Une capitale historique et touristique
Laon est l'une de ces villes françaises très fréquentées par les touristes, mais peu connues des Français eux-mêmes. Pourtant, elle est encore chargée d'un passé de plusieurs siècles : ancienne capitale des monarchies carolingienne et mérovingienne, elle est aujourd'hui la quatrième ville touristique de France par le nombre de ses monuments historiques, soit quatre-vingts. Il y a sa cathédrale, du XIIIe siècle, mais aussi ses remparts auxquels on accède par de petites ruelles pavées surmontées de maison à colombages. Laon est une ville atypique, car, outre son histoire, elle est également construite en deux parties : le bas, récent, et le haut, élevé sur une butte que l'on voit de loin. Autant de raisons, donc, de s'y arrêter ou, comme Mathieu Lefèvre, d'y revenir.
Rien, en effet, ne destinait ce jeune homme dynamique et chaleureux à assumer les lourdes responsabilités d'hôtelier : après un B.T.S. de tourisme et loisir, précise-t-il, je suis parti à Saumur pour obtenir une licence professionnelle d'éco-tourisme. Par la suite, j'ai travaillé dans le domaine de la réinsertion de déchets, ce qui m'a permis de rencontrer des professionnels et de prendre confiance. Petit à petit, j'ai eu envie de créer quelque chose dans le domaine du tourisme. C'est ainsi que j'ai eu connaissance de la vente de l'hôtel Les Chevaliers, dont les propriétaires partaient en retraite.
Mathieu Lefèvre a néanmoins pris son temps avant de se lancer, et a bien étudié la situation : l'établissement, explique-t-il, est un hôtel particulier du XVIIIe siècle, qui a gardé ses poutres, ses ogives ainsi qu'une dalle sur laquelle est inscrite ce qui devait être la devise de ses occupants : tant seulement, Dieu en aide. Autrement dit, c'est un véritable hôtel à vocation touristique. Cependant, un an s'est passé entre ma première visite et la concrétisation de mon projet, d'autant plus difficile à vendre auprès des banquiers que je suis jeune : ce fut un vrai parcours du combattant. Mais ce fut également un délai de réflexion, car je me suis longtemps demandé si j'aurai suffisamment d'énergie à consacrer à cette reprise.
Du temps pour l'accueil et le conseil
La réflexion n'a certes pas supprimé l'appréhension, mais elle a permis de l'atténuer et de dégager des éléments objectifs : je n'ai pas encore fait une saison, précise Mathieu Lefèvre, puisque j'ai ouvert les portes des Chevaliers à la mi-mars 2006. Ma grande interrogation demeure donc sur la manière dont les choses se passeront durant l'hiver. Mais je suis assez confiant, car Laon se situe sur le trajet des touristes qui empruntent l'autoroute A 26, et la ville se voit de loin, étant donné sa hauteur. Bien souvent, des touristes qui ne connaissaient pas s'arrêtent, à l'aller ou au retour, pour passer quelques jours. En outre, il est question de la création d'un Center Park à 20 km d'ici, sur le site de la base nautique départementale, où j'ai d'ailleurs travaillé dans le cadre de ma licence professionnelle. Enfin, autre élément déterminant, nous sommes à 1h30 de Paris, et les Parisiens aiment bien venir passer un long week-end à la campagne.
Mais l'hôtel Les Chevaliers possède également des atouts propres, qui justifient à eux seuls un déplacement : en réalité, explique Mathieu, je n'ai que 14 chambres, dont 4 sont encore en travaux. Pour certains, cela pourrait paraître un inconvénient, mais pour moi c'est un avantage : l'établissement ressemble ainsi plus à une maison qu'à un hôtel, et je peux consacrer du temps à l'accueil, à l'écoute des clients et aux conseils en matière de tourisme. Souvent, le petit-déjeuner est un moment privilégié pour de tels échanges, sans lesquels on perdrait tout l'intérêt du métier.
Le cadre joue évidemment un rôle important : au cur de la vieille ville, dans une rue calme, l'hôtel laisse encore apparaître ses poutres et ses pierres ancestrales, ainsi que certains meubles qu'on ne peut manquer d'admirer. Les chambres sont également à l'image de ce cadre historique, chaleureuses et feutrées, avec des prix adaptés à tous les budgets :
certaines chambres, explique Mathieu Lefèvre, ont encore la douche ou les toilettes sur le pallier. Ce sont les quatre en travaux. Mais, en réalité, j'hésite encore sur la question de savoir si je dois intégrer une salle de bain complète dans ces chambres, quitte à perdre de la place et à augmenter les prix, ou bien s'il est préférable de les laisser en l'état pour ceux qui auraient un budget moins important. Car, je tiens à conserver ma gamme de prix, de 35 à 60 _, pour avoir une clientèle plus étendue. En outre, il faut que les prix soient lisibles : parfois, je vois des clients regarder le panneau des tarifs et hésiter à entrer, car ils se disent qu'il y aura certainement des suppléments qui ne sont pas affichés. Ce qui n'est bien évidemment pas le cas. Mais il faut néanmoins que la clientèle comprenne ce qu'on lui propose.
Une disponibilité permanente
Bien évidemment, le jeune hôtelier est conscient des risques liés à ce type d'établissement, mais il les assume et y fait face : l'hôtellerie indépendante est un risque en soi, avoue-t-il, et elle semble confrontée à un paradoxe structurel, car, alors que la France est la première destination touristique mondiale, les hôtels indépendants sont généralement plutôt vieillissant. Pour ma part, je crois pouvoir contourner ce paradoxe en jouant du passé de l'établissement, tout en intégrant les éléments déterminants de la modernité : chaînes de télévision, wiffi et ordinateur portable à la disposition de la clientèle. Je vais également refaire le salon de thé, qui sera ouvert à tout le monde, mais surtout aux clients, afin qu'ils puissent trouver un endroit chaleureux où se reposer et se détendre.
Mais l'élément essentiel reste encore la disponibilité : cette disponibilité me permet de pallier mon manque d'expérience en matière d'hôtellerie, explique Mathieu. D'ailleurs, on constate un succès croissant des différentes formules de gîtes, ce qui montre que la clientèle est en attente d'un réel contact avec les habitants. Il faut donc savoir l'écouter, car l'écoute est la valeur ajoutée d'un établissement. On voit à quel point l'hôtelier est impliqué dans son nouveau métier, et à quel point également il représente l'avenir de l'hôtellerie : je ne suis pas un vendeur de sommeil, conclut-il, car tout le plaisir de ce métier réside dans le partage.