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| Sommaire du N°120 - Edito - agenda - Paroles de client - Les échos - Restaurant traditionnel - Epicerie - Ambiance - Restauration rapide - Produit - Juridique - Dossier - Culture du goût - Petite histoire de... - C'est le mois - Mon métier, ma passion - Sommelier - Tendance - Marketing - Rencontre - Livres ![]() François Vatel ![]() Nicolas Fouquet ![]() ![]() Château de Vaux le Vicomte Un maître d'hôtel mythique : François VatelFrançois Vatel, ce grand maître d'hôtel et cuisinier du dix-septième siècle, génie passionné de la gastronomie, est devenu un personnage presque légendaire. Il a été assez récemment rappelé à toutes les mémoires grâce au film de Rolland Joffé, Vatel, interprété par notre Gérard Depardieu national. Maître d'hôtel et cuisinier qui poussa son art jusqu'au sacré, Vatel a marqué l'histoire de la cuisine et de l'art de vivre à la française. Témoin de son extraordinaire personnalité, la fine Madame de Sévigné écrivait le 24 avril 1671 dans une lettre à sa fille, Madame de Grignan : Mais voici ce que j'apprends en entrant ici, dont je ne puis me remettre, et qui fait que je ne sais plus ce que je vous mande : C'est qu'enfin Vatel, le grand Vatel, maître d'hôtel de Monsieur Fouquet, qui l'était présentement de Monsieur le Prince, s'est poignardé. On le sait, Vatel aurait choisi la mort devant le déshonneur que
provoqua un repas qui n'était pas digne de lui Pourtant, il connut la gloire la plus fabuleuse, celle que peuvent lui envier tous les cuisiniers d'aujourd'hui ! François Vatel est d'origine suisse. De son vrai nom Fritz Karl Watel, il naît en 1631 dans une famille modeste ; son père est couvreur ; la profession paternelle ne l'inspirera guère ! En 1646, à l'âge de quinze ans, il entre comme apprenti chez le parrain de son frère, le pâtissier traiteur Jehan Heverard ; il y travaillera pendant sept années. En 1653, le jeune homme a 22 ans ; il est engagé comme écuyer de cuisine au château de Vaux le Vicomte (en cours de construction) par le maître d'hôtel de Nicolas Fouquet. Très actif et doué pour l'organisation, il est bientôt nommé maître d'hôtel de Fouquet.
En août 1661, le richissime et brillant Fouquet, Surintendant des Finances, invite Louis XIV, la reine mère Anne d'Autriche et toute la cour dans le fabuleux château de Vaux le Vicomte. François Vatel est chargé pour cette occasion d'organiser une fête absolument somptueuse. Le repas doit compter près de 80 tables, 30 buffets, avec cinq services de faisans, cailles, ortolans perdrix, le tout servi dans une superbe vaisselle en or massif. Les invités déambulent dans les magnifiques jardins conçus par l'architecte Lenôtre. Un orchestre digne d'un roi agrémente les festivités en jouant la musique que Lully a composée pour cette occasion. Le grand Molière fait jouer Les Fâcheux. Le spirituel La Fontaine enchante les convives de sa conversation
Pour le dessert, Vatel crée une nouveauté qui étonne les convives et qui restera dans le patrimoine culinaire ; une crème onctueuse légère, diaphane et délicieusement parfumée : la crème Chantilly.
Pour s'attirer la bienveillance de Louis XIV, le Prince de Condé, ancien frondeur qui a beaucoup à se faire pardonner, décide d'inviter le roi et la cour en son château. Nous sommes en avril 1671. Ce sont 3 000 invités qui doivent résider au château de Chantilly
Et Vatel est chargé de l'organisation des repas. Ceux-ci connaissent quelques incidents : notamment un rôti insuffisant, à cause d'un nombre de convives supérieur à celui qui était initialement prévu
Et le deuxième jour des festivités, un jeudi à l'aube, Vatel constate que la commande de poissons et de fruits de mer qu'il a ordonnée reste sans effet pour le jour même : seuls deux paniers de poissons sont arrivés. Après avoir déclaré : je ne survivrai pas à cet affront, éprouvant un immense déshonneur à ne pouvoir offrir à ses hôtes le repas prévu, il se suicide en se transperçant de trois coups d'épée. Lorsque, peu après, les paniers de poissons arrivent enfin, on le cherche pour qu'il procède à la distribution, et on le découvre gisant ensanglanté...
François Vatel reste un modèle génial mais difficilement imitable ! Doué de talents remarquables pour l'organisation grandiose comme pour la création et le travail derrière les fourneaux, il est l'impressionnant organisateur de festivités hors du commun. Sa mort romanesque en fait une figure mythique qui marque l'histoire de la gastronomie française.
Bibliographie :
par Sophie Delpi
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