A St Pétersbourg la semaine dernière, cette
semaine au Comte de Gascogne qu'il a repris en décembre 1988 à
Boulogne sur Seine, et, la semaine d'après à Cancún.
Henri Charvet n'arrête pas de parcourir le monde au service de la
gastronomie.
A St Pétersbourg, il est consultant pour la mise en place,
l'élaboration de la carte et la formation du personnel russe du « Paris »,
un restaurant de cuisine française. A Cancún, il s'occupe
de l'installation et de la création d'un restaurant français
pour la chaîne hôtelière Fiesta Americana. Deux projets
d'une dimension de 50 couverts chacun.
« C'est la taille idéale pour faire de la vraie gastronomie,
au delà, c'est trop », souligne ce défenseur du
patrimoine culinaire français qui est aussi président d'Euro-Toques,
cette association composée de 3.000 membres répartis dans
17 pays, dont les représentants agissent à Bruxelles pour
éviter que ne disparaissent les fromages au lait cru ou que l'appellation
chocolat ne soit galvaudée.
Né à Mâcon, Saône et Loire, voici une soixantaine
d'années, l'homme sait de quoi il parle : « Ma mère
qui était cuisinière dans une maison bourgeoise, m'a donné
le goût. Même avec des moyens très restreints, elle nous
préparait à la maison des ris de veau aux morilles, du saucisson
en croûte ».
C'est en l'accompagnant aux repas qu'elle
préparait que la passion de la cuisine lui est venue vers l'âge
de 12-13 ans.
Dès lors, à 15 ans, quand il s'aperçoit qu'il n'aime
plus l'école, c'est naturellement qu'il se dirige en apprentissage
dans un hôtel-restaurant, première étape d'un long parcours
professionnel qui le conduira en Belgique, sur la Côté d'Azur
ou encore à Mâcon où il ouvre sa première maison
en 1965. Il passera aussi par Aix en Provence avec le Restaurant Charvet,
à l'Auberge du Moulin à Lourmarin dans les années 70,
à Paris avec « Marius et Jeannette », ou encore
à Fort de France avec « Le Lafayette ». C'est
fin 1988 qu'il pose finalement ses bagages à Boulogne sur Seine,
en reprenant « Au Comte de Bourgogne » et la Ferme de
Boulogne.
Au total, une trentaine de personnes au service d'une cuisine marquée
par les saveurs du terroir, dont les grandes spécialités de
foies gras de canard. Ils sont près d'une dizaine à la carte
entre le foie gras cru en carpaccio au sel de Guérande et salade
d'herbes, le mi-cuit au Madiran ou celui au Sauternes.
« Le
menu idéal ? Je commencerais par servir la grande assiette de foies
gras, puis le ragoût de homard aux pommes de terres safranées
avec son ravioli de légumes et pinces grillées sur salade
d'herbes fraîches.
Ensuite, si l'on est poisson, les filets de rougets poêlés
à l'huile d'olive à graine de fenouil, purée d'aubergine
et tomate à la coriandre fraîche, ou encore le dos de bar de
ligne à la vapeur, mousse de lait au thé vert, lit de courgettes
à la marjolaine. Et, si vous êtes viande, nous avons une traçabilité
complète avec la région Limousin. Ce serait alors le pavé
de filet de buf poêlé tartelette de pommes maximes, jus
de moutarde violette, ou la fricassée de rognons de veau aux morilles,
ou encore l'agneau de Laiton au thym frais, fèves de lard au persil
plat. Nous avons aussi du veau de lait ou du petit canard sauvage, mais
la clientèle est plutôt axée poissons ici ».
De la cuisine riche ascendant lourde, Henri Charvet a fait son deuil,
avant d'en accompagner la renaissance allégée : « Nous
sommes passés à une cuisine plus digeste, plus légère,
pour revenir aujourd'hui aux plats en sauce typiques de la cuisine bourgeoise
comme le Sauté d'agneau, le buf Bourguignon ou la Daube. Mais
ils sont travaillés différemment, allégés, dans
un jus court, naturel. La manière de cuisiner a également
évolué, en devenant plus précise, en utilisant moins
de farine et de beurre.
Dans les grands classiques, on élimine les éléments
qui alourdissent, nous travaillons davantage à l'huile d'olive et
avec des émulsions de jus. Ma philosophie reste la même : défendre
les produits de qualité et d'origine, et garder l'atout principal
de la cuisine française qui consiste à manger les produits
en saison ». Tel est d'ailleurs le leitmotiv d'Euro-Toques, cette
association (fondée par le belge Pierre Romeyer) qu'il préside
depuis décembre 1999, et dont Bocuse, Troisgros, Fournier et Veyrat
sont membres.
Optimiste de nature et gratifié d'une étoile
michelin, Henri Charvet souhaite développer les actions à
l'international de façon à développer la cuisine française
à l'étranger : « On a une culture et il faut rester
le leader, défendre la qualité de notre diversité pour
s'affirmer et la faire continuer, sinon on mangera partout pareil ».
Aux plus jeunes, il n'a qu'un mot : « Passion ! Il faut aimer
ce métier et le pratiquer comme un peintre ou un musicien, sans penser
aux horaires. D'autant qu'un jeune passionné arrivera à un
certain niveau et gagnera très bien sa vie. Ceux-là auront
toujours du boulot car on aura toujours besoin de gens de qualité ».