l'hôtellerie-restauration n'a-t-il pas su évoluer avec son
temps en repensant le management même au sein de petites sociétés
de moins de dix salariés. Organisation du travail inchangée
et salaires peu motivants (près de 41% des salariés des CHR
sont au SMIC) expliquent pour une part cette difficile adéquation
entre offre et demande.
Quelques exemples de salaires moyens (bruts, débutants)
Cuisiniers.............................................1223
Employés et agents de maîtrise......1067
Garçon de comptoir............................1067
Sommelier ...........................................1219
En revanche, et bien que cela soit en train d'évoluer, la formation
professionnelle proposée par l'Education Nationale ne prépare
sans doute pas les jeunes gens à la réalité du travail
dans des établissements où la disponibilité reste le
maître mot. Un métier difficile qui réclame un fort
investissement personnel en temps, en efforts et en choix de vie.
D'où l'importance de développer les échanges entre
entreprises et Education Nationale, à l'exemple du groupe ACCOR qui
invite chaque année des étudiants à prendre en charge
le service d'un de leur établissement, les plongeant ainsi dans la
quotidienneté des divers métiers inhérents à
l'hôtellerie-restauration.
Il ne s'agit pas là d'un unique sentiment altruiste mais bien de
la mise en place d'un des éléments d'une nouvelle politique
de recrutement, les jeunes futurs diplômés ayant tendance à
vouloir poursuivre une expérience qui leur aura semblée positive.
Si cela peut se faire dans le cadre de chaînes importantes, il est
possible de développer ce type de coopération à des
échelles moindres à condition de garantir la pérennité
de l'action.
Un déficit de motivation ?
Evoquer l'absence de motivation des « jeunes »
c'est les rendre responsables des difficultés rencontrées
dans ce secteur. Pourtant, beaucoup de ces étudiants de Lycées
Hôteliers ou d'apprentis ont témoigné dans ces colonnes
mêmes de l'engagement qu'ils prenaient en toute conscience vis-à-vis
des exigences du métier. Certes, un grand nombre de jeunes se rendent
dans les filières professionnelles en « désespoir
de cause ».
Mais nombre d'entre eux s'avèrent particulièrement intéressés
par un métier que l'on ne peut exercer à long terme sans passions.
En revanche, et cela est plutôt encourageant pour l'avenir, ils sont
parallèlement devenus plus exigeants non pas tant en termes de revenus
qu'en termes de conditions de travail et de perspectives pour l'avenir.
L'absence de « possibilités de carrières »
bien lisibles mine les vocations et déplacent des éléments
qualifiés vers d'autres secteurs d'activités liés à
la restauration : commerciaux, VRP
Il est bien évidemment difficile
à de petites structures familiales qui composent l'essentiel
des entreprises des CHRCD d'offrir de réelles perspectives
internes, ce qui explique en partie un turn-over plus important que dans
les autres secteurs d'activité. Les grandes chaînes ont prit
pour certaines à bras le corps cette dimension, cherchant à
fidéliser les employés qualifiés en les intégrant
dans un « escalier hiérarchique » motivant.
Pourtant, et c'est à rappeler, beaucoup des professionnels
savent que le turn-over qu'ils rencontrent ne peut être totalement
évité pour une raison simple : l'hôtellerie-restauration
est un métier ouvert sur le monde. Et comme les Compagnons, un cuisinier
par exemple s'enrichira en voyageant, en multipliant ses expériences.
Cela fait corps avec ce secteur d'activité. Les compétences
ne s'acquièrent que par l'expérience et un savoir-faire tiré
de rencontres de hasard.
Les jeunes qui se destinent à l'hôtellerie-restauration
sont comme les autres : ouverts sur le monde, exigeants, à la recherche
d'une coopération davantage que d'un rapport hiérarchique,
en quête de nouvelles formes d'organisation du travail qui peut-être
leur permettront de ne pas faire comme les aînés dont 80% travaillent
deux à cinq dimanches par mois et 41%, 6 nuits ou plus mensuellement.
Cette exigence dont ils font preuve est de bon augure car elle présage
une réflexion nécessaire améliorant les conditions
de tous.
Un peu d'air ?
Le 10 juillet, un nouveau projet de loi « Jeunes en entreprise »
a été soumis en Conseil des Ministres. Le dispositif prévu
se positionne dans le cadre d'une politique d'allègement des charges
sociales et concernera les jeunes âgés de 16 à 22 ans
titulaires d'un CAP, d'un BEP ou moins (n'ayant pas le bac). Il s'adressera
aux entreprises de moins de 250 salariés qui proposeront à
ces jeunes des CDI à temps complet ou partiel. Il s'agira précisément
d'une exonération forfaitaire de 225 euros cumulable avec les allègements
existants. Cela correspondra pour deux ans à l'exonération
complète des charges patronales pour un salaire minimum de 1 147.52
. Ce projet doit être voté dans les tous prochains mois.
Redessiner une profession mal perçue
Améliorer les conditions de tous, c'est avant tout repenser
les modes organisationnels traditionnels de la restauration en responsabilisant
davantage les employés, en les intéressant à l'avenir
de l'entreprise
en un mot, en les impliquant davantage. Certes, la
saisonnalité inhérente à la profession rend difficile
la stabilité d'une brigade. Pourtant, certains hôtels par exemple
ont proposé un nouveau mode de travail fondé sur le libre-choix
des horaires, tout en respectant bien entendu les obligations du service.
Ce type de proposition attire et fidélise des individus peu enclins
à abdiquer toute vie de famille.
Redorer le blason d'une profession
par ailleurs reconnue, c'est également en amont rendre davantage
qualifiantes des formations scolaires professionnelles trop souvent envisagées
comme « voies de garage », pas tant par ceux qui les
empruntent que par les pouvoirs publics et les familles. « Trop
souvent, le choix de l'apprentissage est dicté par le contexte familial
ou par une situation de non-choix, quand l'élève n'a rien
trouvé ailleurs » entend-on trop souvent.
La forte
féminisation de certains types d'emplois comme employés ou
agents de maîtrise a entraîné - et c'est à regretter
- une dévalorisation du travail et des salaires, processus bien connu
dans la plupart des professions évoluant vers une meilleure répartition
par sexe. Dans ce type d'emploi, plus de 50% des employés sont des
femmes de moins de trente ans, faiblement ou très faiblement diplômées.
En revalorisant les salaires et offrant également aux employés
déjà présents dans l'entreprise une formation qualifiante,
l'image de cette profession pourrait s'en trouver améliorée.
Ces différentes solutions qui doivent répondre à
des évolutions structurelles, réclament en revanche, outre
un changement de mentalité, une aide financière, un geste
fort. La baisse de la TVA, promise par le nouveau gouvernement mais difficile
à réaliser en l'état actuel de la législation
européenne, ne semble pouvoir répondre à ce besoin.
Un besoin d'autant plus nécessaire que les difficultés risquent
de croître suite à l'application progressive de la réduction
du temps de travail prévue par la Loi et la Convention Collective.
Cette organisation à repenser en profondeur nécessitera plus
qu'une aide, mais une diminution importante des charges, notamment salariales.
Si les grands groupes peuvent imaginer doubler leurs brigades ou financer
des études organisationnelles, en va-t-il de même pour les
structures familiales pour lesquelles l'application de la réduction
du temps de travail est un casse-tête ?
José Lagorce

M. Navet, Président de l'Union Patronale des CHRCD d'Ile de France
Deux responsables syndicaux témoignent
M. Jean-Pierre AMIOT (Président UMIH du Cher)
Former, qualifier, valoriser L'Umih du Cher demande une prise de conscience
de l'Etat et des entrepreneurs
Patron de la Rotonde, Place de la République à Saint Amand
Montrond (18200), Président du Groupement des employeurs de Saint Amand
et Président de l'UMIH du Cher (près de 200 établissements
représentés) , Jean-Pierre AMIOT a conscience de la nécessité
de réunir l'ensemble des acteurs institutionnels et privés autour
de cette problématique du recrutement
« Nos employés ont plutôt un bon niveau de compétence
mais suite à cette carence en personnel, nous ne pouvons leur proposer
de formation continue. C'est pour cela que la réflexion sur le recrutement
doit procéder par étapes : d'abord former de nouveaux éléments,
améliorer la gestion sociale des entreprises, puis s'occuper du personnel
déjà embauché en pouvant lui proposer une formation.
Pour cela, avec le Groupement des employeurs, nous avons commencé
par mettre en place une pré-qualification en commis de cuisine qui
s'effectuera pour 50% en entreprise et 50% par le GRETA au Lycée Jean
Guehenno de Saint Amand.
Cette formation initiale ne pouvait se faire sans un accord avec l'Etat
et l'Education Nationale. Un accord conclut d'après deux objectifs
: pallier la carence d'emplois et développer un métier valorisant
du fait de sa qualification.
Nous avons besoin et les jeunes également de cette certification
professionnelle qui « bonifie » le salarié. Beaucoup
trop de gens entrent dans l'hôtellerie ou la restauration apprennent
les bases du métier mais se retrouvent rapidement bloqués. Former,
c'est pouvoir embaucher un personnel qualifié qui permettra de développer
la formation continue.
La bonne concertation qui existe dans le Cher
entre les professionnels et l'Education Nationale a permis l'ouverture de
formations en alternance qui répondent aux attentes en rapprochant
la théorie de la réalité du terrain. De plus, ce type
d'action ouvre les portes de ces formations qualifiantes à des jeunes
qui autrement, n'auraient sans doute pas pu intégrer les filières
proposées par l'Education Nationale. Insérer, c'est aussi le
rôle de l'entreprise.
Bien sûr, on ne peut expliquer la difficulté de recruter
un personnel qualifié par la seule formation. Mais le fort turn-over
que nous constatons dans nos établissements tient essentiellement à
deux facteurs : la saisonnalité de notre activité et cette nécessité
de voyager pour apprendre, pour faire carrière.
Quant à
la TVA, elle n'est qu'un déclencheur. Une entreprise responsable, lorsqu'elle
trouve un employé qui lui convient, elle le rémunère.
Les salaires ont évolué. Le commis de cuisine au SMIC, ça
n'existe plus. Le problème est ailleurs.
Les CHRCD, c'est 80% des patrons qui sortent de l'apprentissage ; un
employé sur deux est qualifié. C'est un métier valorisant
de par lui-même pour peu qu'on l'aime. Il y a dans certains établissements,
des carrières parfois fulgurantes. Mais en face de ces réussites,
il y a une dureté au dessus de la moyenne. C'est une vie différente
; on travail quand les autres s'amusent. C'est en cela que former est essentiel.
Former notamment en entreprise. Afin que les jeunes se rendent bien compte
du métier qu'ils choisissent.
Dans le département, l'Etat
a prit conscience des évolutions nécessaires. Cette prise de
conscience est en cours chez les entrepreneurs. Maintenant, il faut changer
notre mode de gestion sociale ».
M. NAVET (Président de l'Union Patronale
des CHRD d'Ile de France)
« Il faut rechercher de nouveaux modes d'organisation »
Pour l'Union Patronale des CHRD d'Ile-de-France (2500 établissements),
il est nécessaire de réfléchir à la formation
et remettre
en question les modes de fonctionnement traditionnels
« Depuis quatre à cinq ans la profession connaît
des difficultés de recrutement d'un personnel qualifié. Un manque
de main-d'uvre qui se fait surtout sentir en cuisine (à tous
les niveaux) et en salle.
Cette pénurie peut s'expliquer à
l'aide de deux facteurs principaux :
La formation - La réduction
du temps de travail.
En ce qui concerne la formation, il est vrai que la baisse de la démographie
a entraîné mécaniquement une diminution du nombre d'élèves.
Pourtant ces difficultés que connaissent actuellement les lycées
professionnels pour remplir leurs classes, proviennent essentiellement de
la perception sociale de la formation professionnelle. Encore trop de conseillers
d'orientation envoient automatiquement les élèves vers la voie
générale. Ce phénomène n'est guère atténué
par l'image de notre profession, image sans doute encore trop négative.
Pour répondre à ce phénomène qui entraîne
un abandon de nos formations, il est évident que l'Education Nationale
devrait se rapprocher de notre secteur d'activité afin de constater
l'évolution que connaissent les métiers de l'hôtellerie-restauration.
On sent qu'une prise de conscience se fait à ce niveau. Beaucoup
de lycées demandent à des professionnels de recevoir des jeunes.
C'est encore la meilleure façon de faire découvrir le métier
tel qu'il est. D'autant plus qu'ils auront l'occasion de rencontrer des gens
de leur âge travaillant déjà, qui pourront leur en parler
avec leurs mots.
Pour répondre au problème de recrutement il faudrait déjà
remplir les écoles professionnelles et utiliser les contrats de qualification.
Car il ne faut pas oublier que nos salariés peuvent être également
efficacement formés sur le tas.
On a trop tendance aujourd'hui à aller chercher des travailleurs
à l'étranger (Portugal, Algérie, Tunisie ou les pays
de l'Est) mais ce n'est pas viable sur le long terme.
Parallèlement à l'effort en termes de formation, il faut
rendre également plus attractive cette profession en augmentant les
salaires.
Mais comment faire sans dans le même temps, ressentir
une prise de conscience du gouvernement en termes de charges sociales, de
TVA, de réduction du temps de travail ?
La réduction du temps de travail est un vrai casse-tête
pour la majorité des établissements dont le nombre de salariés
est inférieur à dix. Passer de 43h à 41h ou de 41h à
39h n'est pas aisé à concilier avec les nécessités
du service. Mettre en place deux brigades, si cela est possible dans les grandes
chaînes, s'avère particulièrement difficile pour les petites
entreprises. Il faut donc rechercher de nouveaux modes d'organisation du travail,
ce que nous n'aurions sans doute pas fait sans cette loi , comme par exemple
embaucher une personne le matin pour la mise en place des salles.
En profiter pour améliorer les conditions de travail et ainsi
répondre aux attentes des jeunes. Autant les anciens ne veulent pas
de RTT, autant les jeunes placent au centre de leurs préoccupations
les vacances, les loisirs. Il est nécessaire de prendre cela en considération
si l'on veut stopper le déplacement de ces diplômés vers
les « métiers satellites ».
Former, revaloriser
et repenser l'organisation de notre métier sera peut-être la
seule solution pour sortir de cette situation difficile en matière
de recrutement ».

M.Belisson tient le restaurant "Chez Charly"
Un professionnel témoigne
M. Belisson tient le restaurant « Chez Charly »
à Paris. Il sort d'une période difficile en termes de recrutement.
« Le problème principal que nous avons rencontré
concernait l'embauche d'un chef de cuisine, élément fondamental
de l'établissement. En règle générale, le plus
compliqué consiste à trouver de bons éléments
d'encadrement ; les postes à responsabilités sont difficilement
pourvus.
Cela est lié aux principes des 35 heures. La réduction
du temps de travail, je suis entièrement pour. Cela améliore
les conditions de travail des employés. Mais il faut dire que cela
a également démotivé des salariés autrefois payés
au pourcentage, qui ne comptaient pas leurs heures. En échange, ils
percevaient un salaire motivant.
Cela concernait essentiellement des gens possédant déjà
une longue expérience, donc assez âgés. Maintenant, dans
le cadre de la réduction du temps de travail, je n'ai pas eu le choix.
J'ai dû créer deux équipes, une du matin, une du soir.
C'est devenu moins intéressant financièrement
pour eux d'occuper ces postes.
En revanche, sans réduction du temps de travail, je ne trouverai
plus de personnel de qualité. Il est normal que l'entreprise évolue
en ce sens sous peine de voir les jeunes diplômés continuer à
partir vers la para-restauration, c'est-à-dire des métiers comme
commerciaux liés à la restauration. Mais il faut prendre en
considération que cette réduction du temps de travail a très
fortement diminué la rémunération des employés.
Payés au fixe et ne travaillant que cinq heures et quart par jour,
ils touchent aujourd'hui des salaires de 686 e nets. C'est inadmissible. On
ne peut pas vivre sur Paris avec cette somme. Je comprends qu'ils ne veuillent
pas rester longtemps dans la restauration.
Heureusement, le projet de loi qui va être voté concernant
l'exonération des charges patronales pour l'embauche d'un jeune de
16 à 22 ans sans le bac devrait permettre de relever ces salaires.
C'est un premier pas intéressant ».
Chez Charly
5, rue Parrot
75012 PARIS
Tél : 01 43 43 05 64
Fax : 01 43 43 45 21
Voici le sommaire du numéro
64 :