Grands évènements :
Anticiper pour faire face.


Festivals internationaux, concerts gigantesques, la France regorge d'initiatives culturelles tout au long de l'année. De même, Jeux Olympiques, Coupe du Monde de football, Tour de France, chaque année la France accueille dans ses villes une manifestation sportive d'envergure. Investissements colossaux, foules en liesse, quels sont les impacts pour les secteurs de l'hôtellerie et de la restauration ?

Le 13 juillet, le CIO rendra son verdict, Paris accueillera-t-il les Jeux Olympiques d'été de 2008 ? Quelle que soit la réponse, il est certain que la France est largement en mesure de faire face à un événement de cette ampleur. En effet, nous accueillons tous les ans le troisième spectacle sportif mondial, le Tour de France et nous avons déjà eu le plaisir d'avoir les deux premiers, à savoir la Coupe du Monde de football et... les Jeux Olympiques d'hiver. L'influence de ces grands rassemblements, qu'ils soient sportifs ou culturels, a un impact direct sur l'image de la France, des villes, des régions, et par là-même, une influence directe sur les retombées touristiques.

Les évènements sportifs : des évènements ponctuels mais à fortes retombées

Des avantages immédiats
Deux millions de spectateurs sont venus saluer les exploits des footballeurs dans les neuf villes qui accueillaient des matchs en 1998. Cela fait un certain nombre de clients potentiels en plus... D'autant que toutes les villes avaient mis en place un programme d'animations afin de faire battre le coeur des cités au rythme des rencontres. L'enjeu financier pour le seul Comité Français d'Organisation sur l'ensemble du territoire national s'est monté à 8,5 milliards de francs. Le premier bénéfice, et non le moindre, est l'augmentation immédiate de la fréquentation. L'essentiel est d'anticiper l'afflux de clients en organisant salle, réservations et achats de matière première, voire même en proposant un menu unique, plus simple à gérer. Il y a bien eu quelques polémiques sur les éventuels droits de retransmission sur grand écran dans les cafés à reverser à ISL (International Sport and Leisure, filiale d'Adidas et de Sony) qui gère les droits de la FIFA, mais globalement chacun y a trouvé son compte et les spectateurs se sont bousculés pour assister à l'événement. Ce phénomène a de plus été amplifié au fur et à mesure que l'équipe de France passait les différentes étapes jusqu'à la finale ! Quel que soit l'événement envisagé, les municipalités mettent à disposition des spectateurs et des touristes un système de services de transport, de réservation par l'office du tourisme, d'information. L'une des premières étapes de promotion consiste donc à se mettre en relation avec l'Office du Tourisme de la ville afin d'être référencé. L'important est donc de participer à l'impact économique et de récolter une partie de l'argent qui sera injecté dans l'économie locale. A titre d'exemple, pour la seule ville de Montpellier, en juillet 1998, 239 millions de francs de dépenses étaient attendus pour l'ensemble de la région Languedoc-Roussillon et la ville de Marseille a enregistré une augmentation de 30 % du volume d'affaires de l'hôtellerie locale.

Des retombées à moyen et long termes
L'impact médiatique de ces événements et les flux de visiteurs que cela occasionne font que l'Etat s'investit fortement : routes, ponts, aérogares, mais aussi transports, etc. L'un des avantages indéniable à exercer dans une région qui bénéficie d'un match de la Coupe du monde ou de Jeux Olympiques est l'amélioration très sensible des infrastructures. Les villes ou régions bénéficient de dépenses d'aménagements et d'infrastructures de qualité, réalisées dans un temps record. Ainsi, les jeux Olympiques d'Albertville ont permis de désenclaver la vallée de la Tarentaise, l'Etat a investi plus de 4 milliards de francs dans la construction de voies d'accès routières et ferroviaires. Autres investissements de l'Etat, les équipements sportifs comme le Stade de France à Saint-Denis ou l'amélioration des hôpitaux comme ce fut le cas pour Albertville et Moutiers. Plus équipées, plus faciles d'accès, les régions peuvent ainsi accueillir plus de touristes et se développer en ce sens. C'est aussi l'occasion de rénover les structures d'accueil et d'hébergement et de faire faire peau neuve aux municipalités. Ainsi, toujours pour les Jeux, certaines façades ont été rénovées et la capacité hôtelière a augmenté, le tourisme étant devenu sur les vingt dernières années, avec une réelle accélération due aux JO, l'un des principal secteur d'activité de la région. C'est donc dit, le plus fort impact à moyen et long termes est bien entendu le gain de notoriété et d'image. Plusieurs millions de téléspectateurs, de tous pays et de toutes catégories sociales, assistent chaque année aux étapes du Tour de France et suivent les exploits des athlètes de la Coupe du Monde (37 milliards pour 1998) et des Jeux. Chaque pays organisateur a à coeur de se présenter sous son meilleur jour et de mettre en valeur son patrimoine. A moyen terme, l'impact touristique est prouvé et on constate généralement une nette augmentation de la fréquentation touristique internationale pour les régions concernées dès l'année suivante. La Savoie a enregistré une augmentation de fréquentation de 4,4 % en saison 92/93 et l'hôtellerie a progressé de 6,5 % la saison suivante. D'une manière plus globale, la France en 1998, a bénéficié d'une augmentation de la clientèle étrangère dès le mois de juin sur les sites des futurs matchs et elle avait mis en place une campagne de communication sur le thème "Bonjour 1998, la France accueille le monde" très relayée par les collectivités et les professionnels. En termes d'image, le succès de la Coupe du Monde a permis à la France d'étonner les pays qui avaient des idées-clichés (Amérique du Nord), de fortifier son image dans les pays où elle était déjà bonne et de se faire découvrir dans d'autres parties du monde où elle était peu reconnue par les médias (Asie). Une augmentation régulière de la fréquentation, un taux de notoriété en évolution, voilà de quoi contenter n'importe quel professionnel du tourisme...

Les évènements culturels et les grands salons : jouer sur la continuité
A l'exception de quelques grands concerts de stars, les évènements culturels sont récurrents. C'est ce qui fait leur force, ils possèdent un comité organisateur déjà rodé et les structures d'accueil sont existantes, elles bénéficient régulièrement de la manne touristique ouverte et se préparent à recevoir clients et visiteurs. Prenez un exemple : Angoulême, qui recevait 180 000 visiteurs en 2000, en a accueilli 210 000 cette année. Une véritable aubaine pour les hôteliers et les restaurateurs de la ville, surtout pour un mois de janvier où l'affluence touristique ne serait pas exceptionnelle autrement... Une ville transformée l'espace de quelques jours. Que dire d'Avignon, 86 000 habitants, qui tous les ans, à la fin du mois de juillet accueille 120 000 spectateurs pour le spectacle "in", qui ne représente que la partie immergée de l'iceberg, le spectacle "off" représentant quant à lui facilement le double ! Pour les structures d'accueil de la ville, il faut anticiper en se calant sur les chiffres de l'année précédente, en les augmentant de 15 % environ. Evidemment, le point difficile sera la première édition, car il n'y a aucun historique auquel se référer. Le plus simple est de se mettre en relation avec des confrères qui travaillent dans une ville de la même taille habituée à ce type d'évènement et de se renseigner, en minorant bien entendu les quantités, car une première édition ne bénéficie pas obligatoirement d'un succès immédiat.

Fidéliser la clientèle
De succès en succès, les événements culturels attirent plus une clientèle d'habitués qui reviennent d'année en année, choisissant le même hôtel, se faisant un carnet d'adresses, parfois même réservant d'une année sur l'autre. Bien entendu, il ne s'agit pas là de la majorité des clients mais ils ont leur importance et il est indispensable de les prendre en considération. Nombre d'entre eux attirent d'autres visiteurs dans leurs relations et les prennent sous leur aile, ils deviennent donc prescripteurs. D'où l'importance d'un accueil de qualité, même en période de très forte affluence.

S'appuyer sur le thème pour animer et le décliner
Les évènements culturels ne sont pas tous obligatoirement réservés à une certaine élite intellectuelle, loin s'en faut... Les rassemblements de grands voiliers comme Brest 2000, Avignon pour le théâtre, Angoulême pour la bande dessinée, Antibes pour le jazz attirent toutes sortes de visiteurs, de 7 à 77 ans. Tous ont dans l'esprit de passer un bon moment, sans obligatoirement assister aux spectacles, mais aussi pour s'imprégner de l'ambiance festive de la ville et vibrer à l'unisson. C'est pour cela qu'il est important d'être dans le ton de la fête. Ainsi, à Avignon, nombreux sont les cafés et les restaurants qui accueillent des troupes amateurs, et lors de rencontres sur les thèmes médiévaux, les serveurs sont en costume "d'époque"... Sans aller jusque là, soigner la décoration, en vitrine et à l'intérieur, mettre des affiches, rebondir sur l'événement en le déclinant dans son activité... Soyez dans l'esprit de la fête, vos clients vous seront reconnaissants.

Bénéficier aussi de retombées
Tout comme les grandes messes sportives, les retombées médiatiques sont importantes, sans atteindre les mêmes taux d'audimat bien entendu ! Il est certain que l'impact d'image est moins fort à travers la planète, mais la diffusion nationale voire européenne est souvent très importante et certains évènements ont une petite notoriété au-delà des mers, c'est le cas de Cannes, de Deauville (festival du film américain) et même d'Angoulême. Alors, super match de foot, festival de la "cornemuse", salon international, toutes ces manifestations sont d'envergure et drainent beaucoup de monde. L'important est de savoir anticiper et de se coordonner avec les municipalités, afin d'être présent dans les guides disponibles pour aider les visiteurs, qu'ils soient sur papier ou informatiques...
Article
Témoignages : 1  2
Sylvia Peixoto et Jean Yves Dupain


Hôtel de la Paix
Hôtel 3 étoiles
32 rue Algésiras 29200 Brest
Tél. : 02 98 80 12 97
Fax : 02 98 43 30 95
Internet : www.oda/fr/aa/hotel-de-la-paix


Discothèque Le Sinclair
14, rue Kéréon 29200 Brest
Ouvert de 23 h00 à 5h00
Tél. : 02 98 43 00 33
Propriétaire : M. Gilles


L'Hôtel de la Paix à Brest... Finalement, des mois comme les autres...

Le rassemblement des grands voiliers, les brestois connaissent bien maintenant... Brest 2000 a été la troisième édition de cet événement de grande ampleur. A l'Hôtel de la Paix, en plein centre-ville, dans le quartier des Halles Saint Louis, l'arrivée des visiteurs n'est plus une surprise... Situé en plein cœur de Brest, l'Hôtel de la Paix ne donne pas directement sur le port, c'est ce qui, selon M. Gilles lui "permet de ne pas être envahi par la foule des quais pendant la manifestation". A quelques mètres des quais donc, mais suffisamment éloignées des animations pour garantir la tranquillité à ses clients, les 25 chambres de l'hôtel offrent un confort agréable : télévision avec Canal + et le câble, presse-pantalons électriques, miroirs grossissants pour les dames... M. Gilles, directeur de l'établissement justifie cet équipement par sa fréquentation : "en général, nous avons une clientèle d'affaires, assez exigeante vis-à-vis de ce genre d'attentions". Quand vient l'été, la saison est plutôt plus calme à l'Hôtel de la Paix, sauf lors des périodes de rassemblements de voiliers. "En 2000, nous avons constaté une augmentation de la fréquentation de 20 % par rapport à 1999 et sur tout le mois, pas uniquement sur la semaine de rassemblement. En fait, les brestois ont attendu avant de partir en vacances et certains clients sont restés après...". Pour marquer l'instant et s'impliquer dans la fête, M. Gilles a adapté la présentation de son établissement : "Evidemment nous avons décliné l'événement avec une décoration spécifique : l'accueil était aux couleurs de Brest 2000 avec des affiches et dans chaque chambre la fiche de représentation des prix reprenait l'affiche."

Utiliser l'organisation au maximum

"En fait, cet afflux de personnes ne change pas grand chose pour nous puisque nous sommes complets durant toute l'année, nous continuons donc à travailler de la même manière. La seule anticipation se fait au niveau de la programmation des chambres : nous organisons l'ensemble pour remplir le mieux possible et ne pas perdre de chambres." Par ailleurs, la ville est maintenant parfaitement organisée et les "petites erreurs de la première édition en 1992 ne se sont pas renouvelées, les touristes sont bien informés, ils disposent de plans d'accès, de navettes pour circuler. C'est bien organisé au niveau des infrastructures de la ville." Fléchage, panneaux d'information, volontaires dans toute la ville, il est vrai que le touriste à Brest pendant cette manifestation ne manque pas d'informations, et la bonne organisation participe activement à la réussite de l'événement. A l'Hôtel de la Paix, les informations destinées aux clients sont disponibles à l'accueil : "dès le début de saison, je passe à l'Office du Tourisme récupérer le Guide de la saison afin d'informer mes clients. Pour Brest 2000, je suis allé chercher les plans et les programmes des manifestations pour qu'ils disposent sur place de toutes les informations nécessaires". Des petits services qui rendent la vie plus agréable.

Anticiper les consommations

L'hôtel ne dispose pas de restaurant car "il y en a beaucoup tout autour, avec du choix" , mais il bénéficie d'une discothèque au sous-sol, le Sinclair, qui attire beaucoup de monde. "A ce niveau aussi, nous avons constaté beaucoup plus de clients : nous sommes donc allés faire nos courses en conséquence avant le début afin de pouvoir faire face à cette augmentation d'activité. Mais nous avons gardé le même personnel, nous n'avions pas besoin de personnes en plus, cela ne se justifiait pas pour une boîte de nuit. Et puis l'équipe est bien rodée." ajoute M. Gilles. Pour M. Gilles, propriétaire de l'établissement depuis 1987, Brest 2000 ne représente pas une difficulté dans sa saison, il a depuis longtemps mis en place une organisation qui fonctionne bien et qui est tout à fait prête. Que ce soit à l'Hôtel de la Paix ou au Sinclair, chacun connaît parfaitement ses attributions.


Brasserie Le Gambrinus
5, place Jean-Jaurès 42000 Saint-Étienne
Tel. : 04 77 33 94 84
Internet : www.gambrinus.fr
Propriétaire : Serge Michel


Le Gambrinus à Saint-Etienne

" La coupe du monde ? Il fallait la vivre "!
Quand la coupe du monde de football a débuté à Saint-Étienne, la brasserie Le Gambrinus, du nom du saint patron des brasseurs de bière, n'avait que douze jours d'existence ! Heureusement, son propriétaire, Serge Michel, n'était pas un néophyte dans la restauration et il avait su préparer l'événement : "Avec le personnel, il a fallu apprendre à se connaître, à former une équipe". Aussi, avait-il pris la sage précaution de n'embaucher que du personnel de métier, "avec au moins dix ans d'expérience". Car, si tous les tenanciers d'établissement stéphanois n'étaient pas persuadés de la réussite populaire de l'événement, Serge Michel y croyait très fort : "Je disais à mes collègues, vous allez voir ce que c'est une marée humaine... Et ils ont vu"!
Le premier match à se dérouler à Saint-Étienne était Yougoslavie-Iran : "C'était un triste dimanche de juin, sous la pluie" se souvient Serge Michel. Aussi, même lui ne pensait pas travailler outre mesure. Et pourtant ! La déferlante a commencé ce jour-là pour ne plus se tarir durant trois semaines : "La première décision a été d'ouvrir le restaurant en continu de 7 h 30 à 3 heures le lendemain matin. Ensuite, avec mon chef, nous avions préparé un road book, en se renseignant sur les habitudes alimentaires de toutes les nations appelées à évoluer à Saint-Étienne". Ainsi, les Hollandais mangent beaucoup le matin, fruits et fromages à profusion, les Ecossais se nourrissent plus facilement de sandwiches… et de bière tandis que les supporters iraniens étaient désireux de profiter de leur séjour pour découvrir la gastronomie. Dans ces conditions, la gestion du stock n'était pas évidente. Trois fois par jour, à 8 heures, 13 heures et 19 heures, un ravitaillement était effectué : "Nos chambres froides n'étaient pas suffisamment grandes pour stocker davantage. Quant à la bière, elle était livrée à la demande par un camion qui ne quittait pas le centre-ville de Saint-Étienne".
Mais pour parvenir à assurer, il a fallu que toute l'équipe joue le jeu : "J'avais demandé à mon personnel de faire des sacrifices, de ne pas compter ses heures. Quand l'un d'entre nous était fatigué, il s'asseyait, mangeait une entrecôte de 300 gr et ça repartait ! Et aujourd'hui encore, je leur tire mon chapeau". Et pour jouer le jeu, personne n'a lésiné sur les moyens. Tous les garçons, Serge Michel y compris, ont travaillé en kilt tandis que la gent féminine arborait des tenues de footballeurs : "On faisait beaucoup d'heures, mais on a voulu les faire dans la bonne humeur. Et le résultat a été là". Pour lancer un nouvel établissement, l'occasion était évidemment rêvée à condition de savoir le gérer : "C'était idéal ! Quand on ouvre une brasserie comme celle-ci, on investit forcément beaucoup d'argent. Alors, quand une telle manne financière arrive au bout d'un mois, votre banquier a un sourire jusqu'aux oreilles". Parfaite alors cette coupe du monde ? Serge Michel en garde bien sûr un souvenir ébloui : "Il fallait être là pour la vivre. Il aurait été dommage de rater un tel événement", mais il croit qu'il aurait été possible de faire encore mieux : "Mieux organisés, on aurait multiplié le chiffre d'affaires par trois. La prochaine coupe du monde, ça va être le top" lance-t-il par boutade. Et il regrette même que rien n'ait été prévu à l'occasion du dernier championnat d'Europe : " Avec l'Euro, on n'a pas su gérer. Si la municipalité avait installé un écran géant, on aurait pu connaître un même phénomène"
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