Le Gîte des Sagnes à la Godivelle


Entre bois, pierre et tradition, l'Auvergne authentique a encore son royaume…

La Godivelle (Puy-de-Dôme), c'est un minuscule village du Cézallier à la limite du département du Cantal en plein cœur de l'Auvergne. France profonde et magnifique, avec ses deux lacs, celui d'en haut et celui d'en bas, la chaîne des Puys toute proche et ses troupeaux de bovins, aubracs ou salers qui pâturent à l'envie dans l'immensité. C'est ici qu'Antoine Molina et son épouse ont repris le gîte des Sagnes voici trois années, un établissement créé au début des années 90 sur les ruines d'une ancienne ferme laissée à l'abandon.

L'étable est devenue salle de restaurant et à l'étage, l'écurie est désormais partagée entre le salon et les chambres. Mais le changement d'affectation du bâtiment n'a en rien modifié son âme. La vieille maison en pierre, couverte de lauzes, a été réhabilitée dans l'esprit : la pierre et le bois restent les deux matériaux dominants. La pierre comme cet évier, toujours en place dans la salle à manger, ou l'immense cheminée, noircie d'avoir tant servie, auprès de laquelle on devine que les longues veillées hivernales doivent être douces et chaleureuses ; le bois à l'image de cette armoire à six portes, véritable meuble patrimonial sur lequel reposent quelques bouquets de fleurs séchées, ou les charpentes apparentes dans les chambres et dortoirs.

Dans cette région de moyenne montagne, où le climat est si rude que même la végétation a des difficultés à s'épanouir à l'exception d'une flore de type… glaciaire, il n'était guère envisageable de ne pas respecter la tradition : « Le gîte a été retapé en essayant de respecter au maximum le style local » précise Antoine Molina. Et le décor va de paire avec les murs. Dans le restaurant, quelques assiettes de porcelaine accrochées aux murs de pierre apportent une note de couleur tandis que dès l'entrée, une ancienne photographie du bâtiment a été agrandie pour ne pas oublier qu'avant d'être gîte, l'endroit était voué à l'agriculture.
Si les deux chambres et les quatre dortoirs, qui peuvent accueillir une trentaine de personnes, ont évidemment concédé à la modernité une literie bien actuelle, les murs restent quasiment bruts et quelques vieilles poutres ont réussi à être sauvées et réutilisées. Et entre les deux étages, sur les rangements qui bordent l'escalier en bois, le bric-à-brac à la Prévert rappelle aux curieux un temps passé : vieux paniers en osier, destinés à la pêche ou à la cueillette des champignons ; anciennes caisses en bois, utilisés au ramassage des fruits et légumes ; antiques outils, compagnons du quotidien des paysans d'antan ; poteries où étaient conservées dans le sel la nourriture de tous les jours, …
Aujourd'hui, la nourriture proposée par Antoine Molina et son épouse est restée à l'image de l'endroit. Solide, terrienne, marquée par le terroir comme ce pain de seigle découpé à la demande sur une planche en bois. Au Gîte des Sagnes, la table est forcément montagnarde avec de la charcuterie traditionnelle, saucisson, jambon et terrine maison ; omelette à l'estragon ; fromage (d'Auvergne, cela va sans dire) et tarte. En dehors du menu de tous les jours, il est aussi possible de goûter aux spécialités régionales, potée ou petit salé aux lentilles, autant de plats dont la richesse était nécessaire pour résister à la rudesse extérieure.
Enfin, sur réservation, le chef propose à sa clientèle un petit voyage dans le Sud-Ouest, entre garbure et cassoulet… Car, si aujourd'hui Antoine Molina est parfaitement intégré dans son village auvergnat, il n'est pas le moins du monde, originaire de l'endroit. Au contraire, avant de tomber amoureux de La Godivelle et de son gîte, Antoine était plutôt citadin, habitué à la chaleur toulousaine : mais lorsque avec son épouse ils ont fait le choix de changer de vie, ils ont vite compris que ce serait là et nulle part ailleurs que leurs pas les conduiraient. Aujourd'hui, trois ans après leur installation, ils ne regrettent surtout pas leur coup de tête/coup de cœur…

Gîte des Sagnes
Propriétaire : Antoine Molina
63850 La Godivelle - Tel : 04 73 71 92 60




Le temps suspendu



Pour oublier le contexte international difficile, la tendance privilégie l'aérien, le léger et le poétique, met à l'honneur des couleurs chaudes et recommande des matières douillettes : cette fin d'année sera la fête aux guirlandes, aux plumes et aux teints bordeaux…


Qui aurait pu croire que les tragiques événements du 11 septembre 2001 à New-York pouvaient avoir des répercussions dans la décoration ? Et pourtant, c'est Vincent Grégoire du bureau de style Nelly Rodi qui l'affirme : « Avant, il fallait vivre vite, regarder vers demain. Aujourd'hui, l'envie du consommateur est plutôt de suspendre le temps ». Si bien que pour ces fêtes de fin d'année, la tendance principale sera au dessus de nos têtes. Lampions, mobiles et guirlandes seront incontournables : « C'est l'expression du temps suspendu. La tendance zen partait du sol, avec des colonnes qui ne cadrent plus à l'envie parce qu'elles sont le symbole des tours. C'est la fin d'une époque et l'on entre désormais dans une période plus horizontale, au cours de laquelle on doit avoir l'impression que les choses flottent : Tout ce qui donne un côté aérien, léger, poétique plait aux consommateurs »…

Les guirlandes, déclinées sous toutes les formes, toutes les coutures, seront ainsi lumineuses, en papier, en plumes, florales, avec des nacres, du métal ou de la laine givrée… Mais elles seront ! Si omniprésentes même qu'elles pourront rester après les fêtes, comme si Noël voulait durer longtemps, longtemps : « C'est l'accès de l'année. On les retrouve partout et si la tendance existait déjà il y a un an, elle est beaucoup plus accentuée cette saison. Même les sapins peuvent être suspendus » confirme-t-on chez Coming B, décorateur parisien. Si bien que les ballons reviennent également en force, qu'ils soient en verre, nacrés ou tout autre matière.

Et les lampions, autre élément suspensif, rappelleront en même temps la tendance extrême orientale, « sauf qu'au minimaliste japonais, incarné par le zen, succède le maximaliste chinois : plus chargé, plus décoré de laques, de reflets, de brillance ou de dorure ». Dans le même esprit, le bois reste de saison, mais de façon « plus matière » avec des veines apparentes par exemple : « La tendance aujourd'hui écarte la froideur et l'aspect lisse de la technologie. Le consommateur en a assez de ces trucs sans vie, sans âme, réalisés par une machine. Il veut sentir que ça a été fait à la main, quitte à ce qu'on en voit les défauts. A côté du bois, on peut ainsi retrouver de l'ardoise qui donne un côté moderne-primitif » souligne Vincent Grégoire. Au contraire donc, l'inox ou le chrome brillant n'attirent plus.
Cette chaleur dont a besoin désormais le consommateur relance des matières douces comme la plume, omniprésente pour ces fêtes 2002. Mais ce peut être aussi du daim, du cuir, voire de la fourrure pour donner l'impression de nid douillet : « La tendance au douillet est si marquée que même les angles droits des meubles cherchent à s'arrondir ». Les couleurs en vogue n'échappent pas aux phénomènes. Elles doivent être chaudes pour que l'ambiance soit douce et ronde : « Tout ce qui sera ambré, cuivré, violacé, orangé, miellé… C'est la locomotive aujourd'hui, même s'il y aura aussi, mais de façon plus marginale, quelques touches de vert. En fait, ce sont des couleurs d'alcool qui vont plaire pour ces fêtes : bordeaux, lie de vin, muscat, cognac, rosé, verveine... Au contraire du bleu qui a tendance à s'estomper, sinon à disparaître ».
Mais surtout, c'est bien une ambiance générale que recherchera le client et Vincent Grégoire y voit encore une conséquence collatérale du 11 septembre : « Avant, on parlait de coccooning. Aujourd'hui, les Américains disent bunkering ! C'est dire s'il est difficile de faire sortir les gens de chez eux. Pour y parvenir, il faut créer des lieux où il se passe quelque chose. Ainsi il y a quelques années, on n'aurait jamais pensé travailler dans un hôtel, sur une bande sonore pour harmoniser le lieu. Maintenant, c'est une composante aussi importante. Le son participe autant que l'odeur ou la matière à l'ambiance, à un certain art de vivre pour que le client se sente invité… Cela doit raconter une vraie histoire et il ne faut donc pas attraper la dernière tendance à la mode, mais bien savoir si elle est logique par rapport à ce qu'il y a dans l'assiette. Tout doit être juste, légitime comme un parti pris mené à son terme ».

Dans ce contexte, ces fêtes de fin d'année resteront donc cet instant de convivialité et de plaisir, avec sans doute une recherche de plus d'intimité que pourront apporter des lumières tamisées, apportées par des guirlandes lumineuses bien sûr. Et l'influence vient de l'Est, avec des envies de grandes tables sur lesquelles on peut picorer, manger avec ces doigts, et de coussins moelleux qui participent à la douceur : « C'est l'extrême-orientalisation de notre culture » précise Vincent Grégoire. Mais Noël est aussi marqué par des influences slaves qui permettront à des couleurs traditionnelles, blanc, doré ou argent, de rester de saison ou à des Nativités, classiques au possible, de revenir à la mode…


(Avec nos remerciements à Vincent Grégoire de chez Nelly Rodi, à Paris, aux magasins Hors Série à Saint-Etienne et Rétif à La Talaudière)
Jean-Yves Dupain
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