Promocash avec vous
Archives des anciens numéros

MARKETING

CONNAISSEZ-VOUS LE "PLOG MARKETING"

L'activité des chercheurs dans le monde du marketing ne cesse de surprendre, tant il foisonne d'études originales et d'idées venues de toutes les sciences humaines. Parmi les branches d'études du marketing, un auteur nord-américain, Stanley Plog, a marqué durablement les esprits au cours de ces trente dernières années par son approche sociologique du choix des destinations touristiques. Pour aller encore plus loin : expliquer aussi la distribution des biens et services dans une zone touristique comme l'évolution de cette dernière en fonction de son historique ! Passionnant.

Qui s'intéresse à votre établissement ? Cette question, qui ne se l'est pas posée ? Le bon docteur Plog, un consultant du monde de l'Hôtellerie, se penche depuis 35 ans sur les destinations de ses compatriotes américains ; il est parvenu à en dresser un modèle représentatif. Par extension, ce modèle correspond aussi, par la définition qu'il donne à chaque type de voyageur, à n'importe quel voyageur touristique occidental. Nos amis Québécois par exemple, riche de sites historiques comme de sites naturels, les ont adoptés pour mieux comprendre le type de leur destination de voyage d'agrément. Nul doute que l'on peut aussi l'appliquer à notre doux pays. Et comprendre comment évoluent nos contrées en termes d'offres par rapport à des demandes souvent bien mouvantes. Stanley Plog distingue ainsi cinq types de touristes.
D'abord “l'aventurier”. C'est avant tout un débrouillard qui cherche à partir loin de son contexte quotidien. Il aime la nouveauté et l'étranger. Il adore partir vers une destination dont les trésors lui sont totalement inconnus. Il fait de longs séjours et peut dépenser plus d'argent que la moyenne. Il est dans l'esprit du “routard”. C'est par exemple l'Américain qui n'hésitera pas à s'enthousiasmer pour une cuisse de grenouille ou un escargot bien bourré d'ail. Il représente 4% de la population US.
Vient ensuite le “quasi aventurier”. C'est la deuxième vague qui débarque sur la plage. Il représente une masse de population plus importante, 16%, mais est plus douillet. Pour lui, pas question d'apprendre à passer les vitesses sur une bonne vieille “deuche”. S'il part volontiers seul sur les routes, il lui faut la climatisation, quatre roues motrices et une boite auto. Un GPS suffit à son bonheur pour s'orienter de façon quasi indépendante.
Puis nous voici enfin avec le gros du contingent. Le “centre”. 62% de la masse totale touristique US. En France, c'est typiquement notre couple d'amoureux américains qui vient dans notre beau pays se ressourcer parce que nous sommes “so romantic”. Il n'a pas forcément cherché à apprendre toutes les subtilités de notre langue pour demander son chemin, et il aime bien retrouver son niveau de confort habituel. (Nous avons un ami québécois venu nous visiter, tout étonné de ne pas avoir de clim' dans sa chambre d'hôtel, par exemple.) Il est aussi relativement indépendant et n'aime pas la fréquentation du troupeau.
Enfin, les deux dernières catégories sont celles du “quasi conservateur” (16%) et du “conservateur” (2,5%). Quand le membre d'une de ces dernières catégories voyage, il entend bien retrouver ce qui lui semble familier chez lui. C'est le voyageur de groupe qui affectionne les chaînes standardisées et ne sort guère des chemins que son tour opérateur lui a tracés. Il est extrêmement prudent. Voire méfiant. Peu curieux. Il ne choisit que des bannières de restauration qui lui sont familières, ou engagent sa confiance.

Quelle évolution des zones de tourisme ?

Quand on a l'occasion de traverser les grandes destinations touristiques françaises, on est étonné de constater leur évolution rapide dans les offres proposées. Et c'est encore plus flagrant dans les petites villes au tourisme développé. Du virage marketing qu'offrent notamment les entreprises de restauration près des grands sites touristiques. L'occasion de vérifier les théories de Monsieur Plog, qui lie étroitement le développement des zones de tourisme au type de touristes qui s'y rend, comme au cycle de vie de la destination touristique. On constate parfois la déception de touristes revenus de France et qui n'y ont pas trouvé ce qu'ils croyaient découvrir. Ce touriste, c'est celui du centre bien sûr, cherchant le dépaysement mais avec le confort auquel il est habitué dans son quotidien. Parce qu'il ne s'est guère aventuré au-delà de l'aménagement des abords immédiats des grandes curiosités qu'il a visitées.
En général, on constate que le tourisme de masse influe bien sur l'offre qu'on propose directement aux alentours d'un point remarquable. Ainsi, sur les grands boulevards parisiens, les petits bistrots du temps jadis, où l'on fumait le “caporal” et buvait le petit rouge qui pique la langue, ont quasiment disparu. Quelques anciens, parfois octogénaires et en charentaises, tiennent bien encore la ligne plus ou moins vaillamment, mais le front est bel et bien définitivement enfoncé... Ce n'est pas un mal en soi. C'est une évolution et la preuve que notre pays sait aussi s'adapter. Mais les traditions et les coutumes ont tendance à disparaître au profit d'offres moins typées et susceptibles de plaire au plus grand nombre. Mais ce qui est amusant, c'est de visiter des villes plus petites, de l'ordre de 20 à 40.000 habitants. Les centres historiques qui sont l'objet des destinations principales du touriste lambda, ont tendance à s'adapter fortement à la demande. La restauration qu'on y offre est ainsi moins typée, plus internationale. Plus susceptible de satisfaire tant l'Italien que le Britannique ou l'Américain. Et c'est en périphérie de ces zones que les établissements traditionnels, plus conformes à nos traditions se sont réinstallés. Et l'on voit les prix de l'immobilier s'envoler dans des zones très touristiques, parce que l'on y accueille une clientèle moins fortunée et moins cultivée comme sur les Champs Elysées parisiens, dont les échoppes se destinent de plus en plus vers le milieu de gamme et les chaînes afférentes chargée de le distribuer, parce que cela devient trop cher pour y vendre... Du haut de gamme !
Il faut bien faire attention quand même à ne pas tuer la poule aux oeufs d'or... Car plus une destination devient populaire, moins à terme, elle risque d'être fréquentée. C'est un des derniers points révélés par Stanley Plog. Car finalement, le conservateur et le quasi conservateur ne représentent jamais le gros d'un contingent touristique en provenance d'un pays, quel qu‘il soit. Il faut savoir donc bien équilibrer ce que l'on offre, à la fois une typicité et une certaine neutralité pour plaire au touriste le plus important, sans trop chercher à coller à sa réalité. Ce touriste du centre, en quête de dépaysement mais aussi d'une ouverture de notre part. Il est donc peut-être important de se concerter avec ses collègues au sein de son association de commerçants, pour savoir offrir une prestation riche et agréable tout en conservant ses particularismes. Enfin, dernier point. Nous, Français à l'étranger, quel type de touristes sommes-nous ?

par Jean-Baptiste Meunier