
Alain Hacquard, chef du restaurant Lapérouse
Alain Hacquard,
En route pour la première étoile
Lapérouse, ce lieu intemporel des quais de Seine,renaît.
Depuis deux ans,
Alain Hacquard y perpétue une tradition gastronomique
séculaire, non sans y ajouter quelques touches personnelles aux saveurs
d'enfance.
Fondée en 1766 par le limonadier du Roi, la maison
Lapérouse renaît depuis quelques temps et c'est tant mieux
pour la gastronomie et son histoire. C'est en effet à partir de 1870,
que le restaurant est devenu le rendez-vous du Tout Paris littéraire,
politique
et galant grâce à ses célèbres petits salons
du premier étage à l'escalier dérobé. Les habitués
se nommaient alors Guy de Maupassant, Emile Zola, Alexandre Dumas, Georges
Sand, Alfred de Musset ou Victor Hugo, et l'on sent cette présence
dans les salons du quai des Grands Augustins. Mais c'est surtout à
la fin du XIXème siècle qu'il devient un haut lieu de la gastronomie
française. Le roi des cuisiniers, le cuisinier des rois Auguste Escoffier
(1846-1935), y a uvré, tout comme Edouard Nignon qui fut aussi
chef des cuisines du Tsar et du président Wilson. En 1920, Lapérouse
reçoit même la haute distinction du Michelin, les 3 étoiles.
Et puis, une fâcherie allait le voir disparaître du Guide Rouge
pour n'y revenir que voici récemment grâce à son nouveau
chef, Alain Hacquard, 29 ans.
Cet enfant de l'Essonne doit sa passion de la cuisine à sa
grand-mère Suzanne. Quand elle épluchait la rhubarbe, il la
plongeait crue dans du sucre pour la croquer à pleines dents. D'où
son discret hommage, côté desserts, avec la Tarte Suzanne à
la compote de rhubarbe cuite lentement sur une pâte sablée
très friable, avec pour décors des petites lamelles de rhubarbe
caramélisées à la minute, accompagnée d'un sorbet
litchi qui adoucit l'acidité de l'ensemble. De toute façon,
dans la famille Hacquard, on mangeait bien. Papa était représentant
en produits laitiers et mamy avait tenue une épicerie fine.
C'est donc sans se poser de questions qu'il se dirige vers le métier.
Le hasard de la vie, le conduit en apprentissage à la Marée,
au cur du grand marché de Rungis. Quand il ferme pendant deux
mois, suite à un incendie, il rejoint le Grand Véfour
et
y découvre la gastronomie : « Le luxe pour le luxe ne m'intéresse
pas », précise le chef, « j'y trouve surtout
une qualité certaine qui permet de s'exprimer de façon plus
poussée ». Au sein de la brigade de 16 personnes, il fait
tous les postes ; « on ne pouvait rêver mieux comme apprentissage ».
Il passe ensuite quatre ans chez Faugeron, où il travaille une gastronomie
de terroir, avant de rejoindre « La Marée »,
le temple parisien du poisson, où il revoit les vieux classiques
maritimes.
Puis, le voilà second au Chiberta à conjuguer une cuisine
moderne et à se former au management. En 2000, c'est fait, il décroche
sa première place de chef, au restaurant Lapérouse. C'est
un grand plaisir, une grande liberté mais aussi un gros challenge
qui l'attend. Au sein de sa brigade de 8 personnes, il recherche l'harmonie
parfaite, tant dans la noblesse des produits authentiques que dans l'équilibre
des saveurs complémentaires. Une cuisine qu'il définit simple
ascendant épices mais toujours raisonnable, à l'image de son
foie gras des Landes poché dans son consommé épicé.
Ou encore dans le bar de ligne rôti, dans une sauce de crustacés,
huile d'olive, poivre de sechouan infusé, pour exhaler une acidité
très fine.
De la cuisson, il fait aussi un harmonieux équilibre, à
l'image du filet de charolais fumé au bois de hêtre, servi
avec un beurre de carottes aux saveurs légèrement sucrées.
Et, dans son menu idéal, on ne peut que terminer par sa tarte Suzanne,
même si le soufflé au praliné à
l'ancienne,
caramel au vieux rhum, fait les yeux doux.
Deux ans après son arrivée, Alain Hacquard se félicite
déjà de revoir le restaurant Lapérouse dans le Michelin.
Pour l'instant, pas d'étoile
pour l'instant seulement. Pas
de problème pour le chef : « ce n'est pas grave, le client
est là, il revient et surtout la maison revit » ! Il est
vrai que la patience fait aussi partie des qualités d'Alain Hacquard
qui sait que l'on apprend avec le temps à être patient, et
que rien ou presque n'est à mettre au compte du hasard.