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Dossier Oui, chef ! était le titre d'une série de quatre volets diffusée sur M6 durant le mois de janvier dernier à 20h50. Cette émission présentait Cyril Lignac formé par Jacques Pourcel, du restaurant Le Jardin des Sens à Montpellier, en train d'initier une dizaine de jeunes novices au métier de la restauration. Enfin une émission consacrée aux apprentis cuisiniers, dont le but est à terme de former la brigade du futur restaurant parisien. Le programme montre bien que les jeunes gens ont su trouver leurs repères grâce à une formation qui s'apparente au compagnonnage, c'est-à-dire à l'apprentissage.par Louis Blanquet et François Clément
![]() ![]() ![]() ![]() L'apprentissage dans les CHR crise ou renouveau ?Certes, la TVA à 5,5 % a grandement monopolisé ces derniers temps les débats des restaurateurs. Mais cette mesure en réalité viendrait régler de nombreuses difficultés liées à la profession : manque de main-d'uvre, déficit d'image, horaires de travail décalés, salaires peu attractifs, etc. Les restaurateurs sont confrontés à la diminution du nombre d'apprentis d'année en année. Il est dit dans la profession que le métier reste très dur si l'on veut s'y investir vraiment, et les apprentis n'ont plus la passion d'autrefois. Si l'on veut pallier au manque de main-d'uvre qualifiée, l'apprentissage doit être revalorisé par tous les moyens car il permet à un public dont c'est le premier choix de bénéficier d'une pédagogie qui repose beaucoup sur le rôle éducatif de l'entreprise. Dispositif du contrat d'apprentissage
Le contrat d'apprentissage prépare au Certificat d'aptitude professionnelle (CAP), au Brevet d'études professionnelles (BEP), au Brevet professionnel (BP), au Baccalauréat professionnel (Bac pro), au Brevet technique des métiers (BTM) et à la Mention complémentaire (MC). C'est un contrat de travail de type particulier conclu avec un jeune de 16 à moins de 26 ans. Il se concrétise par un écrit signé par l'employeur et l'apprenti, ou son représentant légal s'il est mineur. C'est le seul contrat en alternance à être à ce jour sous contrôle de l'éducation nationale. Il est régi par des règles spécifiques qui découlent des articles L 115-1 à L 119-5 et R 116-1 à R110-79 du Code du travail. Le contrat d'apprentissage a pour but d'acquérir un diplôme par la formation professionnelle, correspondant aux besoins de l'entreprise, ou de suivre celle permettant l'obtention d'une qualification professionnelle. Les bénéficiaires de ce contrat sont les jeunes ayant satisfait à l'obligation scolaire et désirant acquérir une qualification en formation professionnelle. Le contrat est signé avec une entreprise relevant du secteur artisanal, commercial, industriel ou une collectivité. L'apprenti s'engage auprès de l'employeur à effectuer le travail qui lui est confié par le maître d'apprentissage. Il respecte le règlement intérieur de l'entreprise d'accueil et celui du CFA. L'élève apprenti suit une formation alternée au CFA et en entreprise, et se présente aux épreuves du diplôme. L'employeur verse une rémunération mensuelle à l'apprenti qui perçoit un pourcentage du Smic, allant de 25 à 78%, fixé en fonction de son année de formation et de son âge.
De nouvelles mesures plus souples
La loi du 4 mai 2004 permet la conclusion d'un contrat d'apprentissage après l'âge de 25 ans. En repoussant la limite d'âge, elle permet à davantage de jeunes de poursuivre l'apprentissage pour acquérir un diplôme plus élevé ou dans le cas où la conclusion d'un nouveau contrat est nécessaire, le précédent ayant été accidentellement rompu. La date pour conclure un contrat d'apprentissage a été reportée du 1er novembre au 1er décembre. Les contrats doivent désormais être fixés entre le 1er juin et le 1er décembre. La suspension d'un contrat de travail à durée indéterminée est autorisée, par accord entre le salarié et l'employeur, en vue de la conclusion d'un contrat d'apprentissage avec le même employeur.
Etat des lieux
De nombreuses personnes grimacent quand on leur propose une orientation en classe de CAP car ce diplôme souffre d'une image défectueuse. Il est généralement synonyme d'échec scolaire et de formation au rabais. L'idée en France est que la voie générale est la voie royale. Et certains s'orientent vers l'apprentissage suite à un déboire. Il faut malheureusement reconnaître que la formation par apprentissage a pâti d'une image négative tout au long du XXe siècle. Certains patrons l'assimilaient à une petite main bon marché. Il arrivait également que les entreprises ne puissent accueillir les élèves apprentis dans de bonnes conditions ou du moins que les maîtres de stage ne puissent les suivre avec l'attention voulue. Ces raisons ont été brandies par certains auteurs pour expliquer l'abandon de la filière hôtelière par des élèves en cours de formation. Il y a sans doute un manque de motivation des jeunes pour l'apprentissage, mais force est de reconnaître que le problème du manque d'apprentis aujourd'hui vient des horaires décalés, du niveau des salaires et du manque d'attractivité de la profession. Comment être passionné et avoir goût au travail pour des métiers de service où l'on s'exerce pendant que les autres sont au repos ? Comment l'entreprise peut-elle former correctement un apprenti qui n'a pas le droit de travailler plus de 35 heures ? Et puis, il n'existe dans le secteur d'activité aucun système de prévoyance. La diminution, d'année en année, du nombre d'apprentis dans les CHR est étroitement liée à ces sujets. Par ailleurs, les jeunes supportent difficilement les patrons directifs. Oui, chef !, le nom de l'émission de M6 montre bien que l'organisation et le vocabulaire des cuisines empruntent beaucoup à ceux de l'armée, dont le chef est le général. La rigueur est donc de mise dans les CHR. Le client commande et sa critique sur l'hygiène et le travail de l'apprenti est immédiate. Le métier étant à risque et pouvant nuire à la santé publique, les maîtres d'apprentissage doivent faire preuve de fermeté et d'autorité avec leurs élèves-apprentis. L'image négative de la profession et de l'apprentissage a complètement changé grâce aux dernières lois et à l'avenant à la convention collective du 22 juillet 2004 qui encadre la formation par apprentissage dans le bon sens. Le point faible de la profession ne réside plus dans les horaires et le niveau des salaires s'améliore sensiblement. Mais un effort de communication est encore nécessaire pour rendre les métiers de ce secteur plus attractifs auprès des jeunes. Les nouvelles conditions de travail actuellement pratiquées dans la profession devraient inciter de nouveaux jeunes à s'engager dans cette voie par choix et avec l'intention d'y faire carrière. Toutefois, si les apprentis restent plus facilement dans le métier de cuisinier, les candidats de la branche employé de restauration se font rares et il est courant que les serveurs changent d'orientation, soit en cours d'apprentissage, soit au bout d'un ou deux ans de pratique.
Revaloriser l'apprentissage
Les conditions de travail, autrefois montrées du doigt pour justifier le manque de main-d'uvre, se sont améliorées avec le passage des 43 heures au 39 heures et avec les deux jours de repos hebdomadaire, obligatoires depuis le 1er janvier 2004. La mauvaise image qui collait à la profession ne reflète plus la réalité.
Une référence
La formation par apprentissage est toujours appréciée par les professionnels de l'hôtellerie et de la restauration. Pour les patrons, le CAP notamment est une référence et une assurance que le jeune a acquis les techniques de base. Le CFA est adapté individuellement à l'élève apprenti avec une formation dispensée à 20% par l'établissement et à 80% directement par l'entreprise. Par ailleurs, l'art culinaire utilise les cinq sens qui ne sont pas uniquement " éveillés " par les études. C'est l'apprentissage qui va permettre de les développer et de les affiner chez le jeune. L'apprentissage est d'autant plus noble que c'est une des rares formations où la démarche d'inscription est volontaire. Le futur apprenti choisit ce secteur souvent grâce à l'image de la restauration véhiculée par les médias, aux portes ouvertes organisées par les CFA, etc. De plus, le jeune peut acquérir une expérience par un tour de France des entreprises et évoluer dans sa méthodologie de travail en découvrant les différentes spécialités régionales de France. Devenu compagnon, il pourra parcourir l'Europe, voir du monde pour être en prise avec d'autres cultures culinaires et savoir-faire. Communiquer et accompagnerLes professionnels du secteur doivent communiquer sur l'évolution de leurs métiers et devenir les premiers interlocuteurs des futurs arrivants. Ils doivent montrer aux jeunes que l'apprentissage n'est pas la voie de garage de l'éducation nationale mais leur prouver que leur avenir dans ce secteur est prometteur. Le savoir-faire français en est la meilleure preuve. Aujourd'hui, la cuisine française est un passeport international. Un jeune cuisinier français, quel que soit son niveau, qui part au Canada, en Australie ou aux USA est quasiment sûr d'être embauché. C'est pourquoi, l'accueil d'un jeune apprenti au sein d'une entreprise du secteur CHR nécessite un sérieux accompagnement par le maître d'apprentissage qui assure non seulement le suivi de son parcours de formation technologique mais aussi son initiation à la vie professionnelle sous ses différents aspects : relation avec le client, questions sociales et administratives, etc. En somme, le maître d'apprentissage joue, par son tutorat, un grand rôle de préparation à l'exercice du métier. Car pour le jeune, l'apprentissage passe par la transmission d'un savoir-faire.par Louis Blanquet et François Clément
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