De Noël à l'Epiphanie, douze jours de changements empreints de symboles
Toutes sortes de festivités : purifications, feux de joie, échanges de cadeaux et même pures orgies mêlant toutes les couches de la société, se déroulaient à cette occasion. Au IVe siècle, l'église réorienta ces coutumes païennes et fixa Noël comme date de la naissance du Christ le 25 décembre.
De nos jours, il faut voir encore le côté symbolique de changement que marque cette période.
La nuit du Nouvel An est le passage entre deux années du calendrier romain. Ce calendrier, à l'origine lunaire, réformé par Jules César en l'an 708 de Rome, 46 avant JC, est celui que nous connaissons. Le mois de janvier doit son nom à Janus, dieu aux deux visages, l'un tourné vers le passé, l'autre vers le futur. C'est aussi le dieu de la monnaie, tout un symbole entre pile et face, entre le bon et le mauvais. La fête est ainsi l'exutoire au mal, aux mauvais moments passés à oublier.
Le 1er janvier marque aussi les douze jours de transition entre Noël qui célèbre la naissance cachée de Jésus et l'Epiphanie, le 6 janvier, qui célèbre sa manifestation aux Rois mages, et à travers eux au monde.
De l'adoration populaire des bergers à celle des Rois mages, le temps s'écoule porteur transcendant d'un espoir universel.
Tout un symbolisme entoure aussi les Rois mages : Melchior de race blanche, Gaspard de race jaune, Balthazar de race noire, avec leurs offrandes à l'enfant Jésus : l'or cadeau des rois, signe de vertu ; l'encens cadeau des dieux, signe de prière ; la myrrhe cadeau des hommes, signe de souffrance.
Le sapin de Nöel, le père Nöel, les cartes de vux
autant de traditions
L'arbre de Noël, en principe un sapin, est d'une lointaine origine païenne. Les arbres à feuilles persistantes symbolisaient la vie éternelle. Les conifères, le laurier, le houx et le gui furent associés aux rites et aux superstitions diversement suivant le lieu et le moment. Le premier sapin décoré est apparu à Strasbourg à Noël 1605. C'est au début du XXe siècle qu'il s'est généralisé, que l'on a placé une crèche à son pied ainsi que les cadeaux apportés aux enfants sages par le père Noël.
Celui-ci est né au XIXe siècle aux Etats-Unis d'abord dans un conte pour enfants imaginé en 1822 par Clément Clark Moore, puis dans des caricatures telles celles de John Tennel en 1850 et de Thomas Nast en 1863 qui ont préfiguré le vieillard à la barbe blanche et au manteau rouge que nous connaissons. C'est le Santa Claus (Saint Nicolas) apporté en Amérique par les Néerlandais (le Sinter Klaas). Chaque année, le père Noël reçoit en France plus de 800 000 lettres.
L'échange coutumier des cartes de vux est ancien. On en trouve déjà trace dans la vieille Chine et même chez les Romains. Au Moyen Âge, en France, on s'échangeait des images pieuses.
Les premières cartes imprimées se sont généralisées vers 1850 à partir de l'Angleterre. Aujourd'hui, le développement du téléphone et du courrier électronique à tendance à remplacer cette tradition qui persiste cependant dans les relations professionnelles.
Le réveillon de Noël
Dans la tradition occidentale, le réveillon de Noël est le dîner ou gros souper qui précède la messe de minuit, même si certains prolongeront la nuit avec des victuailles plus actuelles. Chez nous, la dinde et le chapon sont les incontournables du soir de Noël, ainsi que les friandises dont la bûche sous diverses formes pâtissières. Cependant, nos régions, telle la Provence (voir encadré), ont des traditions spécifiques, avec leurs produits du terroir souvent plus simples.
Le réveillon du Jour de l'An
Tous les pays, toutes les régions n'ont pas de tradition culinaire particulière au Nouvel An, mais le champagne coule à flot et symbolise la fête avec les cotillons et l'élégance avec les habits de soirée. C'est au réveillon de la Saint Sylvestre que l'on consomme les mets les plus rares et les plus chers : les huîtres les plus fines telles les belons, le saumon sauvage fumé, les meilleurs foies gras, les truffes, le caviar, les homards et langoustes fraîches
Mais au-delà du repas, et de plus en plus, les fêtards recherchent une ambiance nouvelle, un dépaysement, l'occasion de s'offrir ou de partager entre amis un moment de bonheur. C'est pourquoi les voyages ont la faveur du public avec des destinations privilégiées telles les anciennes et nouvelles capitales européennes, Saint Petersbourg ou Prague, les Antilles françaises, la République Dominicaine, Cuba, le Sénégal, Marrakech et même la Finlande et la Laponie.
Parmi les voyages de rêve alliant le dépaysement, le luxe et l'art, citons à titre d'exemple Vienne avec le concert du Nouvel An donné au Musikverein par l'orchestre philharmonique de Vienne avec un chef prestigieux. Nous le citons volontiers car on peut se consoler de ne pas avoir les moyens d'y assister en le voyant transmis en direct à la télévision, un concert solennel mais joyeux avec des pointes d'humour.
Le souper de Noël en ProvenceC'est un repas maigre pris avant la messe de minuit. Il n'y a ni viande ni ufs. On sert la morue en brandade ou séchée et dessalée (la merlusse) préparée avec des poireaux et présentée avec un gratin de courges et d'épinards doré avec un peu de fromage fondu, des frites de panais, une plante fourragère dont on consomme la racine d'un blanc jaunâtre. En entrée, on propose des cardes, la nervure centrale du cardon, une sorte de blette, avec une sauce aux anchois. En principe, on présente sept plats maigres qui représentent les sept douleurs de la vierge Marie.
Les treize desserts symbolisent le Christ et ses douze apôtres. Parmi eux, certains sont obligatoires : la pompe à l'huile d'olive, le nougat blanc ou noir, les fruits secs, le cédrat confit qui est le fruit d'un citronnier originaire de Perse ou de Médie, le raisin d'hiver, la mandarine. On choisit les autres parmi les fruits confits et les pâtes de fruits tels le coing, les marrons glacés, la foisse qui est une brioche épaisse avec anis et fruits confits, le melon d'eau, les dattes, les oranges et les noix. On n'oublie pas de présenter mélangés les quatre mendiants que sont les figues, le raisin sec, les amandes, les grosses noisettes ou avelines. Leurs couleurs rappellent celles de la bure des moines des quatre premiers ordres mendiants.
La table est recouverte de trois nappes superposées qui symbolisent la Trinité. On ne ramasse pas les miettes qui sont dispersées le lendemain pour les oiseaux.
En début de repas, on sert en apéritif le vin de noix, d'oranges ou encore de pêches macérées depuis plus de six mois, dont l'aïeul jette le premier verre dans la cheminée sur la bûche de Noël d'un arbre fruitier coupé d'un an en prononçant en Provençal quelques paroles de paix et d'espoir. L'assistance entonne ensuite quelques chants de la Pastorale.