Les membres de l'association des maîtres d'hôtel d'Alsace ont, entre autres, pour ambition de faire partager leur passion pour leur métier, notamment auprès des jeunes qui envisagent d'intégrer le secteur de l'hôtellerie-restauration. L'association fut créée en 1981 ; j'ai l'honneur d'en être le président depuis 1999. Depuis plus de dix ans, nous avons été forcés de constater que le secteur de l'hôtellerie-restauration a beaucoup évolué. De manière générale dans le bon sens, mais des problèmes majeurs restent encore à résoudre.
La formation en alternance suivie par les jeunes, connaît un certain revirement de situation. Depuis vingt ans, on constate en effet que beaucoup de jeunes diplômés n'exercent pas, par la suite, une profession dans le secteur de l'hôtellerie-restauration, telle que serveur, cuisinier ou sommelier. Ils ont plutôt tendance à se diriger vers des secteurs d'activités avoisinants la restauration. Ainsi les jeunes diplômés s'orientent vers la distribution et la vente ou bien encore deviennent courtier en vin au lieu d'occuper une fonction de sommelier.
Pour les formateurs qui s'investissement pleinement auprès de ces jeunes, dans le cadre d'une formation en alternance, c'est une réelle frustration. D'autant plus que le secteur de l'hôtellerie-restauration manque cruellement de main d'uvre qualifiée. Il semblerait que ce phénomène soit étroitement lié à la pénibilité du travail mais également aux horaires de travail contraignants et au rythme soutenu qu'impose la profession. Il est vrai que les métiers de notre secteur d'activité s'accordent mal avec une vie de famille traditionnelle avec des d'enfants. Et pourtant, les salaires peuvent être intéressants, souvent enrichis de pourboires généreux.
Nous avons conscience que ce phénomène est difficilement changeable. Mais avant que nos instances dirigeantes n'ouvrent nos frontières aux futurs salariés des pays de l'Est, en vue de faire face à la pénurie de candidats dans le secteur, ne serait-il pas préférable de mettre en place des mesures pour limiter notre taux de chômage, qui reste encore très élevé ? Certains établissements de restauration proposent à leurs salariés, par exemple, d'effectuer des journées continues et sans coupure. Mais cela ne résout pas le problème des personnes qui, dans ce cadre, ne travailleront qu'à mi-temps ou seront obligées de cumuler deux emplois pour faire face au coût de la vie qui ne cesse d'accroitre.
Notre profession comporte beaucoup d'avantages et d'agréables moments de reconnaissance intenses. Le goût pour la bonne cuisine, le contact chaleureux avec les clients, la satisfaction d'un service bien organisé, le plaisir d'offrir un moment de détente et de bien-être à nos hôtes, tout ceci doit faire l'objet d'arguments à promouvoir auprès de nos jeunes pour les faire rester à nos côtés et perpétuer la tradition de notre profession d'hôtelier ou de restaurateur dans les meilleures conditions.
René Werlen
Président des Maîtres d'hôtel d'Alsace