
Mon but est de faire des découvertes
gustatives pour mes clients
Laurent Debray, la passion du métier
A 32 ans, Laurent Debray est Chef sommelier au restaurant
« Les Muses » de l'hôtel « Scribe »
à Paris, 2 macarons Michelin. C'est un beau parcours qui l'a conduit
à ce poste alors qu'il se prédestinait à la cuisine.
Une révélation tardive
Laurent Debray cuisine depuis sa tendre enfance. Aussi après
le collège, il décide d'en faire son métier et entre
au lycée hôtelier, une formation que ses parents soutiennent.
Il passe ses BEP, CAP et Bac Pro au lycée hôtelier de Eragny
sur Oise. Lui qui éprouvait quelques difficultés en formation
généraliste se révèle un très bon étudiant
en cuisine : « dès que je suis rentré au lycée
hôtelier, j'ai tout de suite bien travaillé, c'était
une révélation ».
De caractère introverti à cette époque, Laurent avait
choisi cette formation pour l'amour de la cuisine, mais aussi pour être
« en arrière poste ». Après ses études,
il travaille en cuisine de restauration pendant un an mais finalement sans
grand enthousiasme. Il choisit alors de s'orienter vers les métiers
de service en salle, et il travaille 6 mois en brasserie, Place de Clichy.
Le rythme est soutenu et il apprend beaucoup, mais il rêve de haute
gastronomie.
Il rentre, en forçant un peu le hasard, comme chef de rang
au restaurant « la truffe noire » à Neuilly,
un macaron Michelin, avec Jenny Jacquet aux commandes. Le métier
est difficile, il doit faire ses preuves, et vite : « j'ai regardé
les autres faire, et j'ai appris par mimétisme, c'est comme cela
que j'y suis arrivé. J'ai été intégré
dans l'équipe et j'y suis resté 18 mois ».
Une approche tardive du vin
C'est à cette période que sa passion pour la sommellerie
se révèle. Au contact du fils de Jenny Jacquet, il apprend
les vins, notamment ceux d'Anjou, province d'origine de la famille Jacquet.
Il déguste, approfondit ses connaissances par ses lectures et commence
un travail de terrain. Il se souvient encore d'une de ses premières
grandes dégustations « un Léoville-Poyferré
1982, St Julien, 2ème cru classé : le déclencheur de
tout. J'en ai eu des frissons ».
Après l'armée, il exerce en salle à l'Amphyclès
à Paris, il y rencontre Hervé Pennequin, chef sommelier, et
s'intéresse de près au métier. Puis, il fait l'ouverture
du restaurant du golf de Baillet dans le Val d'Oise. Il travaille avec Sylvain
Benon, sommelier, dans l'élaboration de la carte des vins. Lorsque
Sylvain Benon part, Laurent prend la place de sommelier du golf de Baillet,
pendant plus de 4 ans : « j'ai continué mon apprentissage
de terrain, en effectuant beaucoup de dégustations.
Tout s'est fait naturellement, la gestion de la cave, la mise à jour
».
Puis, Laurent s'envole vers le Scribe, après une sélection
difficile voire draconienne, il présente la carte qu'il a élaboré
au Golf de Baillet, il séduit et est embauché, voilà
maintenant 4 ans.
Chef sommelier au Scribe : une reconnaissance
La sommellerie ressemblerait un peu à un club où tout
le monde se connaît : « on se rencontre aux dégustations.
La cohésion est sans doute plus forte pour ceux qui participent aux
concours et dans lesquels il existe un soutien, une solidarité. Je
suis arrivé sur le tard et il me semble que j'ai raté des
étapes pour pouvoir participer à des concours. La reconnaissance
du métier, je l'ai à travers l'établissement dans lequel
je travaille. Depuis que nous avons obtenu un 2ème macaron, la reconnaissance
est naturelle et il y a des portes qui s'ouvrent ».
Nous sommes des ambassadeurs
« Je pense beaucoup de bien de mon métier. Il procure du
plaisir aux gens et le relationnel est très fort entre les vignerons
et les clients. Mon but est de faire des découvertes gustatives pour
mes clients. C'est aussi un travail global entre la cuisine et les arts
de la table. J'ai de la chance en outre d'avoir au « Scribe »
des clients avertis, l'échange est d'autant plus intéressant ».
En revanche, il lui est parfois difficile d'exprimer une non-satisfaction
face à un vigneron qui lui est persuadé de la qualité
de son travail. « Le goût, c'est personnel, et lorsque l'on
n'est pas en phase avec un produit qui n'a pas les qualités escomptées,
il n'est pas simple de l'exprimer ». Et question goût, Laurent
est précis. Il se passionne pour la Syrah « selon les terroirs,
on a des arômes très différents, des notes florales
ou poivrées. C'est une association de puissance aromatique et de
finesse. J'essaye de retrouver cet équilibre dans les vins. En revanche,
pour moi le boisé masque les notions de terroir ».
un métier, des métiers
L'avenir dans la sommellerie est grand ouvert, car elle permet d'accéder
à des opportunités très différentes : « Les
conjonctions font que les jeunes qui s'investissent à 200% sont des
perles rares. Mais, en même temps, les restaurants gastronomiques
se font aussi moins nombreux.
Il y a donc moins de places en France,
me semble t'il, pour un sommelier en restaurant. Alors, le métier
s'est ouvert sur la sommellerie-conseil, l'organisation de soirées
de dégustation, la création de clubs d'nologie, mais
aussi la commercialisation du vin.
Internet n'est pas encore rentré dans les murs, les clients
aiment le contact, rencontrer le vigneron, mais cela viendra sans doute.
Et puis, il y a l'étranger, vaste domaine de possibilités.
Personnellement, je participe activement chaque année à quelques
meetings aux Etats Unis, sur la Côte Ouest. Mon avenir, je le vois
dans la création d'un établissement de restauration de terroir
avec dégustation et possibilité de vente directe, ou dans
le conseil en partenariat avec les Etats Unis ou pourquoi ne pas rentrer
dans une grande maison de Bourgogne ou de Côte du Rhône
»