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| Sommaire du N°119 - edito - Agenda - paroles de client - Les échos - restaurant traditionnel - Café - Ambiance - Restauration rapide - Produit - Juridique - Dossier - Culture du gout - Petite histoire de - C'est le mois - Carrière - Sommelier - tendance - Marketing - Rencontre - Livres ![]() ![]() ![]() ![]() La Physiologie du goût de Brillat-SavarinBourgeois éclectique, quittant la France en 1793, vivant en Suisse, puis aux Etats-Unis,
Ce recueil d'histoires et de descriptions (plutôt que de recettes) a été lu avec passion par nombre de théoriciens et d'amateurs de bonne chère. C'est, selon l'expression de l'auteur, un essai pour définir tant la gastronomie que la gourmandise. C'est aussi, plus fondamentalement, un recueil des souvenirs de l'auteur, auteur débordant d'anecdotes aussi savoureuses que les plats les plus raffinés qu'il évoque
En particulier, Brillat-Savarin, au 28e chapitre de l'ouvrage, explique au lecteur comment sont apparus les restaurants et les restaurateurs ; c'est la naissance et le succès de la cuisine professionnelle qu'il fait revivre devant vous, nettement séparée de la cuisine strictement domestique. Les pages de son ouvrage offrent une belle description de l'histoire de la gastronomie. Pour l'épicurien, cet ouvrage est une mine : il trouvera développés et parfaitement décrits tous les caractères qui font de son péché mignon un art de vivre. Ainsi, Brillat-Savarin écrit-il à propos de la gourmandise qu'elle est un des principaux liens de la société ; c'est elle qui étend graduellement cet esprit de convivialité qui réunit chaque jour les divers états, les fond en un seul tout, anime la conversation, et adoucit les angles de l'inégalité conventionnelle. L'auteur souligne même l'influence de la gourmandise sur le bonheur conjugal ! En effet, deux époux gourmands ont, au moins une fois par jour, une occasion agréable de se réunir : car, même ceux qui font lit à part (et il y en a grand nombre) mangent du moins à la même table ; ils ont un sujet de conversation toujours renaissant ; ils parlent non seulement de ce qu'ils mangent, mais encore de ce qu'ils ont mangé, de ce qu'ils mangeront, de ce qu'ils ont observé chez les autres, des plats à la mode, des inventions nouvelles, etc., etc. Les mérites de la gourmandise sont aussi plus profonds : par exemple, c'est pendant le repas, écrit l'auteur, que durent naître ou se perfectionner les langues, soit parce que c'était une occasion de rassemblement toujours renaissante, soit parce que le loisir qui accompagne et suit le repas dispose naturellement à la confiance et à la loquacité. Dans son enthousiasme pour le métier de restaurateur, Brillat-Savarin fournit de belles ou amusantes anecdotes sur les grands noms de son époque : Beauvilliers, Méot, Robert, Rose, Legacque, les frères Véry Ainsi, Beauvilliers, qui a été pendant plus de quinze ans, rapporte l'auteur, le plus fameux restaurateur de Paris, eut selon lui le premier un salon élégant, des garçons bien mis et une cuisine supérieure. Pendant les deux occupations successives de Paris, en 1814 et 1815, on voyait constamment devant son hôtel des véhicules de toutes les nations : il connaissait tous les chefs des corps étrangers, et avait fini par parler toutes leurs langues, autant qu'il était nécessaire à son commerce. L'auteur raconte encore que Beauvilliers avait une mémoire prodigieuse : il reconnaissait et accueillait, après vingt ans, des personnes qui n'avaient mangé chez lui qu'une fois ou deux Alors, pour rêver des plats enchanteurs qu'il décrit, tels un énorme pâté de foie gras de Strasbourg, ayant forme de bastion, des cailles truffées à la moelle, étendues sur des toasts beurrés au basilic, une grosse carpe du Rhin à Chambord, richement dorée et parée, une pièce de volaille de sept livres, bourrée de truffes du Périgord jusqu'à sa conversion en sphéroïde, ou encore une pyramide de meringue à la vanille et à la rose plongez-vous dans cette bible de la gastronomie et de l'esprit parfaitement réunis !
Les animaux se repaissent ; l'homme mange ; l'homme d'esprit seul sait manger.
Brillat-Savarin ne tarit pas d'éloges sur les restaurateurs, ces hommes qui, en son temps, exercent une profession toute nouvelle (et bien distincte de celle, nettement plus prosaïque et non raffinée, des taverniers ou aubergistes de l'époque, pour lesquels la nourriture était affaire de subsistance et non pas d'art).
par Sophie Delpi
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