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Paroles de clients

35 h… Un nouveau coup dur pour mon restaurant

Le Conseil d'Etat, dont les membres sont surnommés “les Sages”, a tranché : l'accord sur les 39 heures doit passer à la trappe et mon restaurant est prié d'appliquer les 35 heures. Mieux encore, le même doit ipso facto rembourser les différentiels d'heures…
En prenant cette décision, a-t-on vraiment pris la mesure de ce qu'elle pouvait entraîner comme conséquences pour “mon” restaurant ; à savoir pour la grande majorité des petites exploitations :
restaurants, bar restaurants, cafés, ou encore hôtels ou hôtels-restaurants ?
Il y a les besoins du “client” que je suis, qui attend la plus large plage d'ouverture, la plus grande continuité… et la loi. Cela était déjà difficile, dans le cadre des 39h, comment cela peut-il être possible avec les 35h ?
En tant que client, j'ai vu comment les chaînes avaient traité le problème des 35h :
- Diminution des plages d'ouverture
- Diminution des effectifs en salle…
- Et diminution des effectifs en cuisine.
A Paris par exemple, les grandes brasseries, toutes possédées par des chaînes, imposent à leurs clients des horaires fixes pour les réservations : 19h30, 20h30, 21h30…
Je ne sais pas si ce type d'injonctions convient aux groupes de Japonais en goguette, mais cela me déplaît fortement.
Mon restaurateur va-t-il être obligé de copier ce type d'accueil techno-suréaliste, et de répondre à ma demande de réservation “Ou bien tu viens à 19h30 ou bien tu vas manger ailleurs ?”
Les chaînes ont diminué les effectifs en salle, certes ; mais comment peut faire mon restaurateur ? Il ne peut tout de même pas me suggérer d'aller chercher mon plat en cuisine et ensuite de laver mes couverts !
Pour faire face aux 35h, les chaînes ont diminué l'effectif en cuisine en augmentant les plats d'assemblage avec un recours massif à la 3ème gamme.
Certains indépendants pourront y trouver une forme de recours, mais pour tous les restaurants traditionnels, c'est bien sûr impossible.
Dans le jeu “perdant-perdant-perdant” où nous excellons, nous autres Français, les 35h dans la restauration est une grande réussite. En effet, je pense qu'en tant que client, je serai le premier perdant : un service dégradé, moins de choix et un coût inévitablement plus élevé. Pour le salarié, en salle ou en cuisine, plus de stress, une charge de travail plus grande, plus de fatigue, 4h de moins certes, mais moins d'argent à la fin du mois.
Et pour vous, mon malheureux ami restaurateur, plus de soucis, une organisation du travail bancale, le risque de ne pas être dans les clous vis-à-vis de la loi, une fois encore plus de charges et pas forcément plus de recette.
Cela étant d'autant plus dur que la profession a essuyé ces derniers mois toute une série de coups durs. Ainsi, la TVA à 5,5 : on a fait rêver la profession, on lui a fait prendre des engagements de bonne conduite… et puis le couperet de Bruxelles qui tombe, ou plus exactement on a compris que cela ne plaisait pas à nos amis allemands.
Dans la même série, il y a la loi toute aussi brutale sur l'interdiction de fumer dans TOUS les lieux publics. Là aussi, ce sont les petits établissements qui subiront le choc le plus brutal…


Au mois prochain,
Benjamin

par Benjamin