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Paroles de client

Faites retrouver le moral à vos clients

Cela n'a étonné aucun des observateurs sérieux de la vie de nos concitoyens, observateurs que nous sommes vous et moi : les Français, depuis leur retour de vacances, n'ont plus le moral. Pire, selon les médias, qui sont comme nous le savons d'une très grande objectivité : c'est la grande déprime ! Ainsi, tous les jours, de l'ouverture à la fermeture de votre établissement, vous, ami restaurateur ou ami cafetier, êtes obligé de subir par devoir professionnel mais aussi par compassion le blues de vos clients.
Il faut dire que tout a été fait pour que le Français pleure sur son sort à pareille période de l'année. D'abord nos médias : nos distingués journalistes ne pouvaient souffrir qu'au début de l'été le moral des Français soit au plus haut ni surtout - fait parfaitement anormal - qu'une grande confiance se manifeste dans les projets de changements issus des urnes. Je ne sais quand cela s'est insidieusement installé dans nos esprits, mais il faut que nous doutions, pire encore il faut que les choses aillent mal pour que l'on se sente bien.
Imaginez, imaginez seulement qu'un jour de grande affluence, avec une salle bien pleine, juste avant les cafés, vous montiez sur une table et annonciez à la cantonade que “votre établissement est en faillite” ; vous imaginez les effets sur vos clients… et sur la suite de vos affaires. Et pourtant c'est ce que nous déclarent de façon continue nos politiques, ministres inclus, pris dans la frénésie existentielle médiatique, en oubliant visiblement les effets catastrophiques que ce type de déclaration provoque sur l'acteur économique lambda que nous sommes. Prenons un exemple simple de création d'un “ralentissement économique” (pardonnez-moi, mais c'est le jargon de nos distingués économistes) : en me levant, je fais le projet de m'offrir ce soir un bon repas au restaurant. C'est un micro événement économique contributeur de croissance… mais voilà : j'ai l'idée imbécile, juste après, d'ouvrir mon poste de télé ou ma radio : je reçois une rafale de nouvelles plus calamiteuses les unes que les autres, annonçant toutes que le pire est devant nous. Dans le nombre, il y a inévitablement un spécialiste de la santé qui m'alerte sur tous les graves dangers que je cours en mangeant, en buvant, en respirant… Un peu sonné, j'achète mon quotidien, me disant qu'il y a forcément quelque chose qui va bien et qui va me remonter le moral ; peine perdue : j'ai droit aux mêmes nouvelles, mais cette fois-ci elles sont écrites ; et de plus j'en trouve d'autres, faites pour me culpabiliser, parce que j'ai une voiture et que je suis un dangereux criminel pollueur, parce que j'ai un travail alors que beaucoup trop n'en ont pas, parce que j'ai un toit pour dormir alors qu'il y a des sans-logis... Enfin, un sondage scientifique m'apprend que 80% des sondés ont peur de l'avenir et qu'il faut être un vrai inconscient pour être heureux “ici et maintenant”. Serais-je donc sommé de renoncer à mon micro-projet contributeur de relance économique, à savoir ne pas aller ce soir au restaurant ?
Plus sérieusement je crois que vous avez, amis restaurateurs et cafetiers, la possibilité de contribuer, à votre mesure bien sûr, à la lutte contre ce mal très français basé sur le doute et la critique : pour cela, faites bien boire et bien manger vos clients, cela leur redonnera le moral et la confiance dans l'avenir… et peut-être en eux-mêmes.
Je peux d'autant plus vous encourager à faire bien manger et bien boire vos clients que des études, toutes aussi scientifiques que celles que j'évoquais ci-dessus, commencent à mettre en avant les vertus de nos bons vins de France, dans le domaine de la prévention de certaines graves pathologies. Depuis quelques années, on s'est également interrogé sur les mérites de la graisse d'oie. Fait indiscutable : il apparaît aujourd'hui que le Français, pourtant accusé de dérives de table et de bouteille, a une espérance de vie supérieure à ses austères voisins nordiques, qui ont fait de la “tartine” leur essentiel gastronomique… Voilà des arguments pour que vous luttiez encore et toujours pour que vos clients gardent le moral grâce à ce que vous leur mettrez dans l'assiette et dans le verre !

Au mois prochain,
Benjamin

par Benjamin