Caroline Miquel vient de créer son entreprise de traiteur à domicile. Ses deux autres facettes sont la transmission de savoir-faire culinaire et le catering lors de grandes manifestations. Portrait d'une femme que la cuisine a révélée.
Le goût des autres
A trente-cinq ans, Caroline Miquel a enfin trouvé sa voie. Ou plutôt, elle s'est décidée à surmonter ses peurs et à suivre le chemin professionnel qui était tracé : être cuisinière.
Cette amoureuse du goût vient donc de monter son entreprise, le Marmiton d'Itav, et officie en tant que traiteur à domicile. Deux autres de ses facettes sont le catering lors de grandes manifestations et la transmission de son savoir-faire culinaire.
Vocation un peu tardive direz-vous, mais pour une fille qui passe son bac en 1985, il n'est nul avenir possible hormis la profession d'agent de voyages ou de commerciale. Les années 80 portent en elles un élan vers les domaines intellectuels, dynamiques, mais certainement pas dans la cuisine, d'où les femmes ont eu du mal à sortir. Caroline passe donc son bac
et part une année aux Etats-Unis. Avec une seule hantise : ne pas savoir recevoir d'invités. Ma mère organisait fréquemment des dîners. Pour moi, il était donc normal de recevoir des convives et je croyais que tout le monde savait cuisiner, un don partagé par tous. Cet amour de la convivialité autour d'une table vient d'elle, c'est pourquoi j'ai choisi d'appeler mon entreprise ainsi. Itav était le surnom de sa mère et Caroline ayant inconsciemment appris la cuisine à ses côtés il était normal qu'elle lui rende hommage.
La transmission de son savoir-faire culinaire.
Lors de son séjour aux Etats-Unis, elle fera assez de crêpes pour en être dégoûtée pendant dix ans faute de marchés aussi diversifiés qu'en France. A son retour dans l'Hexagone, à la fac, elle réalise que ce don, n'est pas commun à tous. Ma colocataire mangeait des céréales matin et soir ! s'exclame-t-elle encore pleine d'incompréhension. Alors, avec quelques fines gueules rencontrés sur les bancs de la fac, elle rêve de recettes, définit le menu puis s'exécute. Son sens du partage devient une évidence pour elle, un besoin. Elle le développera en travaillant au secours catholique en tant qu'animatrice où elle donne des cours à des femmes en difficulté pour nourrir leur famille bon et à moindre coût. Elle organise également un repas pour cinquante SDF, une paella bien garnie et pas avec une gamba et deux moules sous prétexte que ce sont des SDF !. Bref, le partage du goût des bonnes choses, du moment convivial. Transmettre du beau, du bon.
Aller vers les autres
Etre traiteur à domicile est une idée qui s'est imposée d'elle-même à Caroline Miquel. Alors qu'elle travaillait au Conservatoire de la cuisine méditerranéenne, à La Friche à Marseille, elle rencontre de fins gourmets, des gens passionnants et passionnés par la cuisine et ces échanges qu'il peut y avoir dans le pourtour méditerranéen. Ses qualités de cordon bleu finissent par transparaître et quelques connaissances lui demandent bientôt de venir chez elle pour leur faire à manger. Tout simplement. De dîner en dîner, elle affine sa technique et à la fin de son contrat au Conservatoire de la cuisine méditerranéenne, portée par l'enthousiasme de ses amis, l'idée de transformer ce hobby en activité professionnelle est devenue une évidence.
Après un stage de formation à la création d'entreprise dispensé par l'INFA (incubateur spécialisé dans le monde de la cuisine), elle dépose enfin son statut, début septembre 2003. Il lui aura fallu presque une année pour bien définir son projet (où il lui est apparu évident qu'elle ne pourrait pas attendre le client comme dans un restaurant traditionnel et qu'il faudrait trouver une autre formule), mais aujourd'hui son activité est bien lancée, par le simple bouche à oreille, donc à moindre coût. J'invite des amis d'amis à dîner chez moi et il est fréquent qu'on me rappelle par la suite.
Le concept est en fait très simple : on contacte Caroline, un premier rendez-vous est fixé pour savoir si quelqu'un sera présent au domicile dans l'après-midi pour la recevoir le jour du dîner, vérifier si la cuisine du client possède bien tous les ustensiles nécessaires à l'élaboration du menu choisi, déterminer qui s'occupe du vin
A l'heure dite, Caroline Miquel arrive avec ses provisions et son matériel, investit la cuisine qui devient son laboratoire d'alchimie et pendant que le plat mitonne, elle organise la décoration de table. Bientôt, elle pourra même proposer d'amener de la vaisselle personnalisée par une amie artiste, mais j'investis peu à peu car je ne suis qu'au début de mon entreprise.
Les études de commerce lui auront au moins servi à savoir gérer ; mais l'amour de la cuisine était plus fort. Après des études de commerce spécialisé dans les pays du pourtour méditerranéen, elle devient agent de voyages et rêve d'ouvrir sa propre agence dédiée au tourisme gastronomique. Rien d'étonnant après cela que chacun de ses plats soit une découverte. Un convive ne mange pas de porc ? Elle remplace illico la farce traditionnelle d'un chou farci par un hachis d'agneau et de foie gras
Autre exemple de voyage gustatif à travers les saisons : dans ses menus Délices d'automne, on trouve un vol au vent de foie gras aux figues suivi d'un lapin aux pruneaux avec son riz composé, salade et fromages avant de finir en beauté avec ses poires pochées aux épices
Dans sa Marmite hivernale, optez pour une soupe de carotte d'Isabel Allende, la blanquette de veau et riz au vermicelle, salade, quesada et lemon curd, café... Et nous ne parlerons pas de sa carte orientale !
A l'origine était la mère
Ses origines familiales ont aussi beaucoup joué. Ce savoir-faire, elle l'a hérité de sa mère et de sa grand-mère avant elle. Avec des provenances aussi diverses que le Béarn, le Pays basque et la Charente du côté de la mère, la Catalogne, l'Italie et la Grèce du côté paternel, elle-même née dans une famille pied-noir, les traditions culinaires se sont mélangées en elle. Sur des bases existantes trouvées dans les livres tels celui d'Auguste Escoffier et dans ses souvenirs d'enfance, Caroline réinvente, interprète les gestes qui lui ont été transmis.
Et la transmission, c'est justement l'une des trois facettes que Caroline Miquel souhaite développer avec le Marmiton d'Itav. Ma mère, en plus de son activité professionnelle, donnait un coup de main à une amie qui avait repris une conserverie de canards dans le sud-ouest de la France. Mon enfance a toujours été bercée par ces bocaux, l'odeur des foies gras. Mon grand-père, à sa retraite, s'est pris de passion pour la terre et a cultivé un immense potager dans le Lot-et-Garonne. Je voyais les femmes de la maison stériliser les bocaux de cornichons, d'estragon, faire des coulis de tomate
. Ce sont ces gestes simples, cette redécouverte des goûts, ces traditions culinaires que le Marmiton veut diffuser. Elle prévoit, début 2004, de transmettre ce savoir-faire lors de séances (6 par semaine) qu'elle va organiser dans la plus vieille quincaillerie de France, qui s'est spécialement équipée d'une cuisine : le magazin l'Empereur à Marseille.
Projet ambitieux et généreux puisque avec son activité de catering (Les Informelles au théâtre des Bernardines, Dansem, les Nuits Caroline et d'autres projets en prévision pour 2004), notre marmiton aura déjà fort à faire en cuisine.
Les conseils de Caroline MIQUEL
J'invite des amis d'amis à dîner chez moi et il est fréquent qu'on me rappelle par la suite.
Il m'aura fallu presque une année pour bien définir mon projet.
J'investis peu à peu car je ne suis qu'au début de mon entreprise