Talents
TROPHÉLIALes trophées étudiants de l'innovation alimentaire
Qu'aurons-nous demain dans nos assiettes ? Trophélia est un concours original qui met en avant la création de produits alimentaires nouveaux. Plusieurs écoles de toute la France présentent des projets innovants. Le prix Bernard Loiseau, décerné par le public, récompense une des équipes en compétition. Un autre prix est décerné à une innovation Fruits et légumes frais. Les trois meilleurs projets reçoivent le trophélia d'or, d'argent et de bronze, ainsi qu'un chèque pour récompenser les efforts des participants. Sur tous les dossiers reçus, 19 projets étaient présents à Avignon et 6 ont été retenus pour la finale de Trophélia. Les lauréats :
Trophélia d'or
Ecole nationale supérieure des industries agricoles
et alimentaires (ENSIA) de Massy
avec Mousses créatives, un accompagnement salé pour toasts,
verrines ou plats chauds et froids de viande et poisson
Trophélia d'argent
Institut supérieur d'enseignement
au management agroalimentaire d'Avignon
avec Festha, une pâte à cake prête à l'emploi fêta thon/basilic
Trophélia de bronze
Ecole nationale d'ingénieurs des techniques des industries agricoles et alimentaires (ENITIAA) de Nantes
avec Bouchées du soleil, une entrée (Cakes salés frais sans gluten)
Prix Bernard Loiseau
IUP agroalimentaire de Caen
avec Ocea, huître décoquillée surgelée
Prix spécial innovation Fruits et légumes frais
Institut des sciences et techniques
des aliments de Bordeaux (ISTAB) à Talence
avec Trio'malin, préparation pour terrine aux trois légumes par Alain Fabiano
Marie KREYER22 ans
ENITIAA, Nantes
Bouchées du Soleil
J'affectionne les procédés et les machines Née à Cannes dans la ville du festival du même nom, Marie, aînée d'une famille de cinq enfants, n'était pas destinée à entrer dans l'agroalimentaire. D'un père informaticien et d'une mère infirmière, elle se passionne pour l'art et la science. Après son Bac S option Bio, qu'elle obtient à Grasse où réside sa famille, elle entre en prépa Biologie, chimie, physique et science de la terre au lycée Massena de Nice. Elle réussit plusieurs concours et se décide pour l'agroalimentaire plutôt que pour l'agronomie. Fidèle à sa passion pour l'art, elle trouve dans cette voie créativité et imagination. Parallèlement, au sein de l'école d'ingénieur de Nantes, il y a toute la rigueur qu'elle apprécie dans la science. J'aime rencontrer des gens et m'enrichir, dit Marie, et j'affectionne les procédés et les machines. Dans mon cursus, nous pouvons manipuler le produit, visualiser les étapes de transformation. Nous partons d'un produit brut pour arriver à un produit fini. Lors de sa formation, elle apprend beaucoup. L'ingénierie, c'est par exemple le dimensionnement d'un site de production, c'est aussi mettre en place un atelier en fonction des besoins et des volumes de production. Nous travaillons beaucoup avec des architectes. Elle suit avec attention le cours de process. C'est la succession des étapes de transformation d'un produit. On part du cacao et on arrive à une tablette de chocolat. Afin de valider l'apprentissage théorique, elle effectue un stage en Alsace, dans une PME de fabrication de pâtes alimentaires aux ufs frais haut de gamme. Dans ce stage, elle s'occupe du renouvellement des machines de conditionnement. La participation à Trophélia est une tradition de son établissement. Notre école est présente chaque année et souvent sur le podium, plaisante t-elle. Nous sommes une équipe de 4 personnes. Nous savons qu'en France, une personne sur 300 est intolérante au gluten (fraction protéique du blé) qui se trouve dans le blé, les céréales, la levure
En grande et moyenne surface, on trouve 10% de produits sans gluten (pâtes, fruits et légumes). Nous avons donc décidé de réaliser un mini cake salé frais sans gluten. A travers ce projet, nous souhaitons apporter un produit mangeable par tout le monde. Les bouchés du soleil peuvent se consommer à l'apéro, en entrée et même comme un encas. Dans la répartition des tâches pour mener à bien cette réalisation, Marie s'est occupée de la partie financière et marketing. Pour son avenir, elle a une proposition d'embauche dans la PME où elle effectue son stage. Cela sera une bonne première expérience. Je ne suis pas contre une expérience internationale, en Amérique du sud. par Alain Fabiano
Hugues DE BODMAN24 ans
ENSIA, Massy
Mousses Créatives
Il faut avoir des produits alimentaires de qualité Originaire de Paris, Hugues effectue sa scolarité au lycée Saint- Jean de Bethune à Versailles. Obtenant brillamment un bac S option Biologie, il suit les classes prépa au lycée Chaptal de Paris. Il opte pour l'ENSIA qui a une dominante gestion industrielle. J'ai choisi cette voie car j'ai toujours eu le goût de la science du vivant et de l'agroalimentaire, explique Hugues. Cela touche tout le monde et il y a une perpétuelle évolution. J'ai trois frères et j'aime la convivialité de la table. Dans l'assiette, il faut avoir des produits alimentaires de qualité. Mon métier va m'amener à manipuler les produits pour avoir cette qualité. Le secteur dans lequel il se lance est très ouvert car il y a énormément de produits. Hugues a cette passion de la découverte des process de fabrication : Je connais les difficultés et les exigences du métier. Je sais que chaque usine est différente et que les méthodes de fabrication sont multiples et variées. L'agroalimentaire, c'est une remise en question permanente. Pour arriver à ses fins, il suit assidument les cours de son école : microbiologie, biochimie, marketing, etc. Il s'est spécialisé en gestion industrielle. J'aime le management des équipes de production. Je me sens proche de l'homme, plus que du produit. Pour mettre en pratique ses acquis, il effectue un stage à Unilever à Dijon : Je dois améliorer la productivité au niveau de l'atelier de conditionnement. Nous travaillons sur des produits comme la moutarde, le vinaigre, les épices
Il y a un gros travail financier pour réduire les coûts en maintenant la qualité. Hugues doit étudier les dosages dans les pots et uvrer sur le nettoyage des lignes de production pour qu'elles soient propres le plus rapidement possible. Le concours Trophélia est pour lui un challenge important. Nous sommes une équipe de quatre jeunes. Au départ, nous souhaitions travailler sur un produit à base de légumes avec une texture différente. Après avoir étudié plusieurs possibilités de produit, nous avons finalisé une mousse de légume, confie-t-il. L'équipe s'est répartie les tâches. Deux jeunes ont travaillé sur l'élaboration de la recette avec trois contraintes : un produit sain, stable et aéré. Une autre a travaillé sur la partie faisabilité industrielle (process de fabrication et installation dans l'usine). Enfin, Hugues s'est occupé de l'étude de marché en étudiant l'analyse des prix, le circuit de distribution et la rentabilité du projet.
Le résultat, c'est une émulsion de légume conditionnée dans un aérosol alimentaire qui permet des mises en bouche, des décorations et des accompagnements pour des réceptions originales et raffinées. Pour son avenir, il souhaite travailler comme ingénieur de production pour gérer au quotidien un atelier : J'aimerais travailler pour un gros industriel au début, afin d'apprendre plus rapidement. Ensuite, j'aimerais me réorienter vers une PME. J'ai déjà vécu une expérience à l'étranger, en Pologne. C'est très enrichissant et j'aimerais en revivre une autre. Mais la France reste quand même le meilleur endroit pour mon métier. par Alain Fabiano
Azélie BEDUOIN22 ans
Agro, Montpellier
Farci'fruit
J'aimerais travailler dans une entreprise qui se donne les moyens de créer de nouveaux produits C'est certainement un gène familial, à moins que cela ne soit la théorie de Bourdieu, qui ait amené Azélie à l'agroalimentaire. De parents agriculteurs, elle adore les produits du terroir et la cuisine. Très tôt, elle décide de travailler dans l'alimentaire. Ses parents ont une ferme à Granville, une commune de 15 000 habitants. Elle a deux frères, dont un qui travaille dans la ferme familiale. Après son Bac S option Bio au lycée de Granville, elle effectue une prépa (BCPST) à Rennes. Elle passe des concours et choisit l'école de Montpellier. Ma formation me permet d'avoir une solide base agronome. Je sais comment faire pousser du blé, plaisante-t-elle. Ensuite, ma spécialité me permet de connaître la transformation du produit, de convertir le blé en pain... Elle apprécie dans son futur métier l'aspect création et innovation. Curieuse, elle aime comprendre : Savez-vous pourquoi les blancs montent en neige ? C'est une réaction physique, car on intègre de l'air dans un réseau de protéines. Notre école nous permet d'étudier le monde végétal : comment raisonner la croissance des végétaux, quand semer, quand tailler, quand mettre des engrais... Nous apprenons l'écologie : l'environnement, limiter les pesticides. La matière que je préfère, c'est la technique alimentaire. On nous explique les différents procédés de transformation des aliments. Pour des pâtes, on prend du blé dur, on enlève les enveloppes pour le transformer en farine, et on le mélange avec de l'eau. Sous pression, on extrude la pâte. Ensuite, on fait sécher. Afin de mettre en pratique ses connaissances, Azélie effectue un stage dans une PME de Poitiers qui développe un jambon à vocation nutritionnelle. Le concours Trophélia fait partie d'un projet proposé par son école. En début d'année, les étudiants ont quatre choix : organiser la journée de l'agroalimentaire, une séance de TP gastro-moléculaire, un voyage d'étude tournée vers les entreprises agroalimentaires ou Trophélia : Notre équipe a opté pour ce concours. Nous avons mené le projet de A à Z. Dans un premier temps, le brainstorming a fait émerger des idées. Nous avons retenu au départ cinq produits. Ensuite, démocratiquement, nous en avons gardé un seul. Dans un deuxième temps, nous nous sommes répartis les tâches. Nous avons désigné Pierre-Antoine comme chef de projet. Je travaillais avec lui sur les parties finance et marketing. Nicolas M. avait en charge la partie recherche et développement, et Nicolas K. la partie production. Enfin, Sylvie s'occupait de la partie qualité et emballage. Trophélia est vraiment une expérience enrichissante pour ces jeunes et Azélie ne se privera pas de mettre en avant ce vécu dans sa recherche d'emploi. Elle envisage un poste en recherche et développement. J'aimerais travailler dans une entreprise qui se donne les moyens de créer de nouveaux produits. Mon souhait est de travailler en France, en Normandie ou en Bretagne, termine-t-elle. par Alain Fabiano
Frédéric DARRIEUX24 ans
ISTAB, Talence
Feuillantine (bleu/poire)
La formation dont nous bénéficions est exhaustive La Gironde détient de beaux vignobles, mais aussi de jeunes étudiants talentueux. C'est sur ce territoire que Frédéric suit la formation de l'ISTAB, en 2e année. Né à Rennes, il vit avec sa famille à Saubrigues, entre Dax et Bayonne. Après son Bac S option Bio au lycée Saint-Joseph de Dax, il travaille comme magasinier chez Labeyrie. L'idée m'est venue de me diriger dans l'agroalimentaire, raconte Frédéric. J'ai suivi un BTS à Saint-Palais dans le Pays Basque. Ensuite, j'ai poursuivi avec une Licence professionnelle Innovation en agroalimentaire. Et je suis rentré à l'ISTAB pour terminer ma formation. Il s'est orienté dans ce secteur d'activité car Frédéric est un bon vivant. Il est passionné par les aliments et la cuisine. De plus, la large gamme des métiers de la profession est un facteur non négligeable : La formation dont nous benéficions est exhaustive. Nous avons par exemple de la bio-chimie alimentaire. Cela permet de caractériser les aliments au niveau des molécules. Prenons le lait, nous connaissons la composition : matières grasses, protéines, eau, vitamines. Cette matière est importante puisqu'elle nous renseigne sur les aliments. Cela nous permet de garder toutes les qualités organoleptiques lors de la transformation. Dans une matière comme la science et technique, nous apprenons à dimensionner une machine de façon à bien produire. Comme tous les étudiants, Frédéric effectue un stage. Avide de culture, il est allé en Hongrie pendant trois mois chez Nestlé. Sa mission était d'augmenter la capacité de production de la ligne Nesquick : Dans un premier temps, il a fallu faire un bilan thermique sur cette ligne, lors des séchages de la poudre. Ensuite, j'ai effectué une caractérisation des machines avec la capacité maximale des flux. Pour terminer, j'ai réalisé un bilan de matière. Par exemple, pour l'eau, c'est connaître la quantité d'eau évaporée. Le stage est une expérience très enrichissante pour ces jeunes et Trophélia l'est tout autant. L'école de Bordeaux engage chaque année des équipes. Il y a une pré-selection des dossiers sur le site. Ensuite, les meilleurs sont envoyés à Paris avec les dossiers des autres écoles françaises pour le jury technique. Nous sommes cinq dans l'équipe. Nous sommes passés devant le jury technique pour présenter notre projet. Pour arriver devant le jury national, il faut faire partie des meilleurs sur le stand : dossier, oral de présentation et dégustation du produit. Son avenir, c'est d'abord sa dernière année et un nouveau stage qu'il aimerait faire en Bretagne sur des produits carnés. Cette nouvelle expérience doit l'aguerrir sur les qualités d'un ingénieur. Son diplôme en poche, il pense partir travailler à l'étranger : Mon expérience étrangère m'a beaucoup enrichi. C'est une ouverture d'esprit, la découverte d'une autre culture et une aventure humaine. Mon souhait serait de découvrir l'Argentine. D'une part, je parle espagnol, et d'autre part, je suis attiré par la façon de vivre des pays latins. par Alain Fabiano
|