L'amour du goût et la maîtrise d'une parfaite
simplicité « le Clos du Hallai » au Mans.
Le savoir-faire et la créativité : « le
Clos du Hallai » dans la vieille ville du Mans
Dans la vieille
ville, aux pieds des remparts, « Le Clos du Hallai »
propose dans un cadre lumineux une cuisine tout en finesse.
M. Pitancier,
Chef de cuisine et propriétaire de l'établissement, nous présente
sa conception du métier.
C'est en septembre 1992 que Jean-Pierre Pitancier s'installe
au Mans, et ouvre le « Clos du Hallai ». Auparavant
Chef de cuisine à Blois, il a le coup de foudre en passant devant
l'établissement. « Lorsque j'ai vu le restaurant, raconte-t-il,
j'ai été tout de suite enthousiaste ; mais je ne savais pas
qu'il était effectivement à vendre ! Lorsque je l'ai appris,
j'ai pris ma décision sans hésiter ; le cadre et le quartier
m'ont paru idéaux. » M. Pitancier a toujours voulu exercer
la profession de restaurateur : « Le climat familial me conduisait
vers ce métier ; les membres de ma famille avaient tous un intérêt
pour la cuisine ou le goût. Ma grand-mère, en particulier,
était cuisinière de métier ; elle avait travaillé
dans une famille aisée de la région, et elle apparaît
même, à ce titre, dans un roman d'Henri Troyat. J'adorais la
regarder faire.
J'allais aussi à la pêche avec mon grand-père,
et je m'intéressais à la meilleure façon de cuisiner
ce que nous avions rapporté. Je me souviens aussi de longs moments
passés dans leur jardin aromatique, à sentir le parfum de
l'estragon, de la ciboulette, des salades... Tout cela construit une mémoire
du goût, qui revient tout naturellement à un certain moment
de la vie, quand on s'interroge sur le métier que l'on a envie de
faire, c'est-à-dire dans lequel on ne s'ennuiera pas...
Ma jeunesse passée dans un petit village des environs de Blois m'a
accoutumé à apprécier des choses très simples
: les confitures, les herbes, les petites pommes de terre, cultivées
sans engrais, du jardin familial... Tout cela est toujours présent
dans mon intérêt pour la cuisine.

Le Chef du « Clos du Hallai » applique dans son activité
quotidienne des principes correspondant à ses premières découvertes
en matière de goût et de cuisine : « je ne qualifierais
pas ma cuisine de gastronomique, précise-t-il, car il me semble que
c'est plutôt aux autres, à ceux qui l'apprécient, de
la qualifier d'une façon ou d'une autre. Je préfère
me contenter en fait de décrire la façon dont je travaille,
plutôt que de qualifier le résultat...
L'essentiel à mes yeux est de trouver, chaque jour, de bons
produits d'une fraîcheur parfaite, et de les cuisiner le plus simplement
possible. Par exemple, d'éviter des cuissons trop compliquées
ou trop longues. »
M. Pitancier se consacre donc à
une cuisine du moment, à la fois spontanée et actuelle, qui
sait recueillir tout ce que le traditionnel a d'indémodable, tout
en étant créative et singulière. Il apprécie
en particulier la mise en avant de produits que l'on redécouvre,
comme certains légumes, tels que le panet (on peut ainsi savourer
chez lui un lapin au panet et aux oignons nouveaux)... La cuisine du « Clos
du Hallai » n'est pas axée autour d'un terroir.
Son propriétaire indique qu'il « fonctionne »
plutôt selon ses coups de cur, et par association de produits.
Au cur de la Sarthe, les habitués du restaurant peuvent ainsi
déguster des filets de rougets à la marseillaise, où
interviennent bien sûr les tomates et l'anis ; et même si une
« terrine sarthoise » figure à la carte, on y
trouve aussi bien une salade de tourteaux à l'alfalfa ou un carpaccio
de canard à l'huile de noix...
Pour le Chef, la création de recettes nouvelles naît d'abord
au marché, devant les produits : « Bien sûr, tout
part de la cuisine traditionnelle ; il faut évidemment connaître
les procédés de base ; mais à partir de là,
le plus grand plaisir est d'innover. Parfois, la rencontre d'un produit
fait surgir l'idée d'un plat, d'un accord parfait. La cuisine est
assez comparable à la décoration ; il y faut de la finesse,
pour savoir mettre en place la touche qui permet l'harmonie. Une recette
comporte, comme une décoration, un je-ne-sais-quoi, un climat ; et
elle peut aussi renvoyer aux souvenirs d'enfance. De toutes façons,
la cuisine est une affaire de goût au sens le plus vaste, même
si c'est le palais - et la vue - qui sont concernés, et pas seulement
la vue ou l'ouïe, comme en peinture ou en musique. Lorsque l'on fait
cuire des mange-tout, par exemple, la cuisson est estimée aussi bien
par la vue ; le vert des légumes doit être éclatant,
sinon, le plat n'aura plus aucun attrait. Je suis très réceptif
aux couleurs, et je retrouve d'ailleurs ce plaisir en peintre amateur...
La satisfaction propre à ce métier n'intervient d'ailleurs
pas seulement en cuisine, mais dès les achats : être devant
de beaux champignons, de beaux légumes, c'est déjà
se faire plaisir et commencer à inventer... » Ce sont tous
ces attraits de la cuisine que M. Pitancier a envie de faire découvrir
à ses clients, mais aussi aux enfants. Parmi ses clients, qui sont
aussi bien commerçants, hommes d'affaires, employés, on trouve
aussi des instituteurs ou enseignants.
C'est avec l'un d'eux que le Chef du « Clos du Hallai »
a formé le projet de se rendre dans une école pour y cuisiner
avec les enfants : « la semaine du goût, c'est très
bien, note-t-il ; mais cela devrait être tous les jours. Ce projet
est une façon de montrer que la bonne cuisine n'est pas réservée
à quelques-uns, mais qu'elle concerne même les plus jeunes.
Je ne crois pas du tout à cette idée selon laquelle les jeunes
d'aujourd'hui n'auraient plus le sens de ce qui est bon. Les gens vont peut-être
manger sur le pouce dans la semaine, mais le week-end, ils sortent, chez
eux, les casseroles ! Tous les Français ont l'amour de la cuisine
bien faite ; il n'y a pas de dégénérescence du goût
aujourd'hui ! » Exigeant en ce qui concerne la cuisine, mais généreux
dans ses prix, l'établissement propose à midi un menu à
69F, qui change tous les jours. Avec entrée, plat et dessert, cette
formule a l'avantage de fidéliser la clientèle, et on trouve
au « Clos du Hallai » beaucoup d'habitués. Mais
on peut aussi choisir l'un des trois menus, à 89, 148 et 198F, ou,
bien sûr, la carte. Il faut découvrir le jarret de veau braisé
aux langoustines, le carpaccio de cèpes à l'huile de noisettes,
le laperon braisé à la badiane et aux carottes, ou encore
le gâteau d'asperges accompagné d'une mousseline de citron
vert. Sans oublier le biscuit d'artichaut à la crème de poivre
vert, les rillettes de saumon et fumé au jasnières, la nage
de homard et pétoncles au curcuma... Ou, en ce qui concerne les poissons,
très présents à la carte, le rouget grondin rôti
à l'émulsion de menthe fraîche, parmi d'autres. Bref,
« Le Clos du Hallai » a largement de quoi faire le bonheur
des gourmets...