
"Il est absolument nécessaire que le patron
soit présent dans son établissement,
ne serait-ce que pour dire bonjour et au revoir."
Le Paddy O' Neills
à Chailly-en-Bière :
Ballades irlandaises
en Seine-et-Marne
Après 25 années passées dans la restauration,
Francis Gehaut devient propriétaire du Paddy O' Neills à Chailly-en-Bière.
Il y met à profit un métier qu'il a appris sur le tas et dont
l'essentiel est dans la relation à la clientèle. Relation
qui passe par la satisfaction des clients, mais également par la
chaleur d'une présence : celle du patron et celle des groupes de
musique qui sont devenus une nécessité.
Un parcours sinueux
Malgré les apparences, Francis Gehaut a une longue carrière
sinueuse derrière lui : « j'ai commencé il y a 25
ans, avoue-t-il, comme saisonnier à la montagne. J'y suis resté
7 ans. Puis, j'ai exercé les métiers de serveur et de barman
dans différentes régions. C'est alors que j'ai eu envie de
gérer moi-même mes entreprises. Je suis donc allé à
Paris où j'ai pris la gérance de plusieurs grosses brasseries
parisiennes.
En fait, poursuit-il, c'est lorsqu'on gère soi-même une affaire
que l'on apprend véritablement le métier. Ensuite, je suis
reparti à la montagne, à Montgenèvre exactement, où
j'ai tenu, durant 7 ans, un bar hôtel restaurant discothèque.
Mais, le prix des gérances est aujourd'hui beaucoup trop élevé.
J'ai donc voulu devenir mon propre patron et j'ai acheté un Pub à
Dourdan, dans l'Essonne. Ce fut pour moi une expérience d'autant
plus enrichissante et fructueuse que j'y ai rencontré un client qui
est devenu un ami, et qui, un beau jour, m'a proposé de prendre un
établissement avec lui.
Finalement, nous nous sommes installés au Paddy O' Neills au mois
de mars 2002 ». Avant d'être un Pub irlandais, le Paddy
O' Neills était un restaurant : « il s'appelait l'Auberge
de l'Empereur, précise Francis Gehaut, mais les propriétaires
ayant eu quelques problèmes, ont vendu l'établissement à
deux irlandaises qui l'ont transformé en Irish Pub et tenu durant
2 ans.
Lorsque nous l'avons acheté, le Paddy O' Neills était en perte
de vitesse, pour des raisons relationnelles : les clients nous ont dit par
la suite que les anciennes propriétaires n'entretenaient aucune relation
avec la clientèle, qu'elles restaient dans leur coin et ne disaient
ni bonjour ni au revoir. Or, l'aspect relationnel est fondamental dans un
établissement comme le nôtre ».
Chaleur et musique
La clientèle du Paddy O' Neills est en effet particulière
: « notre clientèle, explique Francis Gehaut, est composée
à 95% d'habitués qui viennent de 30 km alentours, et se situe
dans une moyenne d'âge de 30 à 50 ans. C'est dire si l'établissement
est célèbre dans la région : on ne vient pas à
Chailly-en-Bière, mais on va au Paddy ! Il est donc absolument nécessaire
que le patron soit présent dans son établissement, ne serait-ce
que pour dire bonjour et au revoir.
La clientèle est très soucieuse de la relation avec le personnel
: il faut aller au-devant d'elle et ne pas attendre qu'elle arrive. Je dis
toujours au personnel de raccompagner les clients qui partent. Ce sont des
gestes qu'ils apprécient d'autant plus que ce n'est pas partout le
cas. En revanche, la clientèle de passage est assez rare, car nous
sommes situés sur la Nationale 7 et les gens ne s'arrêtent
que très peu ».
Il est vrai que le Paddy O' Neills n'ouvre ses portes qu'à
18h et qu'il axe essentiellement son activité autour des soirées
concerts : « le week-end, avoue Francis Gehaut, nous accueillons
jusqu'à 150 personnes grâce aux différents groupes que
nous faisons venir. Certes, l'établissement se prête à
la musique celtique, mais nous nous efforçons d'élargir le
champ musical : du blues, du rock, etc.
Mais, j'ai également plusieurs projets, en collaboration avec
Bruno Cheno, auteur et compositeur de jazz : nous voulons organiser des
concerts de jazz le jeudi soir, car, sans doute grâce au 35 heures,
le jeudi est devenu une soirée exploitable et intéressante.
Quant au mercredi soir, j'envisage de créer une scène ouverte,
c'est-à-dire d'accueillir de jeunes groupes de manière à
les faire connaître et à leur donner une chance de se lancer ».
La chaleur de la musique est en effet devenue une nécessité
: « les gens préfèrent payer plus cher et aller
dans un endroit convivial et chaleureux, plutôt que dans un établissement
où les consommations sont moins chères, mais où il
n'y a aucune ambiance.
Une clientèle et des prix raisonnables
Malgré le succès du Paddy O' Neills et ses nombreuses
soirées musicales, les prix demeurent très raisonnables :
« nous ne faisons pas payer l'entrée, précise Francis
Gehaut, pas plus que nous n'augmentons le prix des consommations.
La pinte de bière est à 6 e quel que soit le jour et le moment
de la journée, sauf de 18h à 21h, pour le Happy Hour, où
elle est à 4 . En revanche, le Paddy O' Neills est un Pub irlandais
jusqu'au bout : nous ne servons pas en salle et, parfois, il y a 3 rangées
de clients devant le comptoir. C'est également un aspect qui plaît
à la clientèle ». Le Paddy O' Neills propose 7 bières
à la pression : le Guinness, la Kilkenny, la Welsh Scotch, la blanche
Hoegaarden, la Leffe et la Stella pour 6 , ainsi que la Krick cerise
pour 7 . Du côté des whisky, on a le Paddy, le Jameson,
le Tullamore, le Bushmills pour 6 et le Black Bush de 10 ans d'âge
pour 8 . Enfin, l'Irish Coffee pour 8 .
Mais, les projets de Francis Gehaut ne concernent pas seulement la
musique : « je pense créer une activité restauration,
avoue-t-il, car j'ai constaté que la clientèle en exprime
de plus en plus le désir. Cela permettrait en outre de conserver
certains clients qui, parfois, vont dîner ailleurs et ne reviennent
plus. Mais, ce sera à la façon irlandaise, c'est-à-dire
des toasts qui permettront aux gens de se rassasier et, peut-être,
d'éponger les effets de l'alcool ».
D'ailleurs, du côté de l'alcool, Francis Gehaut ne constate
pas de grands changements : « la lutte contre l'alcoolisme, précise-t-il,
a peu d'effets sur notre clientèle, car c'est une clientèle
mûre qui tient bien l'alcool, mais qui s'inquiète d'un éventuel
passage au taux zéro, car cela signifierait qu'on ne peut même
plus boire un verre d'alcool. Ce n'est pas du tout ce que
l'on peut
voir à la sortie des discothèques où, après
2 verres de trop, les jeunes ne se tiennent plus.
C'est pourquoi je ne tiens pas forcément à attirer une clientèle
plus jeune : les problèmes seraient accrus aussi bien en ce qui concerne
le comportement que les relations avec le voisinage ».