Depuis trois ans, cet ancien de Prunier Goumard, dirige les cuisines du restaurant gastronomique de la Maison du Danemark, le CPH, et du Flora Danica, qui a reçu la Marianne Saveurs de France du meilleur restaurant étranger. Pour lui, aucun doute : on ne s'improvise pas restaurateur !
Présente sur l'Avenue des Champs-Élysées depuis 1955, à 100 mètres de l'Arc de Triomphe, la Maison du Danemark est la vitrine de la vie danoise avec ses activités culturelles, commerciales et gastronomiques. Le nouvel aménagement, intégrant des éléments danois des plus remarquables et la carte franco-danoise donnent à l'ensemble une touche très nordique. Son succès est indéniable : chaque jour, à l'heure du déjeuner et du dîner, les restaurants font salle pleine.
chaque jour, à l'heure du déjeuner et du dîner, les restaurants font salle pleine
Au rez-de-chaussée le Flora Danica peut recevoir plus d'une centaine d'amateurs de cuisine danoise, pour un ticket moyen d'une cinquantaine d'euros. Et au premier étage, on découvre le CPH (ex Copenhague), restaurant gastronomique d'une capacité de 60 personnes environ, couronné d'une étoile par le guide Michelin , où le ticket moyen est à une centaine d'euros ; Ce sont les prix justes, insiste le chef ajoutant, on a un rapport qualité/prix raisonnable, qu'il ne faut certes pas augmenter, mais juste.
Le chef Georges Landriot et son adjoint Bruno Brangea (ex. Gaya rive Gauche) réalisent une cuisine inspirée de la mer. La carte du jour complète la célèbre table danoise (Déclinaison de harengs marinés servis en baril, les poissons fumés et saumon mariné aux blinis, le Cabillaud de petit bateau cuit sur la peau aux ufs d'ablette) ou les créations originales comme le Chausson de saumon fumé norvégien aux grains de caviar Sévruga, le Bouillon de langoustines aux mousserons ou le Blini au chocolat, la poêlée de griottes.
Une cuisine française aux accents danois, dont le véritable dépaysement consiste en des Noisettes de renne frottées au poivre cubèbe, rôties au sautoir, jus acidulé aux cerises : le renne est une viande très très fine, très tendre que l'on traite comme un gibier. Il y a également les poissons qui sont tous des poissons de petit bateau comme le Bar de ligne rôti, l'artichaut poivrade à la fleur d'aneth. Enfin, au nombre des classiques de la maison, il y a l'incontournable Moelleux de saumon grillé à l'unilatéral, saumon des puristes et création du restaurant depuis septembre 1974. Ou encore le Saumon mariné à l'aneth tranché épais et servi façon Gilbert Bécaud à savoir qu'on le coupe à la verticale au lieu de le biseauter.
C'est en 2000 que Georges Landriot a rejoint l'aventure, après une vingtaine d'années au service de la maison Prunier Goumard qu'il avait menée à 2 étoiles Michelin avec sa brigade d'une quinzaine de personnes. C'est là aussi qu'il s'est spécialisé dans les poissons et qu'il a mis en application tout son savoir-faire. Car, ce fils de mineur -et petit-fils de grand-mères française et italienne- a dû quitter l'école à l'âge de 17 ans. Avec son goût prononcé pour la cuisine, il n'a guère hésité à entrer en apprentissage au Ravaud, à Chalon-sur-Saône, où il apprend les bases : fonds, supports, propreté, organisation. Trois ans plus tard, il montait sur Paris à l'hôtel Intercontinental comme demi-chef de partie. Auprès de Charles Janon, chef des chefs de la chaîne hôtelière, il apprend la rigueur et l'autorité humaine, ce qui lui permet d'entrer comme chef de partie au Clos des Bernardins, rue de Pontoise à Paris où il devient chef. Une aventure qui dure quelques années dans cette petite structure couronnée d'un macaron Michelin, avant de rejoindre le Lydia à Port-Bacarès.
Là, dans un paquebot ensablé racheté par un groupe financier japonais, il prend les commandes du gastro de ce paquebot devenu casino de luxe, puis celle des cuisines de l'hôtel de 200 chambres 4 étoiles. Puis, à la mort de Franco qui coïncide avec la libéralisation du jeu, il quitte le casino paquebot de luxe pour remonter sur Paris, où il entre chez Prunier Goumard en qualité de chef avant de rejoindre par un concours de circonstances le Copenhague devenu CPH. Lorsqu'il arrive, il a une grosse mécanique à remettre en route. Pensez, deux restaurants sur trois niveaux, au total près de 200 couverts à chaque service et une brigade qui atteint les 25 personnes. Situé en haut des Champs-Elysées, 300 à 500.000 personnes passent devant la Maison du Danemark, et nombreux sont ceux qui rejoignent aussi bien le Flora Danica que le CPH, mais les horaires d'ouverture sont sensiblement les mêmes qu'ailleurs. Nous avons essayé d'ouvrir plus tard, mais les clients n'étaient pas au rendez-vous. Nous pensions aussi que les touristes étrangers seraient plus nombreux, mais finalement, nos clients sont d'abord français, souligne le chef qui sourit quand on lui demande les ingrédients du succès : Un restaurant marche quand l'accueil est bon, le décor sympa, le personnel avenant, le service rapide et la cuisine
bonne ! On ne s'improvise pas restaurateur, il y a tellement de paramètres dont le principal reste le rapport qualité/prix. Nous avons la chance d'avoir une équipe formidable en cuisine et surtout en salle. C'est important, car la salle représente le cuisinier ; elle peut gâcher un repas ou au contraire le magnifier.
Quand ils veulent aller à un spectacle ou à un concert de rock,
on s'arrange pour les laisser profiter aussi de la vie.
Quant à l'avenir, Georges Landriot n'est que moyennement optimiste. Il y a un gros marasme et en parallèle il y a une formidable course à l'armement avec tous ces hôtels dont le restaurant gastronomique n'est qu'une vitrine. Il reste très peu de trois étoiles indépendants. Je crois qu'il faut tout bonnement coller à la réalité du moment. Aujourd'hui, les gens font très attention à leur ligne, ils ne mangent plus gras, ils veulent de moins en moins de sauces. Il faut leur proposer ce dont ils ont besoin. Quant au problème de personnel, il faut répéter et répéter encore aux jeunes de ne pas se décourager. Il y a des années difficiles, c'est sûr. C'est long d'apprendre, et il y a tellement de choses à savoir, mais quand on a envie d'aller de l'avant, on peut très bien gagner sa vie. Bien heureusement, nous ne souffrons pas de désaffection de personnel, mais parce que nous les fidélisons. Ils sont payés raisonnablement, ils ont deux jours et demi de congés par semaine, et surtout, il faut savoir leur laisser le temps de vivre. Quand ils veulent aller à un spectacle ou à un concert de rock, on s'arrange pour les laisser profiter aussi de la vie.