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Rencontre

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Alain Durand

Le Club House
1 rue du Docteur Ténine
92120 – Anthony

Tél. : 01 47 02 54 27

Alain Durand : la liberté ne se monnaye pas

Alain Durand, 52 ans, est installé depuis quelques années en bordure du très beau complexe sportif d'Anthony. Il appartient à la dernière génération de joueurs de rugby qui a connu un jeu régi par les règles de l'amateurisme jusqu'en 1995. Il a donc mené, parallèlement à son parcours de joueur, une autre carrière dans l'Hôtellerie Restauration. Aujourd'hui, après avoir connu de riches heures dans des groupes hôteliers, il a fait le choix d'être indépendant. Et il ne regrette rien

Quand on est de la génération d'Alain, et quand on voulait faire carrière dans le rugby, on ne pouvait qu'être amateur et il fallait d'abord posséder un métier pour financer sa passion. C'est ainsi qu'il se tourne vers la restauration et un CAP de cuisinier. Et il se passionne pour ce métier tout en consacrant son temps libre au sport. Il découvre tous les aspects de la profession hôtelière à travers des premières places chez de grands restaurateurs régionaux. Il sera même en 1974, pendant son service militaire, le cuisinier du Pacha du porte-avion Foch. Il en profitera aussi pour faire partie de l'équipe de rugby victorieuse du tournoi de l'escadre Atlantique ! De retour à terre, il réussit à intégrer l'IPC à Clermont-Ferrand. Dans une région où le mot rugby n'est pas inconnu ! De là, il évoluera ensuite dans de grands groupes hôteliers tout en faisant partie d'équipes de rugby régionales. Finalement, il arrêtera la compétition sportive il y a une dizaine d'années, passée la quarantaine, non sans avoir fini vice champion de France des équipes Réserve en 1993, à l'US Métro. Mais la passion est intacte. Le caractère, certes très aimable, n'en est pas moins aussi très affirmé. Si on a le goût de travailler au contact de ses équipiers, tant sur le terrain que dans des cuisines ou des salles, on n'en a pas moins sur le métier des avis affirmés et la volonté farouche de ne pas se compromettre, bref de rester soi-même. C'est le caractère des joueurs de rugby. Car il faut savoir que tout joueur de rugby, s'il peut éprouver de l'admiration pour un grand joueur, ne cherchera jamais à l'imiter. Il se reconnaîtra dans un geste, dans une attitude, mais pas dans un nom. Ainsi, Alain cherche d'abord à être lui-même et c'est ainsi que, fidèle à son caractère, il n'appréciera pas l'évolution des grands groupes hôteliers, au tournant des années 2000, qui sont de plus en plus gérés selon lui par des logiques financières. Ce qui compte avant tout pour Alain Durand, dans le domaine professionnel, c'est que soient récompensés ceux qui font bien leur métier.

Redevenir soi-même à travers sa propre affaire

Avec sa compagne Mireille, qui était auparavant comptable, Alain décroche l'opportunité de gérer l'établissement qui est intégré dans le magnifique complexe sportif d'Anthony il y a quatre ans. Bar, bien sûr, mais aussi salle de restaurant au premier. Si Alain avoue que gérer un établissement de façon autonome est bien plus éprouvant que de gérer les centres de profits des grands groupes, très normés, structurés et organisés, c'est à ses yeux un prix à payer pour être absolument libre. On y croise au bar les sportifs qui viennent se détendre autour d'un café au sortir de leur entraînement ; mais aussi leurs amis et les “anciens”. Il est amusant de regarder la salle alors, par l'aspect délicieusement rétro qu'elle offre. On se croirait en effet dans un épisode des “Brigades du Tigre” au sortir de la salle ou l'on pratique la “savate” ! Certains arborent une fière moustache en guidon de vélo comme d'autres l'accent de leur terroir d'origine. Tout ce petit monde évolue au milieu des souvenirs épiques de rencontres sportives passées. Photos, coupes, maillots fièrement exposés. Rugby bien sûr, mais aussi toutes les autres activités que l'on peut pratiquer sur le complexe sportif qui compte même un pas de tir ! Dans le quartier en pleine expansion et réaménagement, Alain peut aussi compter sur la clientèle de midi des bureaux qui ne cessent de s'installer tout autour. Une clientèle qui vient déjeuner pour se retrouver au milieu des gens détendus et en pleine forme du club. Au coup de feu de midi, Alain n'a guère l'occasion de chômer ; il fait la démonstration d'un tonus intact en ne cessant de gravir les marches qui séparent le bar de la cuisine et sa salle de restaurant attenante au premier. Dans celle-ci, on peut manger pour environ 11/12 _ un solide déjeuner articulé autour d'un buffet en self et de deux ou trois plats du jour vraiment très gustatifs. Un rapport qualité/prix excellent qui convainc dans une zone de chalandise de plus en plus large ! Respect du client et respect de soi-même, telle pourrait être la devise d'Alain. Alain qui compte pouvoir continuer à s'exprimer sans compromis avec lui-même. Parce que la liberté, ça ne se monnaye pas.

par Benjamin Giodon