Après quelques années passées dans la finance et l'immobilier, Jean-Philippe Lacroix se lance dans le métier de cafetier, avec une spécialisation non négligeable puisque le Bougnat des Pouilles est certes un bar d'ambiance, mais aussi, et surtout, un bar à vins. Très vite, Jean-Philippe Lacroix découvre un nouveau monde auquel il s'intègre totalement au point d'en anticiper les attentes : vins, concerts, expositions, café-théâtre sont moins pour lui des manières de faire du chiffre d'affaires, que les aliments indispensables d'un état d'esprit chaleureux et convivial qu'il incarne.
Créer un état d'esprit
Jean-Philippe Lacroix n'avait pas particulièrement prévu, lorsqu'il a entrepris ses études et commencé de travailler, de s'occuper d'un bar d'ambiance : Après un bac scientifique, nous dit-il, j'ai fait un DUT commercial. Mes débuts dans la vie active ont plutôt été marqués par les finances, l'immobilier et les assurances. Mais, j'ai toujours été attiré par le commerce, sans véritablement savoir ce que je voulais faire. Ma seule ambition était d'exercer des métiers où je pouvais montrer mes compétences tout en continuant d'apprendre et d'évoluer.
Le Bougnat des Pouilles allait donc lui offrir à la fois le lieu et l'occasion d'un tel exercice : En réalité, explique Jean-Philippe Lacroix, cet établissement est une création de mon beau-frère en octobre 1993. Je l'ai certes aidé au début, pour les travaux et l'ouverture, mais après quelques mois je suis retourné à l'immobilier. Or, au bout d'un an et demi, il a voulu vendre, notamment parce qu'il avait plusieurs affaires à gérer. Il me l'a donc proposé. Je n'ai pas sauté sur l'occasion : j'ai d'abord étudié l'affaire sous toutes les coutures, c'est-à-dire les contrats avec les brasseurs et la ventilation des ventes. Finalement, je me suis décidé en mars 1995.
Cependant, Jean-Philippe Lacroix ne s'est pas contenté de reprendre le Bougnat des Pouilles tel qu'il était, car son nouveau métier exigeait d'entreprendre des travaux sur plusieurs fronts : D'abord, précise-t-il, j'ai agrandi le bar, aussi bien le comptoir, qui était plus petit de deux tiers, que l'espace, en ouvrant trois nouvelles salles. Ensuite, j'ai dû rationaliser les achats, c'est-à-dire avoir une attitude gestionnaire qui s'additionnait à mon âme de commerçant. Enfin, j'ai créé une nouvelle clientèle : non qu'il n'en existait pas, mais j'avais une idée bien précise de l'ambiance que je voulais réaliser et cela exigeait une clientèle susceptible de correspondre à cet état d'esprit.
Un lieu de rencontres
Cette idée était en effet bien précise : Je voulais faire du Bougnat des Pouilles, explique Jean-Philippe Lacroix, un endroit convivial et chaleureux, et non un simple bar de nuit traditionnel. Je m'en suis donc donné les moyens, notamment en alimentant cette ambiance par des concerts de jazz, une fois tous les quinze jours environ. Très vite, la clientèle est arrivée ; et aujourd'hui, malgré sa grande diversité en ce qui concerne aussi bien les âges que les professions, on peut dire que c'est une clientèle homogène par l'état d'esprit. Chacun peut trouver ici ce qu'il désire : de grandes tables pour les groupes ou ceux qui ont envie de faire connaissance ; un petit salon pour ceux qui veulent passer un moment agréable et le comptoir pour ceux qui s'adonnent au rituel apéritif. Mais, le plus important, poursuit-il, est la tranquillité des clients, qui est une marque de respect : les femmes seules qui viennent au comptoir ne sont jamais importunées, et j'y veille.
Le Bougnat des Pouilles est également un lieu de rencontres pour Jean-Philippe Lacroix lui-même : Au fil des ans, avoue-t-il, j'ai découvert plein de choses et de gens, et notamment des créateurs dans tous les domaines. C'est un univers que je ne connaissais pas du tout et qui m'a plu immédiatement. Si bien que l'établissement est devenu aussi un lieu d'expositions pour différents artistes et une salle de café-théâtre, car nous organisons régulièrement un festival du rire qui s'étend sur un week-end de trois jours.
Il reste cependant que le Bougnat des Pouilles est un bar à vins et que, de ce point de vue, Jean-Philippe Lacroix a tenu à être à la hauteur : Là encore, je n'y connaissais rien. J'ai donc aussitôt entrepris deux choses : d'abord une formation en vinification, ce qui n'était pas toujours évident, car je travaillais la nuit et j'allais en cours la journée. Ensuite, je me suis efforcé de rencontrer des producteurs, notamment au moment des salons. Mon principe de départ était à la fois simple et risqué : je ne servais ni Bordeaux ni Bourgogne, car mon objectif était de faire découvrir la richesse du terroir français, ce qui a permis de faire tomber quelques préjugés. Aujourd'hui, je sers tous les vins, mais je travaille à 80% avec des propriétaires récoltants. L'originalité du Bougnat des Pouilles, poursuit-il, est que je dispose d'un stock important que j'ai constitué en presque dix ans, mais la carte des vins est limitée, car mon plaisir est encore de faire découvrir des vins que l'on ne connaît pas nécessairement.
Bien évidemment, cela ne va pas sans poser quelques problèmes, notamment au regard de la lutte contre l'alcoolisme : J'ai pu constater, précise Jean-Philippe Lacroix, que la vente de boissons non alcoolisées est en progression constante, car les gens font de plus en plus attention, notamment depuis quelques mois. Il nous faut donc réfléchir à la façon dont on peut s'adapter, surtout pour un établissement comme le Bougnat des Pouilles qui est un bar de nuit, c'est-à-dire dépendant d'une certaine manière de la consommation d'alcool. Il faut essayer d'apporter de nouvelles prestations, car dans les années à venir cette répression va s'accroître. En attendant, Jean-Philippe Lacroix propose à ses clients de diminuer les effets réprimés de l'alcool en conciliant l'utile à l'agréable : Je propose également, des planches de charcuterie et de fromages à 7,5 ; si bien que les clients viennent manger ici alors que le Bougnat des Pouilles n'est pas un restaurant. Ce ne sont que des produits de qualité sans transformation, car ici encore, respecter le client, c'est lui servir ce qu'on a annoncé. Ainsi, être soucieux de la qualité des produits, c'est apporter un plaisir tout en fournissant un véritable point d'ancrage, car les gens nous font confiance et reviennent. Autrement dit, poursuit-il, il ne faut pas toujours viser le chiffre d'affaires si l'on veut faire quelque chose de bien : donner du plaisir, c'est aussi se soucier des à-côtés qui n'entrent pas nécessairement en compte dans le budget.
Ce désintérêt explique aussi l'implication de Jean-Philippe Lacroix dans le développement local du commerce :
Je m'occupe de la communication au sein d'une association de commerçants, conclue-t-il, dont l'essentiel consiste à gérer l'animation de la ville, notamment au moment de Noël. Mais, cette association est également l'indice d'un avenir meilleur, car en général les commerçants sont trop centrés sur eux-mêmes. Or, si nous sommes en effet en concurrence sur les offres que nous proposons, nous ne le sommes pas en ce qui concerne les achats. Nous avons donc tout intérêt à nous associer afin de peser sur les fournisseurs.
Activités : bar à vins, bar d'ambiance, concerts, café-théâtre, expositions.
Ouverture : tous les jours de 18h à 3h.