En 2002, Enrico Bernardo, 25 ans, est devenu le plus jeune
Meilleur Sommelier d'Europe de l'histoire. Chef-sommelier du Cinq, le restaurant
du Four Seasons Hôtel George V à Paris, cet italien avait été
par deux fois, vice-champion d'Europe en 1998 et 2000.
Un parcours de choix
Enrico Bernardo est milanais. Sans grand projet, mais tenté
par une expérience saisonnière dans un établissement
que tient sa sur sur la côte italienne, il intègre une
école de cuisine. A « l'institut » de Milan,
il passe son CAP cuisine, puis un bac hôtelier. La chance et le talent
ont fait le reste
A l'école, Giuseppe Vaccarini, meilleur sommelier
du monde en 1978, Président de l'Association Italienne des Sommeliers
et de l'Association de la Sommellerie Internationale est son professeur.
« Il m'a formé, m'a inspiré. Avec lui, j'ai réalisé
mes premières dégustations, j'ai développé une
base de connaissances des vignobles. Il pensait alors que j'étais
plus porté sur la sommellerie que sur la cuisine. Et j'ai suivi son
conseil ». Enrico poursuit alors ses études et effectue
une mention complémentaire en sommellerie à Milan. Il réalise
un stage de sommellerie par l'intermédiaire de Giuseppe Vaccarini
à « la poularde » à Montrond-les-Bains.
Eric Beaumard y est le Chef sommelier : « j'ai démarré
à zéro, je ne connaissais rien, ni la langue française,
ni le vin français. Je devais travailler beaucoup, mais j'ai eu la
chance d'être avec Eric Beaumard ». Après son armée
en Italie, il revient à la Poularde embauché comme commis
sommelier. Stimulé par Eric Beaumard, il développe ses connaissances,
s'ouvre avec curiosité au monde du vin. « J'ai toujours
pensé lorsque j'ai démarré dans le métier, qu'il
fallait venir en France, un pays référence en matière
de gastronomie. Mais ce n'est pas facile d'y venir, le marché français
est assez fermé dans la mesure où il y a déjà
beaucoup de sommeliers et que la langue est difficile et qu'on ne l'apprend
pas forcément en Italie ».
Après la Poularde,
Enrico part à Avignon, il est sommelier à La Mirande le temps
d'une saison : « mon premier poste à responsabilité ».
Puis, il devient chef sommelier au « Clos de la violette »
à Aix-en-Provence, entre 1999 et 2000. « A Aix, j'ai retrouvé
l'esprit des maisons étoilées, un établissement de
gastronomie française où chacun prend part activement à
son travail. J'y ai acquis une certaine maturité, qui m'a permis
de m'imposer davantage devant le client, de gérer également
les commandes. Cette expérience de 18 mois a été très
importante pour moi, j'avais là, la réponse à mes questions.
Pour la première fois je me suis senti sommelier ». Depuis
mars 2000, Enrico Bernardo est au Georges V. Il est Chef sommelier dans
une brigade de 7 personnes : deux sommeliers, quatre commis et un caviste
pour une cave 40 000 bouteilles et 1500 références, dont 350
références étrangères.
Le vin, c'est la joie de vivre
Enrico est bien sûr passionné par son métier « la
découverte, la curiosité. Le vin, c'est la joie de vivre.
La cuisine et le vin forment ensemble un beau mariage, ils créent
des moments de bonheur. Il faut dire que pour moi, la sommellerie et la
gastronomie sont un véritable art de vivre qu'il faut soigner et
développer sans cesse. Ce qui me plait également dans mon
métier, c'est de rendre service, de faire plaisir. Le client repart
heureux, je le sers, je le conseille et je discute avec lui un instant,
c'est un plaisir. C'est aussi un métier d'échanges et de rencontres.
Je ne pourrais pas exercer ce métier si je ne connaissais pas les
vignerons. On n'apprend pas que dans les livres, il faut savoir comment
les vignerons produisent. Le plus beau, c'est de partager le talent d'un
vigneron, c'est indispensable.
Le monde de la sommellerie est très
ouvert. J'adore rencontrer des gens de mon métier dans d'autres pays,
on apprend aussi par ce biais un peu de leur histoire ».
Retrouver l'authenticité dans le vin
En général, les préférences d'Enrico vont
vers les vins qui ont un lien historique avec leur terroir. La richesse
du terroir est une notion qu'il valorise au détriment de la mode
et des tendances actuelles, notament celle des vins boisés, faciles
à boire, ronds et parfois sucrés. « Ces vins fatigants
n'expriment pas une authenticité, une vérité.
J'adore par exemple les Bourgogne blanc et rouge, les Alsace des lieux-dits,
les Bordelais des grands châteaux, le Riesling en Moselle, les grands
rouges du Piémont et de la Toscane. Ce sont des vins de tradition,
des lieux de terroir qui vivent depuis des générations, avec
une qualité de sol que l'on ne peut reproduire ailleurs ».
Ses meilleurs souvenirs de dégustation, il les doit à de grands
moments, à des instants où se marient un lieu, une belle occasion
et une émotion. Il se rappelle alors de ce Vega Sicilia 1970, année
de naissance de sa sur, un grand millésime et un grand moment
partagé avec elle.
Les concours : une source de motivation
Sommeliers, cuisiniers, nombres de professionnels de la restauration
se mesurent régulièrement lors de concours professionnels.
Compétition, remise en question, valorisation sont les motifs de
participation. Pour les jeunes il y a sans doute la recherche d'une reconnaissance
par ses pairs. Enrico Bernardo a 25 ans et 3 compétitions européennes
à son jeune actif. L'année 2003 sera pour lui celle du championnat
du monde de la sommellerie
Le plaisir de concourir
« Ce qui me plait dans le fait de participer à un
concours, est de constater ma marge de progression. Si je n'étais
pas poussé par le concours sans doute aurais-je appris moins de choses.
C'est aussi une vitesse supplémentaire, car on se remet en question.
Et pendant les deux jours du concours, c'est la compétition et là
il faut se prouver à soi même qu'on peut être le premier
et que l'on est bon ».
Stagiaire puis commis à La poularde, Enrico Bernardo était
aux cotés d'Eric Beaumard qui préparait alors le championnat
du monde. Stimulé, il participe en 1998, après une année
d'expérience seulement, au concours du meilleur sommelier européen.
Il finit deuxième du concours. En 2000, alors à Aix-en-Provence,
« Au clos de la violette », il essaye à nouveau
de se mesurer aux plus grands. Trop nerveux, reconnaît il, il retente
le concours en 2002, et la troisième tentative est la bonne. « C'est
un grand moment d'émotion pour moi. Pendant ces dernières
années, j'ai vécu avec l'espoir de devenir Meilleur Sommelier
d'Europe. Et maintenant, je me retrouve à la table des Grands ! »
Une préparation de longue haleine
Les concours demandent bien entendu une somme de travail importante
« chacun a sa méthode et sa capacité à assimiler
plus facilement certains domaines. Lorsque je démarre ma préparation
au concour, j'étudie
2 heures par jour de théorie, je
déguste une dizaine de vins et
7 eaux de vie en moyenne. Je
pars fréquemment dans le vignoble. Tout ce qui est pratique, telle
que la prise de commande, je l'affine au quotidien. Je me corrige tous les
jours, pour acquérir ainsi un automatisme propre. C'est un travail
long et quotidien. En théorie, il faut une année de préparation,
mais lorsque l'on démarre de zéro, je pense qu'il faut cinq
années.
Mon expérience est un peu à part. Je suis arrivé
deuxième au concours alors que je n'étais dans le métier
que depuis un an, mais j'avais travaillé 6 à 7 heures par
jour, pour rattraper mon retard. Pour le championnat du monde, je me prépare
différemment, je suis plus organisé. Pour cette dernière
épreuve, j'ai beaucoup travaillé sur le mental, ne pas être
euphorique, ne pas avoir de perte de logique, mais rester clair et serein.
Je doit garder ma tranquillité, sans pression pour avoir une marche
d'avance. Il y a deux ans, j'avais été trop tendu et cela
m'avait sans doute desservi, cela avait brisé mes possibilités".
2002 : sacré meilleur sommelier européen
En remportant le 8ème Trophée Ruinart du Meilleur Sommelier
d'Europe, Enrico Bernardo, 25 ans, est devenu le plus jeune Meilleur Sommelier
d'Europe de l'histoire, en devançant à Reims, Jonas H. Röjerman,
(2ème) Suède, Grand Hotel à Stockholm, et Henri Chapon
(3ème), France, Hôtel du Vin à Tunbridge Wells, Royaume-Uni.
« Je me suis senti libéré d'avoir gagné.
Il s'agissait de me prouver que je n'étais pas mauvais. Depuis, le
regard des autres sur moi a changé. On peut être bon même
si l'on n'a pas de titre, mais en fait, les gens depuis que j'ai ce titre
m'apprécient plus. Les clients, le personnel me regardent différemment.
Les sommeliers m'ont toujours respecté malgré mon jeune âge,
cela prouve d'ailleurs la noblesse de ce concours. Dans un concours il n'y
a pas d'âge, ce sont des compétences et des connaissances pures
qui sont évaluées. Les jeunes doivent foncer, sans se limiter
et surtout sans avoir peur".
Nous retrouverons bientôt Enrico puisqu'il brillera sans aucun
doute au championnat du monde en novembre 2003. « Nous sommes
50 pays. Quatre seront présents à la finale. Les questions
sont plus difficiles mais la structure est identique et les compétences
requises sont équivalentes au concours européen. Je commence
ma préparation dès le 1er novembre, en attendant c'est un
peu les vacances
»