
Michel Brousse
Le café Les Fleurs à Nîmes :
L'ambassadeur des produits régionaux.
La vocation
de Michel Brousse, propriétaire
du café-brasserie Les Fleurs à Nîmes, remonte
à 5 générations. Sans doute doit-on trouver dans cet
ancrage traditionnel
l'origine de son ambition de restaurer l'esprit
du bar. Car, Michel Brousse
veut faire de son établissement
un lieu original où l'on fabrique la bière
sur place
et qui redevienne le ciment social qu'il était auparavant.
Un environnement incertain.
Il y a 23 ans, le 15 janvier 1981, Michel Brousse prend, à 25 %,
la gérance du
café Les Fleurs à Nîmes,
à côté de la gare , pour en devenir propriétaire
quelques temps plus tard: "j'ai d'abord exercé comme saisonnier,
avoue Michel
Brousse, au bord de mer, à la montagne et aux
Antilles. Mais, étant nîmois
d'origine, j'ai voulu retrouver
ma famille et cette affaire s'est présentée.
Au début,
poursuit-il, le café Les Fleurs était difficile à tenir,
principalement en raison d'une clientèle assez dure, comme souvent
à proximité d'une gare.
Il a donc fallu changer les habitudes et sélectionner les clients.
A présent,
tout va bien". Mais la principale difficulté
à laquelle se heurte Michel Brousse
se situe à l'extérieur
du café lui-même: "Il y a maintenant 10 ans, explique-t-il,
qu'on ne sait pas ce que va devenir l'avenue Feuchères qui conduit
à la gare
et sur laquelle nous nous trouvons. Au départ,
il s'agissait de supprimer les 5 voies de circulations. Tous les commerçants
du quartier se sont alors
mobilisés contre ce projet et en
ont proposé un autre qui était de condamner
le bas des
contre-allées afin d'avoir 14 mètres de trottoir au lieu d'un
seul.
Ce contre-projet du comité des commerçants avait été
accepté, mais entre temps
la municipalité a changé
et il a été abandonné pour revenir au projet initial.
De notre côté, nous avons obtenu 5000 signatures et,
pour ma part, j'espère
que bon sens et raison se feront entendre
: non seulement notre projet est
le moins coûteux et le plus
pratique, mais en outre il concerne l'esthétique
de la ville
qui appartient à tous les nîmois et non à quelques uns".
Une brasserie au sens propre.
Si Michel Brousse a pris ce projet à c ur, c'est certes parce qu'il
est nîmois,
mais également parce que la rénovation
du café Les Fleurs en dépend: "j'ai
un projet bien précis,
avoue-t-il, mais j'ai attendu 10 ans avant de le réaliser,
c'est-à-dire depuis qu'il est question de rénover l'avenue.
Mais maintenant
je ne peux plus attendre, car l'établissement
est tel que les travaux s'imposent".
Ce projet, original , ne laisse pas de surprendre: "il s'agit, explique
Michel Brousse, de réaménager les 600 m2 du café afin
de créer une véritable micro
brasserie. Autrement dit,
une partie de l'établissement sera consacrée à la fabrication
complète de la bière. Cette idée m'est d'abord venue
parce que
pendant un certain temps j'ai représenté des
bières artisanales locales qui n'ont rien à voir avec les
produits industrialisés : ce sont des produits
frais sans pasteurisation
ni conservateurs; mais ensuite, poursuit-il, parce
que la fabrication
d'un produit brut m'intéresse et que, selon moi, nous devons
être les ambassadeurs des produits de notre région". Il est
évident cependant
que la réalisation d'un tel projet
nécessite une certaine connaissance et
une certaine expérience
: "je vais passer mon diplôme de Maître Brasseur,
avoue
Michel Brousse et je ferai, entre autres choses, de la bière avec
du
riz rouge camarguais. Car, on peut faire de la bière avec
des céréales et
des féculents. Par exemple, lors
d'un récent salon, j'ai rencontré des Corses
qui font
de la bière avec de la châtaigne. Pour ma part, j'ai l'intention
de faire aussi bien des bières de saison que des bières
en série limitée et personnalisées avec le nom de la
personne qui le désire. Ainsi, je pourrais
répondre
à la diversité des goûts qui, malheureusement, est en
train de s'estomper.
La mondialisation, poursuit-il, correspond en effet à une uniformisation
et
nous perdons notre âme à vouloir singer les autres.
L'Europe est certes une
bonne chose, mais il est nécessaire
que chacun préserve ses particularités.
Or, en ce moment,
tout le monde imite les américains et on peut facilement deviner,
voire provoquer le comportement des gens : ils croient demander quelque
chose, mais en réalité ils ne font que subir des influences
dont ils ne sont pas conscients. Ce que je prétends faire ici, c'est
rendre aux clients le
goût du bonheur et refaire du bar le ciment
social qu'il était auparavant ".
Une nécessité : la polyvalence.
Répondre à la diversité des goûts est également
une nécessité commerciale
: "il y a une clientèle
potentielle importante, explique Michel Brousse, mais pour l'attirer et
fonctionner correctement, il faut être polyvalent. D'abord,
il est nécessaire d'avoir un thème, car le bar traditionnel
est en train de disparaître. Mais ensuite, il ne faut pas que la franchise
soit trop étriquée,
sinon on ne couvre pas l'ensemble
des activités potentielles. Un Pub Irlandais,
par exemple,
fonctionnera très bien en soirée, mais pas du tout au petit
déjeuner. Néanmoins, poursuit-il, l'apparition des franchises
et la multiplication des
bars à thème ont été,
contrairement à ce que l'on dit, très bénéfiques
à notre
métier : elles l'ont remis en question et lui
ont permis de s'adapter aux
nouvelles attentes des clients. Autrement
dit, la concurrence est une bonne chose, car on sait très bien que
plus il y a de cafés dans une rue ou un quartier,
plus il y
a de monde". C'est également cette diversité qui explique
la présence,
au café Les Fleurs, d'une activité
restauration: "on ne peut concevoir l'un
sans l'autre, précise
Michel Brousse, non seulement en raison des nécessités
économiques et financières, mais encore parce que c'est la
mission traditionnelle
du bar de répondre à beaucoup de demandes. C'est pourquoi
avant le bar faisait
aussi bien taverne qu'épicerie. Mais là
encore, il faut savoir s'adapter en
différenciant le déjeuner
du dîner: à midi, les gens veulent manger en un
quart
d'heure et boire leur café en 3 quarts d'heure". Quant à la
restauration
rapide, Michel Brousse ne la considère pas comme
un danger : "les gens critiquent
ce type de restauration sans savoir
de quoi il s'agit, car ils n'y sont jamais allés. Ces établissements
ne représentent pas pour nous une concurrence déloyale,
car ils font autre chose. Il ne faut donc pas les diaboliser: on n'a pas
tous
les jours envie de faire un repas gastronomique ! Là où
il est nécessaire
de se battre, conclut-il, c'est sur les prix
en montrant que si on veut y
manger correctement, ce n'est pas moins
cher qu'ailleurs et demander des comptes
sur l'hygiène. Ainsi,
on comparera ce qui est comparable".