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Brasserie Lancelot

C'est près de l'univers magique de la forêt de Brocéliande que s'est établie la brasserie de Bernard Lancelot. Elle occupe aujourd'hui une ancienne mine d'or et d'étain pour produire cette délicieuse boisson aux reflets tout autant dorés qu'est la cervoise.

On pourrait penser qu'il s'agit d'une énième opération marketing mais non : Lancelot est bien le vrai nom de Bernard, créateur de la marque de cervoise et de bières. Lassé par son métier et par la vie qu'il mène à Chinon, ce technicien nucléaire décide un jour de vivre de l'apiculture qu'il a apprise aux côtés de son beau-père, apiculteur amateur. Un ami installé dans le Morbihan l'informe qu'une maison dépendant d'un manoir du XVe siècle est à louer et voilà la famille Lancelot qui déménage.
Malgré les nouvelles techniques apicoles expérimentées et la production de chouchen, les revenus demeurent minimes. Le couple cherche donc une activité complémentaire pour l'hiver, période creuse en apiculture. Un vieux monsieur, sur l'un des marchés où Bernard Lancelot dispose son étal, lui demande un jour : “Dans la région on fabrique du chouchen, mais pourquoi ne feriez-vous pas de la bière, cette autre boisson historique ?” En effet, la bière ou la cervoise étaient largement produites à l'époque gauloise ; le mot “cerveza” en espagnol, n'a-t-il pas la même étymologie que cervoise ? C'est justement ce que recherchait le couple : un produit historique, à forte identité patrimoniale ! Bernard Lancelot se met immédiatement en relation avec l'auteur d'un livre sur l'histoire de cette boisson et celle-ci lui permet d'entrer en contact avec un historien qui l'a aidée à la rédaction de l'ouvrage. Chance incroyable, l'historien, qui demeure en Belgique, est marié à un ingénieur brasseur… et tous les deux vont aider l'apiculteur à devenir brasseur. “Sinon, j'aurais abandonné” avoue Bernard Lancelot.
Lancelot continue sa quête
Avec le peu d'économies sauvegardées et les bases de son précédent métier, il fabrique des cuves à brasser à partir de tanks à lait. L'ingénieur brasseur vient lui prêter main forte pour lancer la première cuvée de cervoise Lancelot (bière ambrée aux 7 plantes aromatiques et au miel), qui n'était destinée, au départ, qu'à être un petit appoint financier. “Pas plus de 10000 bouteilles par an” promet Bernard à sa femme, collaboratrice administrative, qui s'inquiète de la masse de travail.
En 1990 apparaissent les 4000 premières bouteilles… qui seront écoulées en dix jours. Les commandes des magasins complètent la vente sur les marchés. En 1992, le brasseur, qui produit 30000 bouteilles se lance dans la fabrication d'une bière au blé noir, la “Telenn Du”, unique en Europe dont le succès atteint les frontières de l'Hexagone. C'est à Strasbourg qu'un jeune ingénieur sorti de l'école goûtera cette bière. Il propose ses compétences scientifiques à Bernard Lancelot… et intègre la brasserie peu après. Un deuxième ingénieur viendra compléter l'équipe, qui met sur le marché de nouvelles variétés de bière. “Je ne créée pas des bières dans un but marketing. C'est à chaque fois en relation avec un événement historique que je veux mettre en avant. Pour rendre hommage à la révolution des Bonnets rouges, j'ai sorti une bière rouge aromatisée aux baies de sureau,” dit simplement Bernard Lancelot, qui relie les patrimoines historique et gustatif de sa région. Dix ans plus tard, la brasserie a emménagé dans les bâtiments plus vastes d'une ancienne mine d'or et d'étain, dont la couche granitique délivre une eau très pure d'excellente qualité pour la production de bière. Ainsi, la mine a enfin retrouvé une activité et continue de déverser de l'or… liquide cette fois-ci.
Avec six variétés de bières et la cervoise, la brasserie aurait pu s'arrêter là, mais… Voulant commercialiser un autre produit que de l'alcool, les assistants de Bernard Lancelot ont un jour visité un petit limonadier brestois.
Au retour, les assistants lancent cette boutade : “Et pourquoi ne pas faire du cola ?” Le cola, justement, Bernard Lancelot y pensait depuis son voyage au Guatemala où, après des heures de 4x4, 1 heure de pirogue et autant de marche à travers la jungle, il arrive dans un village de huttes en bois et voit, dans celle du chef, quelques marmites… et 6 bouteilles du fameux cola américain. L'impact culturel et économique du produit le frappe. Quand l'occasion se présente, Bernard Lancelot la saisit. Eric, l'ingénieur arrivé en 1993, travaille sur la formule pendant six mois et enfin, l'entreprise Phare Ouest est créée par les trois associés. “Ce n'est pas une démarche anti-américaine mais un défi amusant à relever, tiens à préciser Bernard Lancelot. Fin 2001, on entendait plutôt ‘Nous sommes tous Américains', et la demande a réellement explosé”. L'aventure du Breizh Cola, le cola du Phare Ouest (Far West…) pouvait commencer. Et ce fameux phare, qui n'est autre que celui des pierres noires, situé sur l'île de Molène, en face de Brest porte justement les couleurs blanc et rouge qui parachèvent le clin d'œil à la célèbre marque.
A 60 ans, Bernard Lancelot compte bientôt arrêter son activité professionnelle, mais tout au long de sa carrière, l'ingéniosité et l'audace dont il a fait preuve auront finalement ressemblé à une quête du Graal…

Elena Bou