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Visuel de l'introDepuis le 16 juillet, le secteur de la restauration figure dans la nouvelle liste de produits et de services qui pourraient bénéficier de taux de TVA réduits dans l'Union européenne. Cet effort d'allégement fiscal consenti par la Commission de Bruxelles insufflerait une bouffée d'oxygène à la profession qui pâtit d'une conjoncture difficile depuis les événements du 11 septembre 2001. Une étape clef reste, néanmoins, à franchir : l'approbation à l'unanimité du projet de loi par les quinze états membres, qui devraient se réunir avant la fin de l'année
Fabio Marquetty




Focus sur le projet de TVA
à taux réduit dans la restauration

Première recette fiscale de l'Etat, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est aussi définie par l'administration comme un impôt général de consommation. Cette notion tire son origine de l'instauration, en 1917, d'une taxation des paiements civils et des ventes au détail, fondée sur un principe de prélèvements à la source des richesses économiques. A l'époque, le taux normal était fixé à 0,2% et s'élevait à 10% pour les ventes somptuaires.

En 1954, mise en place de la TVA
La loi du 25 juin 1920 modernise le concept en intégrant un impôt sur le chiffre d'affaires qui débouche, en 1954, sur la mise en place de la TVA. Il faudra ensuite attendre vingt-cinq ans avant que le système prenne tout son sens.
Premier cap : la promulgation, en 1966, d'une loi sur la généralisation de la TVA qui étend son champ d'application à l'ensemble du commerce de détail, à l'artisanat, aux services et aux transactions. Ce n'est qu'en 1978, que le dernier palier a été franchi, avec le vote d'une loi de finances étendant l'impôt aux activités économiques autres que le salariat, autrement dit les professions libérales.
La même année, l'administration fiscale préconise, pour la première fois, une harmonisation de la TVA à l'échelle européenne suite à la VIe directive de Bruxelles du 17 mai 1977. Une autre directive, datée du 16 décembre 1991 fixe le régime applicable aux opérations intra-communautaires.
Aujourd'hui, les membres de l'Union européenne appliquent leurs propres grilles qui font, dans certains cas, ressortir de gros écarts de valeurs. Le régime actuel, mis en place par la directive du 19 octobre 1992, est fondé sur la définition de taux minimum : 15 % pour le taux normal et 5 % pour les taux réduits. Sur ces bases, la TVA normale oscille, à l'échelle européenne, de 15 % au Luxembourg à 25 % au Danemark tandis que le taux réduit varie de 5 % au Portugal à 10 % en Allemagne.
En réalité, le concept d'harmonisation fiscale européenne se traduit par l'élaboration de règles communes sur les taxes pleines et réduites. Cette différence d'imposition fait, actuellement, débat au sein de la Commission européenne, qui doit se réunir avant la fin de l'année pour approuver, ou non, le rajout du secteur de la restauration à la liste des activités bénéficiant d'une TVA à taux réduit. Du côté des professionnels, qui revendiquaient depuis longtemps cet avantage fiscal dont bénéficient déjà les spécialistes de la vente à emporter, la nouvelle a été, logiquement, bien accueillie.

D'autant que la profession est déjà, par “dérogation transitoire”, soumise à un impôt réduit dans huit états membres dont la France ne fait pas partie. Le gouvernement espère, en cas d'approbation, inclure le projet de réforme de Bruxelles dans la prochaine loi de finances de 2004.
En France, un taux réduit de 5,5 % s'applique à certains produits ou biens et prestations de services limitativement désignés par la loi. On retrouve parmi eux, l'eau, les produits alimentaires et d'origines agricoles, certains appareillages pour handicapés, les livres, les prestations fournies dans les maisons de retraite ou encore la vente à emporter.
Ces dérogations ont été mises places pour favoriser, entre autres, l'accès à la culture, aux soins médicaux, aux services de proximité (aide à la personne,…) et faciliter la consommation de produits et les services de première nécessité (alimentation, gaz, électricité).
Si le milieu de la restauration venait à intégrer cette précieuse liste, la raison en serait davantage d'ordre économique : en 2002, le secteur a réalisé, dans l'Hexagone, 22,4 milliards d'euros, regroupe près de 89 000 entreprises et constitue l'un des plus gros pourvoyeurs d'emplois avec l'industrie du BTP.
En l'espace de trente-cinq ans, les barèmes de la TVA ont évolué en dents de scie sur le territoire français. Ainsi, le taux normal est-il passé de 20 % en 1968 à un plus haut de 23,46 % en 1969 pour ensuite attendre son niveau le plus bas en 1977 à 17,6 % et repasser à 18,6 % en 1982. En 1995, l'impôt atteint 20,6 % et s'établit à 19,6 % depuis le 1er avril 2000.
En ce qui concerne la TVA réduite, les changements ont été moins nombreux. Son taux s'élevait à 6,38 % en 1968 et a connu un pic à 7,53 % en 1969. Après cette date, le barème s'est assoupli en évoluant decrescendo. L'impôt a, successivement, été fixé à 7,5 % en 1970, à 7 % en 1973 et enfin à 5,5 % en 1989.
À l'heure où le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin compte faire du secteur du tourisme l'un des supports de sa politique économique en prévoyant d'attirer 100 millions de visiteurs d'ici à 2010 et en tablant sur 900 000 emplois sur la même période, un allègement fiscal dans le domaine de la restauration tomberait à pic.
Depuis les tragiques évènements du 11 septembre 2001, la loi des séries a, en effet, tourné en la défaveur de l'industrie du tourisme mondial. Ralentissement économique, vague d'attentats meurtriers à Djerba, à Bali, au Kenya et dans certains pays du Maghreb (Maroc, Tunisie), épidémie de SRAS, guerre en Irak : autant de facteurs pénalisants dont les professionnels du secteur continuent encore aujourd'hui de porter les traces.

On retrouve parmi les principales victimes de ce contexte difficile, de grands acteurs tels que les opérateurs hôteliers Accor et la Société du Louvre, propriétaire, notamment, des palaces le Crillon à Paris et le Martinez à Cannes mais aussi des tour-opérateurs comme l'allemand TUI (ex-Preussag) ou encore le Club Méditerranée. Même si les restaurateurs français ont moins souffert que la branche hôtelière, la morosité de la conjoncture n'a pas été sans conséquence sur leur niveau d'activité. Plus particulièrement affectées par des problèmes de pénurie de personnel qualifié, des besoins de relance ou de modernisation de certains concepts et d'essoufflement dans le développement de leur parc, les chaînes de restauration brossent un tableau mitigé du millésime 2002. Sur cette période, l'offre s'est enrichie de seulement 6,7 % d'unités nouvelles contre 8 % en 2001 et 7 % en 2000. En tout, 360 nouveaux points de vente sont venus s'ajouter aux enseignes présentes en France au 1er janvier 2003 contre 404 en 2001 et 361 en 2000. Ces données masquent des inégalités selon les segments de marché. D'un côté, la restauration rapide, qui représente 46,7 % de l'offre en nombre d'établissements, maintient le cap avec une progression annuelle de 8,2 % d'unités en 2002 à comparer à 8 % en 2001. De l'autre, les établissements à “service complet” ou de “service à table” ont enregistré une croissance moins soutenue. Sur ce segment, 149 nouveaux sites ont été ouverts, soit une amélioration de 6,5 % par rapport à 2001.

Selon un sondage effectué par le cabinet d'études Coach Omnium auprès de 386 restaurateurs interviewés dans toute la France, 98 % d'entre eux seraient satisfaits d'une éventuelle baisse de la TVA. Toute la question est maintenant de savoir comment les professionnels comptent utiliser ce gain fiscal.
A en croire les statistiques, l'une des préoccupations majeures du secteur reste la pénurie de main d'œuvre qualifiée. Parmi les personnes interrogées par Coach Omnium, 78 % s'accordent à dire qu'ils ne trouvent pas de personnel compétent. Ainsi, près d'un restaurateur sur deux serait prêt à utiliser le différentiel de TVA récupéré, soit pour améliorer les salaires du personnel, soit pour motiver les candidats par de meilleures rémunérations, soit encore pour créer un ou des postes de travail. Grâce à cette mesure d'allégement fiscal, les dirigeants politiques espèrent permettre la création de 80 000 emplois sur trois ans. En revanche, les consommateurs ne devront guère se faire d'illusions quant à une éventuelle répercussion de la baisse de la TVA sur les prix des menus. Si 40,3 % de l'échantillon établi par le cabinet d'études, accepterait de retoucher leurs tarifs à la baisse, seulement 7 % souhaitent appliquer intégralement une réduction tarifaire.
Les restaurateurs devront, néanmoins, faire preuve de souplesse sur leur politique de prix car, à moins de redoubler d'efforts pour améliorer la qualité de leurs prestations de services, ils pourraient voir la fréquentation de leurs établissements s'étioler. Encouragés par les médias et les associations de défense des consommateurs, les Français vont, en effet, certainement être plus attentifs aux contenus de leurs assiettes. En résumé, les calculs de Coach Omnium montrent que si les professionnels appliquaient leurs souhaits exprimés durant l'enquête, 20 % du différentiel non reversé au fisc irait à un dégonflement des prix, 28 % à une augmentation des salaires, 16% à l'amélioration de la marge et 36% à d'autres fins, dont l'embauche ou des investissements reportés par faute de moyens.

A quelques encablures de la prochaine réunion des quinze membres de l'Union européenne, le dossier semble prendre une bonne tournure même si certaines considérations d'ordre conjoncturelles laissent certains pays songeurs. A commencer par l'Allemagne, qui constitue un tiers des richesses de la zone, mais dont la santé économique était, il y a encore quelques mois, préoccupante. Outre-Rhin, les dirigeants politiques sourcillent à l'idée de faire un trait sur la première recette fiscale du pays au moment où l'Etat mène une politique de contrôle des dépenses publiques. En France, les mêmes questions se posent alors que Jean-Pierre Raffarin recherche, actuellement, un compromis avec Bruxelles pour repousser l'échéance d'un retour du déficit public sous la barre des 3 % du PIB jusqu'en 2006. On estime, en effet, à environ 3 milliards d'euros le manque à gagner fiscal qu'engendrerait le passage d'une TVA de 19,6 % à 5,5 % dans le secteur de la restauration. En attendant, l'objectif du gouvernement français reste d'appliquer, si elle est votée à Bruxelles, cette nouvelle loi dès le 1er janvier 2004. Affaire à suivre…

Fabio Marquetty